Film en demi-teinte, parlant mais plus proche du cinéma muet que d'autre chose, Vampyr est une expérience somme toute assez troublante, une oeuvre précise d'une modernité certaine mais qui - en paradoxe - a bien du mal à traverser les âges. Je m'explique : si la maîtrise formelle de Carl Dreyer est indiscutable - direction d'ombres comme on en a rarement vu, servant à merveille cette invitation au voyage au coeur des ténèbres - son hésitation narrative l'est franchement moins. A la fois terriblement virtuose dans ses cadrages et ses surimpressions et cruellement desservi par ses dialogues anecdotiques, Vampyr avance un peu à cloche-pied tout en suscitant l'intérêt ( il faut bien reconnaître que chez les cinéastes le passage du cinéma muet au parlant en a désorienté plus d'un ). L'oeuvre de Dreyer aurait gagné à être plus radicale - c'est à dire intégralement muette - tant la parole semble ici vouloir combler les vides, sans vraiment s'imposer pour autant... Bref une déception pour un film aux partis-pris pas totalement condamnables mais sérieusement maladroits. Préférez La Passion de Jeanne D'Arc, objet sublime qui réserve l'une des compositions d'actrice les plus impressionnantes de l'Histoire...
Essayons d'être objectif, le jeu des acteurs est exécrable (et ne n'est pas parce qu'ils jouent comme dans les "muets", il a eu des tas de belles interprétations en muet), l'histoire est aussi claire d'un jus de boudin et ne suscite à aucun moment l'intérêt. Et puis surtout cette lenteur exaspérante et cette absence de rythme font de la vision de ce film un véritable supplice. Alors bien sûr, il y en a qui préférerons toujours des jolis mouvements de caméra à une bonne histoire oubliant que la technique doit être au service d'un scénario et non une fin en soi aussi démonstrative soit-elle. Certains ont dit de ce film qu'il décrivait un cauchemar, alors oublions ce cauchemar. On pourra sauver en étant gentil la mort du docteur et la musique (un peu envahissante mais bien torchée) de Monsieur Wolfang Zeller.
Film hallucinant, inimaginable, «Vampyr» (1932) de Dreyer a cette faculté unique de remuer le spectateur au plus profond de son subconscient! Il n'est pas davantage que le «Nosferatu» de Murnau un banal «film de genre», mais une méditation métaphysique en images sur le surnaturel, sur le bien et le mal, sur l'angoisse et sur la mort. Et cette méditation ne se laisse pas résoudre sous la forme d'une analyse thématique simpliste tant le pouvoir suggestif des images est ici tout simplement extraordinaire. Bien au-delà des très nombreux symboles qu'elles mettent en oeuvre (le faucheur, le passeur, la roue ...), elles viennent semer le trouble en éveillant au coeur de l'affectivité des émotions secrètes, des angoisses refoulées et ne laissent pas, pour tout dire, le spectateur indemne (du moins celui dont la sensibilité ne s'est pas définitivement émoussée!) La réalisation qui préside à ce résultat fabuleux relève du génie. La composition des plans, les éclairages, le montage, tout est parfait! Le film, qui se vit comme un cauchemar éveillé, a bénéficié pour cela d'un accident dont Dreyer a décidé de tirer le meilleur parti. Du retour du laboratoire, le réalisateur eut la surprise de constater que les images de son film étaient surexposées et voilées et il s'en trouva finalement satisfait tant le résultat suscitait un sentiment de rêve et d'irréalité. De son côté, la bande-son, à la fois sobre et géniale, a profité paradoxalement de son caractère archaïque qui, ici aussi, renforce opportunément l'étrangeté de l'ambiance générale. Bien des films s'inspireront de «Vampyr» mais aucun ne retrouvera cette stupéfiante capacité qu'il a d'atteindre à l'universel en suggérant l'angoisse archétypique et primordiale face à la mort. Un monument! C'est du Dreyer!
Un classique du cinéma fantastique. Il s'agit en fait d'un film expérimental dans le genre de l'âge d'or ou du chien andalou de bunnel. Pas vraiment de scénario juste des effets visuels et sensorielles. Moi je me suis endormie sur le dernier quart d'heure...
