Grand défenseur du nouveau système Mercy (une intelligence artificielle pensée comme juge, jury et bourreau pour accélérer les procédures), le lieutenant Raven se réveille un beau jour lui-même dans le fauteuil de l'accusé, présumé coupable du meurtre de sa femme et devant prouver son innocence face au visage froid de cette justice sans merci durant 1h30.
Depuis quelques années, Timur Bekmambetov semblait s'être donné pour but d'imposer à tout prix sur grand écran le format du screenlife movie, ersatz informatique du found footage où les évènements d'un récit sont rapportés via les fenêtres ouvertes d'un écran d'ordinateur, pour le meilleur ("Searching - Portée Disparue" ou "Unfriended: Dark Web" par exemple) mais également pour le pire du pire (la lamentable "War of the Worlds" Amazon-ienne) et même en en réalisant lui-même un ("Profile" resté dans le plus complet anonymat depuis 2018).
Pour son grand retour à la mise en scène, il n'est donc pas étonnant de retrouver le réalisateur de "Night Watch" et "Wanted: Choisis ton destin" aux manettes d'un film lui permettant d'exploiter le fruit de ces expériences plus ou moins heureuses. Grâce à sa juge virtuelle usant en temps réel de toutes les caméras et moyens technologiques chargées de surveiller la population en vue de suivre les pistes indiquées par son accusé immobilisé devant elle, "Reconnu Coupable" offre en effet un postulat sans pareil à Timur Bekmambetov pour faire croiser la route de son format screenlife tant chéri à celle d'un cinéma dit plus traditionnel (le point de vue à la première personne passe à la troisième en montrant les réactions du héros face caméra).
Pour autant, est-ce qu'un feu artifice ou une révolution cinématographique en résulte sous nos yeux ? Non, clairement non, loin de là même. Par son côté assez cheap, "Reconnu Coupable" ressemble presque d'entrée de jeu à ces thrillers SF en mode séries B sortis il y a des décennies pour surfer sur la vague du succès de "Minority Report" où, sous couvert d'un procédé technologique futuriste, un individu doit lutter seul contre tout un système pour clamer son innocence. Comme si rien ne s'était passé depuis en termes de SF, Timur Bekmambetov repart sur les mêmes tropes de l'époque, traduisant la fébrilité de son héros (Chris Pratt en Chris Pratt plus sérieux) devant son sort façon "shaky cam" face à l'immobilisme en plans fixes de sa juge artificielle (Rebecca Ferguson fait vraiment de très bons regards de renarde sous anxiolytiques) et, il faut bien le reconnaître, réussit même un temps à capter notre intérêt grâce au sens du montage dont il fait preuve à travers toutes les fenêtres de vidéos en forme de plausibles indices à découvrir s'ouvrant nos yeux (l'expérience acquise en la matière se fait ressentir là), surtout lorsque les enjeux en restent à une dimension personnelle autour du mystère entourant le meurtre.
Toutefois, quand l'intrigue choisit de la quitter pour prendre une plus grande ampleur de conspiration abracadabrante, "Reconnu Coupable" se met méchamment à partir en vrille dans le n'importe quoi d'une justement très mauvaise série B, où les effets de surprise recherchés par des révélations grotesques font office d'oasis absurdes dans un récit en réalité famélique et qui, peut-être pire que tout, se met gentiment à nous chantonner que l'alliance entre l'instinct d'un policier alcoolo-bourrin et la néo-âme de l'intelligence artificielle est la meilleure solution pour régler les petits tracas d'une population juste bonne à être surveillée à tous les niveaux... Heu, hein, quoi ?!
Malgré quelques petites idées de mise en scène, ici et là mais trop timides, pour traduire littéralement cette fusion entre le screenlife et le cinéma conventionnel (quand l'. intègre le lieutenant au sein des vidéos ou reconstitutions diffusées), "Reconnu Coupable" est une production obsolète, presque ringarde avant même d'être visionnée et qui ne fait franchement rien pour contredire ce sentiment. D'ailleurs, on aurait été sans doute un brin plus indulgent si on l'avait découvert sur une plateforme de streaming car c'est définitivement là qu'est sa place (Amazon n'est pas loin derrière) et non dans une salle de cinéma.