Ah… La Gloire de mon père. Rien que le titre sent déjà la Provence, les collines sèches et dorées, les soirs qui s’étirent avec le chant des cigales. Yves Robert, en portant à l’écran le souvenir de Marcel Pagnol, n’a pas seulement filmé une histoire : il a ouvert une fenêtre sur l’enfance, une enfance qui a le parfum du thym froissé sous les pas, et la lumière éclatante du Sud.
On regarde ce film comme on entrouvre un album de famille. Chaque image est un tableau où le ciel se confond avec les pierres blanches, où les visages respirent la vérité des choses simples. Philippe Caubère incarne Joseph, ce père à la fois modeste et lumineux, avec une justesse bouleversante : il ne joue pas un père, il est le père, celui qu’on admire en silence, celui dont on garde à jamais l’éclat du regard et la fierté discrète.
Et puis il y a la voix du petit Marcel, la malice de son frère, la grâce de la mère… Tout cela tissé dans une toile de souvenirs qui semblent être aussi les nôtres. Yves Robert a filmé la Provence comme Pagnol l’écrivait : avec tendresse, avec humour, avec cette nostalgie souriante qui fait que l’on rit et que l’on pleure dans la même minute. C’est une poésie d’ocre et d’ombre, de pierres sèches et de lavandes, une poésie à hauteur d’enfant.
Ce film n’est pas qu’un récit d’apprentissage : c’est une déclaration d’amour à la mémoire, aux liens du sang, à la beauté des choses modestes. Chaque plan dit qu’il n’y a pas besoin de grandeur artificielle pour toucher au sublime. Le sublime est là, dans le pas hésitant d’un enfant derrière son père, dans la gloire d’une partie de chasse qui devient l’éternité.
La Gloire de mon père est un film qui n’appartient pas qu’à Pagnol, ni à Yves Robert. Il appartient à tous ceux qui ont eu un père, une enfance, un coin de soleil où revenir par le cœur. Et, comme dirait Pagnol, “tout le monde a eu une enfance, sauf ceux qui n’en ont jamais eu”. Ce film, c’est l’enfance retrouvée.