La mère de Louis est issue d'une noble famille aristocratique. Mais, ayant épousé un homme socialement inférieur, elle a été écartée et réduite à la pauvreté, avec son fils. Désormais adulte, Louis comprend qu'il peut prétendre à la succession et au titre de famille... à condition d'éliminer les autres membres officiels d'abord ! L'occasion de s'élever socialement tout en assurant sa vengeance.
"Kind Hearts and Coronets" (titre tiré d'un poème de Tennyson, d'ailleurs clamé dans le film) est une comédie acerbe typical british. Sur la forme, l'ensemble est délicieux de bout en bout, avec de nombreuses touches d'humour noir. Qu'il s'agisse de répliques qui font mouche, de meurtres commis avec légèreté, ou d'idées scénaristiques décalées.
Toutefois l’œuvre est encore plus percutante sur le fond, offrant un véritable portrait au vitriol du système de classes sociales britanniques. Les aristocrates ne sont pas seulement présentés comme arrogants ou condescendants, mais comme des incompétents ou des hypocrites, à l'occasion particulièrement cruels ! Et Robert Hamer ne s'attaque pas qu'aux riches, pointant du doigt les ambitions déraisonnables de la classe moyenne (l'amie d'enfance vénale et son mari dramatiquement nul dans tout ce qu'il entreprend). Ou leur propension à vitre mépriser eux-aussi les plus pauvres quand ils commencent à gravir les échelons.
A ce niveau, Dennis Price porte très bien le rôle de Louis. Au fur et à mesure qu'il élimine les obstacles à sa succession et qu'il s'élève socialement, il se montrera de plus en plus guindé et condescendant ! Face à lui, Alec Guiness dans un octuple (!) rôle, celui des membres de la famille à exécuter.
Outre l'ironie de ce choix (Alex Guiness est lui-même le bâtard d'un homme de bonne famille), la technique est réussie. A travers les maquillages, et même une scène où plusieurs "Guiness" apparaissent ensemble à l'écran, pas évidente du tout à réaliser à l'époque. Le chef opérateur Douglas Slocombe prétend d'ailleurs avoir couché dans le studio pour être sûr que personne ne trifouille la caméra entre deux prises, et ne sabote l'effet ! Et Alec Guiness semble s'amuser à incarner, de manière relativement courte, chaque personnage distinct.
En outre très proprement réalisé, "Kind Hearts and Coronets" est une belle comédie noire qui n'a rien perdu de sa force.