Le film est lent, très lent, trop lent, je dois avouer que le premier quart d'heure est vraiment pas assez rythmé pourtant l'oeuvre dégage une poésie, un certain lyrisme, des plans pas mauvais du tout, mais seulement j'ai envie de dire qu'à l'époque on pouvait déjà faire des films où l'on surjouait moins (l'Aurore) et des films plys dynamique (même si moins lyriques) dans le même registre vampiresque. N'en reste pas moins une oeuvre même si imparfaite de nature, troublante, peut-être même un des films les plus troublants sur les vampires qui soit, mais pourquoi cette lenteur ?
Etat hypnagogique : propre aux états de semi-conscience ou aux troubles psychiques qui précèdent le sommeil normal ou lui succèdent. C’est cet état bizarre propice à toutes les confusions mentales bien connu de chacun d’entre nous que Dreyer réussit le tour de force de retranscrire à l’écran par l’adaptation réunie de deux nouvelles de l’auteur irlandais Sheridan Le Fanu (« Carmilla » et « La chambre de l’auberge du dragon volant »). Comme Tod Browning à Hollywood ou Friedrich Wilhelm Murnau dans l’Allemagne expressionniste, Dreyer emprunte au thème du vampire pour illustrer le voyage entrepris dans l’inconscient de son voyageur imprudent. La texture même de l’expression cinématographique de Dreyer, heureux croisement entre un incident technique et une volonté artistique, constitue une expérience unique qui surprend encore le spectateur près de 80 ans après son apparition sur les écrans en 1932. Le réalisateur joue sur tous les sens pour plonger le spectateur dans l’irréel. Le visuel tout d’abord avec une image brumeuse qui atténue les contrastes, renforçant ainsi l’apparentement au rêve. Dreyer qui dans un premier temps avait décidé d’accentuer les contrastes de noir et de blanc pour marquer franchement la frontière entre le bien et le mal a su parfaitement saisir au bond une erreur de manipulation pour en imprégner tout son récit. Le sonore ensuite, le cinéma parlant en est encore à ses débuts et Dreyer qui a commencé sa carrière de réalisateur en 1918 choisit de faire de « Vampyr » une sorte de trait d’union entre les deux univers cinématographiques. Ainsi l’utilisation des intertitres et les dialogues minimalistes semblant venir du lointain, étouffés comme dans un songe. Tout est donc mis en œuvre pour recréer la confusion qui nous saisit à la sortie d’un rêve quand on ne sait plus très bien ce qui relève du réel ou du fantasme. C’est un peu ce que Rod Serling avec une tout autre approche essaiera lui aussi de recréer avec sa fameuse série fantastique des années 60 « La Quatrième dimension ». Dreyer et son scénariste Christen Jul demeurent malgré tout fidèles à toute la mythologie du vampire qu’ils convoquent à tous les instants. Mais là ou Tod Browning marquait les effets pour impressionner le spectateur, Dreyer conserve la linéarité propre au rêve quand il n’est pas cauchemar. Graphiquement sublime, « Vampyr » imprime dans nos mémoires plusieurs visions obsédantes comme le paysan dans une chaloupe tenant par-dessus son épaule l’immense faux de la mort, la femme vampire Marguerite Chopin penchée sur sa jeune victime dans l’immense parc pour lui soutirer la précieuse substance ou encore l’horrible médecin complice du vampire enseveli sous la blanche farine purificatrice du moulin à grain. Le voyageur égaré enfermé dans les méandres de son subconscient qui n’en fait qu’à sa guise, assiste comme nous, effaré à toutes ces scènes qu’il ne peut contrôler. C’est à la toute fin quand le réveil approche qu’il entrera dans la lumière, accompagné de la fille du châtelain non sans avoir auparavant tenu droit le pieu enfoncé dans le cœur de celle qui n’avait pas encore trouvé le repos dans la mort. « Vampyr » offre une expérience unique que chaque cinéphile doit s’offrir au moins une fois dans sa vie. À noter que le film tourné en trois versions avec des acteurs majoritairement amateurs se déroule dans le village de Courtempierre au confluent de l’Indre et de la Loire ainsi qu’à l’abbaye de Braye dans l’Aisne.
Un film parlant très marqué encore par le muet, Vampyr joue essentiellement sur l'atmosphère lugubre de l'histoire (car celle-ci est très simpliste) et ça marche Dreyer a su à merveille rendre cette ambiance étrange et fascinante des histoires fantastiques et mystérieuses. Vampyr est d'une grande beauté dommage juste que le scénario semble par moment très touffu (mais sans doute est-ce du aussi aux scènes perdues) ; quelques séquences sont vraiment extraordinaires comme cette vue subjective de cet homme coincé dans un cercueil.
