Adapté d’un roman de Daphné du Maurier, Rebecca est une histoire funèbre sur le passé et plus précisément l’emprise que peut maintenir une épouse sur son mari, sa nouvelle femme et ses domestiques depuis l’au-delà. On retrouve alors l’amour d’Hitchcock pour les fantômes et les personnages à deux faces.
Après un joli opening surnaturel et énigmatique, le film débute de manière assez précipitée mais installe efficacement les enjeux. A partir de là Hitchcock use de son habituel pouvoir hypnotique, celui qui nous empêche de décrocher les yeux de l’écran tant qu’on a pas les révélations finales, tant les plans et les dialogues sont fascinants. Le réel twist arrive plutôt aux deux tiers du film, la révélation finale n’étant qu’un élément de plus expliquant la mort de Rebecca, un poil décevant (et le docteur qui se souvient de tout, ça n’arrive que chez Hitchcock) mais finalement réaliste et pardonnable puisque pour une fois Hitchcock ne se focalise pas tant sur le suspense d’une énigme mais plutôt sur le drame qui en découle, en témoigne un dernier acte dans lequel on sait déjà l’essentiel mais on a peur pour les deux personnages principaux.
Laurence Olivier incarne magistralement un Maxime hanté tandis que Joan Fontaine, bien que jolie et attachante, sombre souvent dans un pathos des plus gênants. Ce couple peut aujourd'hui étonner pour le côté autoritaire de Maxime et soumis de la nouvelle Mrs de Winter (notons qu’on ne connaît pas son prénom ! elle est simplement Mrs de Winter), mais n’oublions pas qu’il s’agissait des mentalités de l’époque. Le personnage le plus intéressant est néanmoins Mme Danvers, gouvernante ambiguë, inquiétante et au cœur de tous les soupçons.
Pour la musique, Waxman compose un de ces scores obsessionnels et omniprésent qu’on a l’habitude de voir dans les films d’Hitchcock, qui souligne très bien les tourments des personnages et l’aspect fantomatique de Manderley, lieu filmé à la perfection (cadrages précis et travelings inquiétants). La scène de la visite de la chambre de Rebecca est à elle-seule un trésor de mise en scène (musique, points de vue, entrées et sorties des personnages, suggestions), mais aussi celle des révélations de Maxim dans le cottage, qui suggère de manière très marquée une Rebecca invisible. Rebecca, sans qu’on la voit une seule fois, est omniprésente dans toutes les bouches, chaque recoin du manoir, même dans le titre du film. Un très bon Hitchcock.