Après de longues années à avoir brillé uniquement en tant que cascadeur de l'extrême, Tom Cruise décide de revenir sous la caméra d'un auteur en cette année 2026. Réalisé par Alejandro González Iñárritu, "Digger" était forcément très attendu au vu du pari affiché. Personnellement, n'ayant pas une immense accroche avec la filmographie de ce metteur en scène, je suis allé découvrir ce projet avec la simple envie d'être surpris, surtout au vu des critiques très hétérogènes qui semblaient fleurir le concernant. Et pour le coup, j'ai été assez étonné de ressortir de mon visionnage en ayant vraiment apprécié ce que je venais de voir. Porté par une promotion qui semblait vouloir nous cacher sa véritable nature, le long-métrage a en réalité bien plus de choses à nous proposer que prévu. En effet, l'apparence de ce dernier nous laisse d'abord penser à une satire très classique de la haute société américaine actuelle. Au travers du personnage de Digger, de ses interactions avec des politiques et via le déroulé du scénario, l'objectif est de tourner en dérision la déconnexion totale de ces hauts responsables. Dans le ton, l'humour se veut alors très sec et pas forcément subtil, mais je dois dire que le résultat est très efficace en ce sens. En tournant le plus possible en dérision ces personnages, la majorité des gags réussissent à faire mouche, l'absurdité de la situation étant maîtrisée d'une main de maître par le réalisateur. Grâce à ce concept théâtral, il donne un rythme très particulier à sa narration, notamment par un montage vivant. Le piège de ce type de dispositif est toujours de tout baser sur la performance des acteurs, mais ce n'est jamais le cas ici. On sent véritablement que la caméra d'Iñárritu respire et fait vivre l'action, au moyen de plans en contre-plongée peu flatteurs sur certains personnages afin de renforcer leur absurdité, via des plans-séquence particulièrement longs faisant vivre le scénario sur la durée ou dans des coupures brusques qui font davantage ressortir le décalage de certains passages. En bref, le tout est drôle, car il est extrêmement bien réalisé. Et au milieu de cela, on a également la sensation que le casting s'éclate à proposer une partition aussi jouissive. On pense évidemment à Tom Cruise en premier lieu, car il est vraiment bon dans son interprétation, mais certains seconds rôles m'ont aussi beaucoup marqué. Je pense surtout à Riz Ahmed, qui m'a surpris en passant d'un ton posé et calme à des explosions verbales très impressionnantes par moments. Mais comme je l'ai dit, cette apparence, franchement très divertissante et légère, reste grossière. Et quand on connaît un peu l'écriture d'Alejandro González Iñárritu, on est alors un peu surpris par une proposition aussi peu subtile et rentre-dedans. Mais justement, c'est à ce moment-là que le film déploie sa plus belle carte, en partant de cette thématique très simple se moquant des dirigeants américains.
Après quelques séquences, nous découvrons en réalité que le tout n'est qu'une pièce de théâtre. Et sur le moment, je dois dire que cette révélation m'a un peu laissé de côté. Je ne comprenais pas vraiment où voulait en venir l'histoire via ce choix, comme si le réalisateur avait été obligé de justifier sa narration très régressive dans le ton. Mais finalement, l'histoire va s'avérer bien plus complexe que prévu en renouvelant continuellement notre vision de la chose. Au fur et à mesure de l'avancée du récit, nous allons en effet découvrir que le tout est bel et bien une pièce de théâtre, mais qu'elle est issue d'événements réels au sein de la diégèse du long-métrage et qu'elle se produit dans un futur proche du nôtre. En sachant donc que cette approche est déjà extrêmement ludique, car elle parsème ces éléments-là au sein des deux heures de durée pour ne jamais nous endormir, elle met également en lumière une vision extrêmement pessimiste de notre réalité et de l'art construit autour de celle-ci. Par cette approche, le réalisateur met ainsi en avant la stupidité de nos dirigeants face à des enjeux tels que l'écologie. Mais dans un autre sens, il nous fait surtout prendre du recul par rapport à la place qu'une œuvre artistique peut avoir, ou ne pas avoir, sur la véritable perception des choses. Véritable exutoire afin de faire dédramatiser la situation pour ces personnages au futur détruit par ces grands dirigeants (ce qui a existé dans la réalité, il suffit de voir le nombre de comédies françaises qui cherchaient à rire de la Seconde Guerre mondiale dans les années 60 à 80), la pièce est renvoyée à ses limites artistiques. Le meilleur moyen d'illustrer cela étant cette conclusion très froide où les personnages sortent du théâtre avant de retourner à leur vie complexe, juste après avoir applaudi une pièce parodiant les gens qui les ont mis dans cette situation. Une astuce de mise en scène a d'ailleurs grandement renforcé cette idée, notamment pour ceux qui auront la chance de voir ce film en salles, grâce à cette voix au milieu du générique rappelant la qualité de vie extérieure. Elle est présente au sein même du film comme pour renvoyer les spectateurs à leur réalité lorsqu'elle est diffusée à la fin de la pièce, et elle nous est diffusée plus spécifiquement à nous, spectateur du film, pour nous renvoyer à notre réalité, cette dernière étant finalement en train de prendre le chemin de ce récit. Malgré tout, je n'ai pas l'impression que cette histoire cherche à incriminer les artistes ou à dévaloriser leur envie d'exutoire et de dénonciation au travers de leur travail. Au contraire, elle cherche plus à nous démontrer sa puissance, même dans des situations aussi extrêmes, bien que celle-ci s'avère insuffisante dans l'optique de réellement faire bouger les choses. Cette fin est là pour nous rappeler que ce que nous venons de voir est une parfaite illustration froide et sordide de notre monde. Nous retournons à notre réalité, après avoir vu ce film et avoir réfléchi à sa proposition, cette dernière nous amenant inévitablement dans la même situation que l'histoire de cette pièce. À la fin, l'art nous aura fait cogiter, mais ne restera pas, car il n'existera plus que les conséquences des actions de personnes se croyant au-dessus de tout.
Au global, je vous recommande donc de foncer découvrir ce long-métrage. S'il n'est certes pas très subtil dans certains de ces dialogues, la morale de l'histoire étant un peu trop envoyée à notre visage dans une scène bien précise, l'ensemble est une réussite. Ce moment de cinéma est assez unique, et il est de notre devoir de ne pas détourner les yeux face à ce qu'il nous raconte. Pour conclure, une vraie réussite.