Si certains accablent, à tort, Spielberg comme un cinéaste de l’émerveillement ou de l’enfance, ils occultent sciemment une vérité essentielle : si les enfants rêvent, ils cauchemardent davantage.
Film incompris à sa sortie, La Guerre des mondes s’inscrit pourtant avec une grande cohérence dans l’œuvre globale du cinéaste. Véritable photographie d’une Amérique toujours en état de choc et d’alerte post-11 septembre, le film constitue une relecture sombre et résolument contemporaine du classique de H. G. Wells.
Réalisé au cœur d’une ère thématiquement « grave » chez Spielberg, amorcée avec La Liste de Schindler et poursuivie par Il faut sauver le soldat Ryan, . Intelligence artificielle, Minority Report, Arrête-moi si tu peux, Le Terminal puis Munich, La Guerre des mondes aligne son lot de séquences-chocs et d’images de cinéma au constat profondément désolé.
Replaçant, dès 2005, l’humanité à sa juste place sur l’échiquier du vivant, le film éprouve à quel point notre conscience individuelle et collective vole en éclats face à des événements qui nous dépassent totalement. La panique, la fuite et la survie prennent le pas sur toute illusion de maîtrise ou de supériorité.
Contrairement à ce qui est rabâché par les plus fins analystes du dimanche, le film pas plus que le roman original, ne recourt à un deus ex machina pour résoudre son récit. Il s’agit d’une révélation organique, inscrite dans la logique même du texte de Wells, rappelant brutalement que l’homme n’est ni le centre ni l’aboutissement du vivant, et que son salut tient davantage à l’infiniment petit, de microscopiques bactéries, qu’à la débauche de puissance militaire.
Tom Cruise y est impeccable en père de famille dépassé, sommé de prendre tardivement toute la mesure de son rôle parental au milieu d’une crise sans pareille, tandis que la toute jeune Dakota Fanning impressionne par la justesse et l’intensité de son jeu.
S’il n’a jamais lorgné du côté de la corrosivité d’un Paul Verhoeven, reléguer Spielberg au rang de simple faiseur de pop-corn movies relève, au mieux, d’une méconnaissance manifeste de son œuvre, au pire d’un raisonnement fallacieux.
Un film à reconsidérer sérieusement !