Vampyr est un très beau film de vampire de la part du metteur en scène Carl Theodor Dreyer. L'histoire est celle d'un jeune homme fasciné par l'occulte et qui se rend au hasard au village de Courtempierre. Il se rend compte alors que des phénomènes étranges se multiplient, et un vieil homme lui demande de protéger ses deux filles, qui selon lui seraient menacées par un vampire. Très librement inspirée de l'histoire de Sheridan Le Fanu: Carmilla, ce long métrage restera comme l'un des plus original film de vampire du cinéma. La mise en scène du réalisateur de Jour de Colère ( un autre grand film d'ailleurs ) est vraiment captivante du début à la fin, notamment grâce à quelques scènes qui se révèle assez difficiles à oublier. Il s'agit d'une oeuvre austère, aux dialogues fort réduits mais qui se trouve être passionnante à visionner, d'autant qu'il dure a peine 1H10. L'interprétation est très bonne, en particulier celle de Henriette Gérard qui joue son rôle de vampire de façon assez surprenante. A noter également une photographie en noir et blanc - ou plutôt grise d'ailleurs - de la part de Rudolph Maté ( futur réalisateur en autres de La Guerre Des Mondes en 1953 ) qui fait intensifier l'atmosphère et le mystère de l'oeuvre. Il s'agit donc d'un film réellement envoutant et que je conseil vraiment à tous car c'est vraiment un excellent film et je pense qu'il mériterai une certaine reconnaissance.
La crédibilité des situations, qui jouent surtout sur l'occulisme vampirique, et la psychologique ne sont pas foncièrement convaincantes mais il faut bien avouer qu'en dépit (ou peut-être grâce !) de cela «Vampyr» dès les premières images arrivent à créer un climat unique d'angoisse. Loin du statisme de la mise en scène d'un Tod Browning dans «Dracula», Carl Theodor Dreyer au contraire grâce à l'utilisation de nombreux mouvements de caméras parvient à rendre son déroulement de son récit fluide. Et puis certaines scènes sont inoubliables, comme par exemple l'enterrement vu du point de vue du mort ou encore le visage de la jeune fille lorsque celle-ci est possédée, sans parler de la photographie en noir et blanc brumeuse. Ses critères arrivent à faire de «Vampyr» une oeuvre totalement unique dans l'histoire du cinéma.
Profondémment déçu... Tout est raté, l'interprétation est souvent mauvaise, parfois catastrophique; la photo (je ne parle pas de la surexposition) n'est aucunement travaillée, jour et nuit la même lumière, on amène un chandelier et rien de change, etc ça ne crée pas une ambiance onirique mais une ambiance de série Z bâclée mais sans le côté drôle ou divertissant ; le film a les archaïsmes du muet sans en avoir le charme (et quelle facilité de lire un livre au lieu de nous raconter cela en images… et dire que certains trouvent le film en avance sur son temps… re-regardez Freaks de la même époque, entre autres nombreux exemple); tout est empesé et se veut très sérieux, le film est sans aucun rythme, les personnages se comportent sans logique (ah oui, il parait que c’est ça le charme du film, que c’est onirique ?), et on s’ennuie à mourir devant une histoire de plus totalement plate alors que ça ne dure que 1h23 qui en paraissent 2 ou 3. Pour moi il n’y a que la caméra subjective depuis le cercueil qui est une bonne idée, cela fait quelques secondes d’intérêt noyées dans près de 5000 d’ennui. Pourtant (presque) tout le monde crie au chef d’oeuvre, s’extasiant devant tant de facilités et de vide (tout en méprisant avec « passion » les petits films de distraction du présent peu ambitieux), je ne comprend pas ?...
Dreyer réalise l'un des plus grands films fantastiques du cinéma. Il utlise les ombres comme des projections d'un monde parallèle, tantôt elles sont réalistes (le meurtre au fusil), tantôt surréalistes (dédoublement du garde chasse). Le tout est beigné dans une image assez floue, voilée comme pour accentuer l'effet de rêve (ou de cauchemar). A ce propos, il y a des acteurs non professionnels pour rendre le jeu bizarre. Les scènes sont mémorables : celle où la vieille femme "vampirise" la soeur rapelle le tableau "Le Cauchemar" de Fussli, la scène dans l'usine avec les multiples ombres, ou encore la plus fameuse celle où il se voit enterré et on a sa vision à travers le cercueil. Bien plus rythmé que le Nosferatu de Murnau (bien qu'ils soient différents malgré le même thème), Vampyr reste un chef d'oeuvre fantastique, que l'on peut voir comme un cauchemar. Petit bémol : domage que l'effet floue de la photo ne nous permet pas d'apprécier plus l'esthétique des plans.
