Veuve dans des circonstances tragiques et mère d'un petit bambin, Violet se décide enfin à laisser une nouvelle chance à la gent masculin en acceptant un dîner en compagnie du beau photographe avec qui elle discute virtuellement depuis des mois.
Dans un restaurant de rêve situé au sommet d'un building, les premiers instants de la fameuse rencontre se déroulent encore mieux qu'elle n'aurait pu l'imaginer... jusqu'à ce que son téléphone soit submergé de drops -comprendre assailli de messages et de memes par un utilisateur situé à proximité- menaçant de tuer son enfant et sa soeur babysitter d'un soir si elle n'accepte pas de suivre les directives qui en émanent...
Tiens, hormis un sympathique "Wolfman" en début d'année, Blumhouse s'était plutôt montré discret au cinéma en 2025 (bon, "A Woman in the Yard" et les suites inévitables des derniers succès de la boîte comme "M3GAN .", "Five Nights at Freddy's 2" et le plus intrigant "Black Phone 2" sont dans les starting-blocks pour envahir prochainement les écrans, rassurez-vous), il était de temps de rattraper ça avec un "Drop Game" réalisé par un des faiseurs sur lequel semble beaucoup miser la firme à Jason Blum depuis ces dernières années: Christopher Landon.
Réalisateur pour celle-ci des "Happy Birthdead" ou encore de "Freaky", Landon devait prendre son envol en mettant en scène le septième opus de la saga "Scream" mais les proportions prises par les polémiques autour de la non-reconduction de Melissa Barrera au sein de la franchise ont atteint une telle ampleur qu'elles ont également forcé le bonhomme à abandonner le projet, qui cherche à rebondir aujourd'hui, de manière thérapeutique selon son propre aveu, avec ce projet original qu'est "Drop Game".
On a parlé de "faiseur" à dessein car les réalisateurs du fond du panier des productions Blumhouse que l'on pourrait qualifier de ce terme sont très nombreux mais Landon, lui, est disons un des plus honnêtes en son genre (il est au sommet du fond, quoi), cherchant parfois à dynamiter la qualité moyenne de ce qu'on lui confie à filmer pour en faire quelque chose certes de mineur mais avec un minimum de capital sympathie. Et c'est encore le cas ici: derrière la caméra, Christopher Landon capte plutôt bien l'alchimie de son couple, la bulle de solitude autour de son héroïne prise dans le pire des dilemmes, les plaies encore ouvertes du passé de celle-ci à guérir (en cela, on peut comprendre son identification au personnage) ou encore la montée en tension de ses conversations par messages avec l'inconnu qui menace les seules piliers restants de son existence... Mais cela reste malheureusement très peu au sein d'un film au concept se révélant beaucoup trop gros pour rester crédible sur la durée.
Que ce soit par les motivations simplistes sur lesquelles il repose ou par son exécution complètement farfelue, le plan de l'antagoniste est tellement alambiqué qu'il ne peut en effet que paraître grotesque, pas aidé par une écriture grossière dans la mise en place des protagonistes en orbite autour du couple durant ce dîner (le restaurant est superbe mais si vous voulez y passer une soirée en toute quiétude, c'est le lieu à éviter par excellence, tous les inconnus possibles vont vous y parler), les fausses pistes installées à gros sabots auxquelles seule l'héroïne semble croire ou encore les subterfuges trouvés par chacun pour accomplir les ordres/enquêter/essayer de se sauver d'une telle situation (on veut bien croire que la force des sentiments du photographe envers Violet l'oblige à rester à sa table... mais, soyons honnêtes, n'importe qui aurait fui devant une telle versatilité de réactions et d'actes incongrus dans la réalité).
Bref, à moins d'user de sa suspension d'incrédulité au maximum de sa jauge, "Drop Game" ne peut donner l'impression que d'un long-métrage dont personne n'ignorait les contours improbables du concept en amont et sur lesquels on n'a finalement pu broder qu'un petit thriller domestique pas trop désagréable mais ne se débarrassant jamais de son côté futile ou de son schéma préfabriqué et, peut-être pire que tout, aseptisé. Si l'on excepte les quelques efforts de Landon derrière la caméra et l'adjonction de nouvelles technologies, "Drop Game" pourrait être issue d'une faille temporelle l'amenant de quelques décennies en arrière sans que l'on y voit une réelle différence dans l'exploitation de son postulat.
Et c'est sans doute ça qui le rend tellement oubliable.