Il y a parfois de petits miracles. Voici donc un film danois, réalisé par un cinéaste de modeste réputation, avec une actrice française dont on ne sait trop comment elle a atterri sur ce tournage. Le décor, les personnages et l'intrigue annoncent une austérité absolue, et pourtant... Adaptant une nouvelle de Karen Blixen, Gabriel Axel a conçu un chef-d'oeuvre de finesse, qui confronte avec délice les nourritures terrestres et les nourritures spirituelles. Le style, minimaliste, laisse sourdre des émotions profondes. Une humanité douce, chaleureuse, jaillit de la grisaille quotidienne grâce aux plaisirs gustatifs. Comme une renaissance. Voir les convives du banquet, engoncés dans leur raideur et leurs principes de vie mornes, s'animer peu à peu en dégustant les divins mets de Babette est une pure jubilation. Ce film, à la fois intelligent et sensible, peut être perçu comme un hymne aux petits plaisirs de la vie, une réflexion sur le bonheur (éphémère), sur l'art et sa réception, ou encore sur la foi. C'est magnifique.
Quoi de plus merveilleux que de se révéler par un odorat, sans se montrer. S’isoler, transpirer dans l’indifférence, retranscrire ses passions par la disposition harmonieuse de mets dans une assiette.
N’attendre aucune reconnaissance de convives rassasiés quittant une sainte table ou la plupart se sont subitement éveillés à la vie.
Cette très belle nouvelle venteuse et aride de Karen Blixen remarquablement mise en images dénudées déclenche le débat métaphysique de fond de nos sociétés possédant de moins en moins de repères.
Une magnifique manière de se révéler en se servant de l'obscurité comme une lumière.
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3,5
Publiée le 14 décembre 2021
A 69 ans, Gabriel Axel ressuscite un cinèma que l'on croyait perdu! Le cinèaste nous emmène dans une règion reculèe du Danemark où deux soeurs puritaines ont pour servante qualifièe une française du nom de Babette! L'histoire parvient surtout à offrir une jolie immersion dans un petit village danois! il faut cependant attendre l'arrivèe de Babette chez les soeurs Filippa et Martine pour se retrouver dans les recoins très secrets du coeur humain! C'est Stèphane Audran qui tient le haut du pavè ici et c’est un choix payant de l'avoir choisi pour incarner cette cuisinière du bonheur! On se rassasie de toutes ses bonnes choses à manger et à boire dans cette oeuvre chaleureuse et entière sur la vie et l'amour! Merci Babette! Merci Stèphane Audran qui dèmontrait une fois encore avec ce « festin » français très spècial qu'elle ètait une spècialiste du contre-emploi! Admirable travail du chef op' Henning Kristiansen avec une palette de couleurs de ciel de toute beautè! Dèlicieux...
Un incontournable du cinéma, pour traiter véritablement, des rapports entre morale et plaisirs, tout en sobriété : mais finalement, le film n'en est-il pas rendu plus beau et captivant ? Comment ne pas résister aux attraits d'une telle esthétique ou s’entremêle paradoxalement simplicité et sophistication, dans un film où le problème de fond soulevé demeure traité : Doit-on opposer la morale et la recherche des plaisirs ?
chef d'oeuvre d'intelligence , tout en sobriété . On y célèbre l'élévation de la cuisine francaise comme étant un plaisir autant gustatif que spirituel voire religieux ...le tout dans de magnifiques paysages de la mer du Nord baignés d'une douce lumière .....l'humanité a de beaux jours devant elle avec de tels films
Le film relate l'opposition entre le pasteur protestant castrateur et puritain et une artiste soucieuse de donner du bonheur via un festin culinaire et parisien! En parallèle, l'évocation de 2 voir 4 destins brisés dans leur jeunesse. L'un d'entre eux, devenu colonel, joue le passeur entre deux mondes aux antipodes l'un de l'autre. L’intérêt vient principalement de la bonne transposition de la nouvelle de la baronne Blixen et du jeu en retenue de Stéphane Audran.
Ce qui peut paraitre surprenant, le cinéaste fait le choix d'atténuer dans son film la critique envers le rigorisme luthérien pour accentuer l'importance du dîner. Un dîner dont Karen Blixen ne donnait que les ingrédients occultant les recettes qui furent donc créées spécialement pour le film. Un dîner qui va devenir une messe épicurienne qui va réunir la petite communauté malgré les rancoeurs et les rivalités que des années en quasi autarcie ont nourri. Un festin qui donne en tous cas l'eau à la bouche, avec un menu devenu un classique internationalement connu, notamment grâce au succès du film qui obtiendra l'Oscar du meilleur film étranger. Site : Selenie
Excellent film tout en nuances, qui montre que le Danemark à l’époque était un pays pauvre et où le plaisir ne faisait pas loi. On peut y voir aussi l'amitié profonde qui se lie entre des femmes puritaines et une parisienne. L'Europe est déjà là!
Cette histoire d'une ancienne restauratrice française qui consacre toutes ses économies à régaler une communauté scandinave d'une invraisemblable austérité est proprement bluffante. Un des meilleurs films depuis bien longtemps. A voir impérativement.
Il y avait matière avec le scénario de départ à faire quelque chose d'intéressant, malheureusement non seulement c'est d'une lenteur inimaginable et d'une lourdeur assez pénible, mais c'est complètement raté. Après une très longue exposition dans laquelle on ne sauvera qu'une assez amusante leçon d'opéra, vient le temps du repas et on se dit que tous ces culs bénis hypocrites vont enfin se lâcher, ben non, ils ne pipent pas un mot sur la qualité des plats, mais sortent en oubliant leurs querelles et en dansant en rond autour d'un puits ! C'en est affligeant de naïveté !
Encore un film totalement surcoté, bien que visuellement intéressant et bien interprété. Dès les premières images on sent à quoi on va avoir à faire. L'ennui s'installe immédiatement jusqu'à la toute fin. Au point qu'on ne cesse d'attendre que ce repas soit enfin servi...et fini!
Le sujet (la réconciliation et la parole libérée par le partage d'un repas en offrande et le biais des saveurs du monde), le rythme des plans et de la mise en scène confèrent au film une dimension secrète et subtile digne d’une dentelle de Calais. L'utilisation de la lumière, du temps, des silences, du mouvement, de la musique, le soin apporté aux objets, à la description des aliments, les plans séquences, la gestuelle des acteurs sont purement cinématographiques. C'est très inspiré de Dreyer et d 'Ordet et les Oscars y ont été attentifs en lui décernant celui du meilleur film étranger. Il s'agit là d'un très beau film au sujet aussi universel que celui de la transmission et sur un point de départ aussi risqué que celui des communautés luthériennes. Il y a beaucoup de douceur et de compassion pour les êtres dans 'Le festin de Babette' comme l'atteste le discours du général à la fin du repas. Sans oublier l'humour omniprésent et le jeu extraordinaire de Stéphane Audran qui exprime justement tout avec son visage. Une oeuvre délicate empreinte de poésie et d'une grande richesse intérieure.