Lady Chatterley est une adaptation à l'écran du roman de l'écrivain britannique . Lawrence, l'amant de lady Chatterley.
L'histoire est plutôt simple, Constance Chatterley est mariée à un riche propriétaire terrien qui a été blessé au front durant la Grande Guerre et a perdu l'usage de ses jambes. Incapable de satisfaire sexuellement sa femme, la relation qui unit les deux époux est purement platonique et Clifford (le mari) montre une froideur assez déroutante à l'égard de sa jeune femme qui s'occupe de lui au quotidien.
Alors qu'elle souffre d'une dépression due à la morosité de sa vie et à l'indifférence de son époux, le médecin de Constance lui conseille de prendre du repos et de se distraire sous peine de tomber gravement malade. Elle se décide à embaucher une infirmière pour s'occuper de son mari invalide et entreprend de longues balades dans le domaine familial. Au cours d'une sortie, elle rencontre un homme taciturne dans une petite cabane perdue au milieu de la forêt, qui n'est autre que Parkin, le garde-chasse du domaine. C'est le début d'une liaison passionnée entre les deux êtres.
J'ai été assez étonné de lire des critiques extrêmement dures contre ce film, qui, s'il n'est pas un chef d’œuvre, n'est pas non plus un navet, loin s'en faut.
Tout d'abord, la longueur du film (environ 2h40) s'explique par la nature du lien qui va se tisser entre les deux amants. Les deux protagonistes appartiennent à des milieux sociaux très différents et une liaison entre eux est difficilement envisageable dans l'Angleterre conservatrice du début du XXème siècle. Une telle relation nécessite forcément du temps pour se mettre en place et permettre de surmonter les obstacles sociaux et moraux qui séparent les futurs amants.
Si socialement Constance et Parkin appartiennent à des mondes différents et inconciliables, il s'agit en revanche de deux êtres qui ont de nombreux points communs. Tout d'abord, ils connaissent tous deux la solitude, Parkin de par son activité de garde-chasse, mais aussi du fait de sa personnalité renfermée, Constance de par la froideur et le cynisme de son époux. Tous deux ont des personnalités très sensibles et c'est par cette sensibilité mutuelle qu'ils vont découvrir progressivement que leur liaison va se construire.
La relation entre les deux amants va s'élaborer en dehors de tout contexte de classe sociale, c'est au milieu de la forêt et dans une simple cabane en bois que les deux amants vont se rencontrer pendant des mois, Constance n'acceptera de se rendre dans la maison de Parkin que bien plus tard. La scène où les deux amants entièrement nus vont batifoler dans la nature fait évidemment référence à l'Ancien Testament, à Adam et Eve, c'est en quelque sorte, pour les deux amants, un retour au paradis terrestre, la redécouverte de l'innocence et de la pureté du premier âge de l'humanité, avant le péché originel. C'est justement parce que cet homme et cette femme se retrouvent nus, en dehors de toute référence sociale, religieuse ou morale, que cette relation devient possible et que leur bonheur explose comme un printemps. A ce propos, on notera que la dépression de Constance se déclare à l'automne et que la relation avec Parkin se construit au fil des saisons, hiver, printemps, puis été. L'amour qui unit les deux amants est calqué sur le cycle naturel des saisons, comme une renaissance, un retour à la vie après une longue période de sommeil hivernal.
On remarquera également que lorsque Constance confie son mari aux soins de son infirmière, elle rompt le dernier lien physique qui l'unit à son mari en abandonnant le rituel de la toilette et des soins corporels qu'elle lui prodigue au quotidien. Cette rupture lui permettra de tisser de nouveaux liens, charnels cette fois-ci, avec le garde-chasse.
Lady Chatterley est un film d'une grande délicatesse qui doit être abordé avec la lenteur nécessaire, c'est une belle histoire, certes un peu naïve, qu'il convient de découvrir durant les quelques 2h40 du film.
On notera l'étonnante composition de Maria Hands qui campe une Lady Chatterley à la fois sensible et touchante. Sa naïveté et sa spontanéité sont essentielles et donnent au film une fraîcheur bienvenue.