Dreyer filme le mondes des vampires (plutôt que les vampires eux-mêmes) comme s'il s'agissait d'un monde immatériel en lisière du nôtre. Un film génial, qui se situe dans un entre-deux entre muet et film parlant, où Dreyer semble avoir vingt ans d'avance sur son temps par les moyens cinématographiques qu'il met en oeuvre (caméra d'une mobilité incroyable, plans en regard caméra, montage parallèle). Voir ma critique complète sur mon blog : newstrum.wordpress.com
Classique du film de vampire trop méconnu, Vampyr est un récit fascinant composé par le grand cinéaste danois Carl Théodor Dreyer. Un génie dont j'ai eu vent, et qu'il fallait que je découvre par le biais d'un genre qui m'est cher, le fantastique. Mais ce qui m'a attiré est aussi le fait que Vampyr est son premier film parlant, mais où les paroles ont peu d'importance. Une atmosphère brumeuse et vieillotte est érigée avec soin, elle nous enveloppe dans un rayon d'étrange qui nous fait doucement tout oublier de notre vie pour nous ancrer dans ce monde à part, et pourtant si familier, puisque l'histoire se déroule en France ! Et oui, et nos beaux paysages typiquement reconnaissables sont enfin exploité à des fins imaginaires et non lyriques, quoiqu'ils en sont tellement gravé qu'un soupçon de romantisme sous-jacent parcourt les scènes dans les praires et le bois. Les décors aussi reconnaissables que possibles mais transformés par une photographie spectrale nous cloisonnent dans un espace intemporel. Les acteurs trop vieux pour que j'en connaisse un seul semblent sortir d'un vieux livre, leur physionomie elle aussi métamorphosée par la mise en scène hallucinatoire complète ce tableau peu à peu dévoilé au fil des péripéties. Pendant les trois quart du film David Gray (Allan Gray en version allemande) explore et constate voire subit ce qu'il voit au fur et à mesure, en même temps que nous autres spectateurs. Pour une œuvre de 1932, j'ai été surpris de l'angoisse imprévisible et tenace qui venait me chatouiller de temps à autres...créée par l'élaboration ultra cohérente d'un mystère lentement révélé. La visite de l'entrepôt-crypte au bord de la mer est une séquence des plus réussites, jouant malignement sur des effets d'ombres que l'époque permettait sans aucun ridicule. En effet, Vampyr est un film qui a très bien vieillit, car c'est avant tout un film d'ambiance. La musique contribue elle aussi à ce suspens saisissant qui habite ces excursions dans différents lieux atypiques. Le moment précis m'ayant le plus effrayé est le subit sourire carnassier qui se dessine sur le visage de Léone (Sibylle Schmitz) lorsque sa soif de sang refait surface et qu'elle suit de son regard de prédateur les mouvements de sa sœur (de la chair fraîche...) Gisèle (Rena Mandel). Cela ne dure que quelques secondes, mais c'est sublime et intense. Les « rêves » qui interviennent sont également des instants fantasmagoriques, et la vision du futur probable du héros est une vision presque aveuglante de métaphores sur la religion, la lumière du ciel perçant les tours des clochers représentant l'ouverture vers la mort. Tout comme les images du ciel nuageux entrecoupés d'éclaircies et d'une girouette à contre jour qui se manifestent brièvement en renforçant l'accent du « territoire dangereux » à chaque réapparition. Les deux scènes annonçant la fin ont été censurées : il s'agit de l'exécution du vampire, beaucoup plus puissante en version intégrale, et de celle du docteur, qui diffère peu dans les deux cas, qui m'a cloué devant cette cruauté, amollissant peu à peu mon pardon face à ce sort qu'un homme de bien lui réserve. La traversée de la rivière et la remontée vers le jour semblent alors miraculeuse et le film nous libère alors à nous aussi de cette aventure chimèrique. Je n'ai pas besoin d'en dire plus et de m'épandre sur des considérations techniques ou analytique, ce chef d’œuvre se vit et se raconte, mais je préfère éviter de le décortiquer en détail pour ne pas lui enlever son charme poussiéreux indescriptible.