Très suspicieux au visionnage de la bande annonce de ce JW Rebirth/Renaissance qui semblait venir piocher dans l'ambiance d'une sorte de "Skull island", d'"Anaconda" revisitée à la sauce dino, le film m'a surpris par ses qualités. Pourtant ce n'était pas gagné, le démarrage m'a semblé très brouillon, notamment les dialogues fouillis et assez détachés, le revirement frivole de Zora au prétexte des zéros sur un chèque, les acteurs lisses dans leur incarnation, l'exposition des enjeux, plutôt grossiers (il y manquait une point de scientificité typique aux premiers films, pour être plus crédible), l'argument de la lassitude préhistorique à la fois appuyée visuellement, dans le discours (la fermeture du museum) et dans le texte de prologue, dont la cartouche ancrait l'histoire dans une thématique "Jurassic World" peu enthousiasmante. Un incipit à mes yeux peu prometteur, qui me préparait à accueillir ce nouvel opus comme un divertissement (ce qu'il reste assurément comparé à JP1 ; ma note est assez généreuse, mais c'est relativement à la médiocrité à laquelle l'époque 2020 nous habitue) d'un piètre niveau. Qui plus est, inscrire les évènements dans cette indifférence prise pour point de départ pour ensuite présenter en vedette des aberrations de la Nature, des mutations inauthentiques, me semblait un pari perdu d'avance. Pourtant ces points ont vite été contrebalancés lorsque l'intrigue nous a amené dans le vif du sujet, ce qui permet (relativement à un divertissement, je précise bien) d'en apprécier la teneur, laquelle dénote des précédentes suites par la beauté photographique, des scènes d'actions ingénieusement filmés, la justesse émotionnelle parfois même... s'agissant du seul Jurassic World à nous "émouvoir" à la vue d'un long cou, comme l'avait si naturellement fait le premier JP. Le registre cinématographique de la mission militaire en jungle équatoriale trouve un décentrement assez vivifiant dans l'arrivée de naufragés que les mercenaires décideront de prendre sous leur aile, dont les membres sont tous bien campés (que son personnage soit écrit pour être "agaçant" n'empêche pas le "petit-ami" d'être incarné de façon assez convaincante pour les interactions qui allaient suivre, comme le reste constituant une cellule familiale, avec un père et ses deux filles). Je me suis vu découvrir avec plaisir que c'est la naturalité de l'île qui était mise à l'honneur ici (gros proint fort), par des décors végétaux luxuriants, vibrants et habités, par la présence pas toujours systématiquement prédatrice ou hostile de sa faune, ce qui est bienvenu pour donner un réalisme animalier ; seule la colorimétrie semble entacher ce paysage verdoyant en le teintant d'un jaune cataracte qui ne disparaît que pendant les scènes nocturnes. La monstruosité apparaît a posteriori avoir été un prétexte marketing pour appâter les "anti-dinos" ou ceux usés par ce bestiaire, jouant en façade la carte de la distinction... les mutants en question n'apparaissant que de façon finalement sporadiques et bien dosée, pour le bonheur des fans. Les péripéties restent assez prévisibles, la ligne directrice simple, ce qui n'en gâche pas pour autant la délectation. On peut relever des particularités propre à cette réalisation, avec régulièrement des effets pop-up (les dinos apparaissent de façon théâtrale, par la magie du cadrage ou un jeu de passe-passe visuel) et des facilités scénaristiques pour précipiter les transitions entre différents tableaux (ce ne sont pas des incohérences* à proprement parler comme le disent les critiques Youtube, comme quand la famille se jette à l'eau grouillante de danger pour rejoindre le rivage, l'obstacle propice pour stopper net l'obstination d'un T. rex, les flacons de sang tombant à pic au dans les mains des héros, etc.). La bande musicale signé par le français Alexandre Desplat reste scolaire, peu marquante, mais ne