La Fièvre au corps est un film noir dans la plus pure tradition du genre. Le film s’avère de fait assez académique, en particulier sur la forme. Rien ne dépasse, avec une photographie feutrée, une ambiance nocturne très présente, des décors élégants avec la touche rétro qui va bien, notamment dans les voitures, et un peu de sexe sensuel qui rappelle qu’on est dans les années 80, au lendemain des années 70, et qu’on peut se permettre de se dénuder, même si la version finale est moins hot que celle initialement projetée. C’est un premier film, et si on sent un réalisateur solide chez Kasdan, faut reconnaître qu’il a un peu de mal à s’affranchir de ses références et que le film manque un soupçon de personnalité, hormis dans quelques effets de caméra assez audacieux. La bande son est du reste du même acabit, élégante mais vraiment très classique dans son genre.
Là-dessus on a une histoire efficace mais sans grande surprise. C’est un classique du polar noir. Un jeu du chat et de la souris, une femme fatale, un privé, du sexe et un amour qui tourne mal jusqu’au dénouement comme je les aime. Le film ressasse ses classiques également, en le faisant plutôt bien, mais faut admettre que le métrage dure presque 2 heures et qu’il traine quand même beaucoup pour ce qu’il a à raconter. Il s’enlise un peu trop dans la romance, ça manque de tension, de rythme par moment. Je pense qu’un petit quart d’heure en moins aurait dopé pour le mieux ce récit.
Le casting est très bon en revanche. William Hurt colle parfaitement à son personnage et forme un duo des plus convaincants avec Kathleen Turner, très belle et d’un physique apparemment moins vénéneux que les femmes fatales classiques, mais gare ! Ce solide duo est soutenu par des seconds rôles de prestige comme Richard Crenna, Ted Danson mais surtout Mickey Rourke, qui a un rôle très secondaire, c’est dire qu’il y a quand même du lourd ici.
La Fièvre au corps est un film noir mais qui avec un érotisme plus torride et plus de poisseux aurait pu anticiper les thrillers érotiques des années qui ont suivi Basic Instinct. Il passe clairement à côté de cette transition révolutionnaire en restant beaucoup trop académique, trop dans les clous du genre film noir et sans oser pousser plus loin. Propre et bien emballé, c’est un premier film appliqué et plaisant pour qui apprécie le genre, mais on peut comprendre qu’il ne soit pas resté un métrage majeur et tardif du genre comme ça a pu être le cas du Chinatown de Polanski. 3