démérite pas (j'ai bien aimé les morceaux lugubres accompagnant la découverte du laboratoire), elle est même l'une de celles que j'ai le plus appréciées avec la musique de JW1 et de sa reprise pour le jeu LEGO, ainsi qu'évidemment l'originale de J. Williams. Détail qui a son importance, on arrive à s'attacher aux persos malgré leur nombre, qu'ils soit principaux (Henry Loomis) ou secondaire (y compris Nina, une des missionnée et sacrifiée de l'aventure), mention spéciale pour la petite fillette apprivoisant l'Aquilops et malus pour Scarlett Johansson, dont le doublage lui donne un côté plat et impersonnel... Globalement, pas de surenchère se vautrant dans la science-fiction tératologique. Les gimmicks et copiés-collés qu'on pouvait redouter ne sont pas totalement flagrants (par exemple, la séquence des Mutadons). De subtils jeux d'angles morts, de hors-champs et d'implicite qui permet la montée en tension et aussi l'émerveillement de prendre. Voilà, pour moi, un plaisir coupable, pas plus certes, mais pas moins : l'un des Jurassic toute saga confondue les plus réussis/les moins ratés, ce que l'on doit paraît-il a la maîtrise graphique de Gareth Edwards (du perfectionnisme bienvenu de son équipe d'FX aussi, rendons à César... À noter que les deux segments du film - les scènes du déconfinement du Distortus et des dialogues de départs - qui me paraissent un peu en-dessous du développement d'un point de vue général sont des propositions du réalisateur, peut-être mal exploitées ou rendues), pas le chef-d’œuvre culte qu'était JP1, ni un tour de force qui marquera les annales, mais une production qui - tenant compte surtout des 1 an et demi de sa mise en boîte - est plus que réjouissant !
*PS : Je n'ai pas évoqué ici le lore et les discordances qu'introduit le film aux récits précédents (je ne suis pas allé à la séance avec cet état d'esprit) mais certains détails m'ont interrogé ou perturbé pendant le visionnage, du fait de leur "implication" sur le reste de l'univers filmique. Par exemple, quelle réelle utilité de souligner (jusqu'à l'écrire en cartouche, sans élégance dans le style ni explicitation plus amples de la part des scénaristes) que les dinosaures "nous lassent" : Ce sont désormais des animaux féraux (=revenus à la Nature) et non plus des attractions... dès lors ce verbe semble vraiment à contre-emploi, hors-sujet ! On se lasse de voir des orques dans des aquariums, de singes dans des zoos ou des spectacles de domptage d'animaux sauvages dans des cirques mais pourrait-on se "lasser" à proprement parler d'un hérisson de sortie la nuit ou d'un chat errant ? Non... et si un pachyderme préhistorique qui bouchonne le trafic semble être devenue une trivialité, comment expliquer qu'un paléontologue se fasse persuadé de partir à l'aventure par la simple motivation de "réaliser le rêve" de les approcher ? ça me paraît gros, sinon ridicule. On avait déjà du mal à imaginer et on s'étaient à peine habitué à voir ces bêtes éteintes éparpillées dans toutes sortes d'écosystèmes dès JW2 que Koepp impose ici un ret-con (continuité d'impact rétroactif), ce qu'il avait par ailleurs promis au public de ne pas faire. Prétendre que ces populations dinosauriennes se sont "vite" concentré vers les tropiques ou l'équateur empêchera non seulement toute proposition survivaliste de voir le jour (alors qu'il n'y en a jamais eu dans la sage JW/JP, hormis la série "Colo Crétacée"/le jeu JP "Survival". À quoi sert de fermer cette option si c'est pour continuer à épuiser le filon ?), surtout que cette précision n'avait rien de déterminant ici, puisque l'argument de leur présence sur l'île St-Hubert est lié à la conception du Park et non à leur migration... Tout cela semble justifier très maladroitement la trame de cette expédition à visée pharmaceutique... Que vont-il pouvoir pondre comme script après avoir planté un cadre aussi tordu ??