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3,0
Publiée le 31 mai 2026
Avec Le Festin de Babette, Gabriel Axel construit une œuvre d’une grande douceur, où la gastronomie devient un langage de générosité, de mémoire et de réconciliation. La lenteur assumée du récit accompagne avec délicatesse la transformation progressive d’une communauté austère, enfermée depuis longtemps dans le renoncement et la discipline spirituelle. Le célèbre repas central atteint une véritable dimension sensorielle et symbolique, révélant avec élégance comment l’art peut bouleverser les êtres sans jamais passer par le discours. Pourtant, derrière cette grâce humaniste et cette sérénité presque intemporelle, le film paraît parfois trop soucieux d’illustrer sa parabole sur le don et la transcendance. Une œuvre raffinée et profondément bienveillante, portée par une émotion discrète, mais dont la sagesse apaisée limite légèrement la force du trouble qu’elle suscite.
Juste un régal! Comme le désir, le plaisir sont intenses lorsqu’ils sont muselés par la bienséance…Stéphane Audran restera à jamais Babette, une performance XXL!
C'est principalement l'improbable histoire de cette Babette qui m'a marquée et l'épisode lent et prenant de la confection de son festin. Ce festin succulent a des vertus spoiler: magiques, capable de dérider et de rendre heureux les personnalités les plus rébarbatives. Magnifique parabole de la nourriture comme amour. Quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre récemment que l'histoire était née dans l'imagination de Karen Blixen, ce génie danois (1885-1962), auteur notamment de "La ferme africaine."
De belles images, de beaux décors et un contexte historico-religieux original qui fait que ce film s'apprécie. Il y a même des moments forts, notamment pendant le banquet. Mais certains passages sont interminables alors que le film semble paradoxalement trop court pour résumer fidèlement le roman. D'où quelques raccourcis un peu abruptes. C'est sans doute le lot de tous les films basés sur des romans, qui peinent en presque deux heures à retracer toutes les facettes d'une histoire. Il n'empêche que ce film (et le roman dont il est basé) sont une espèce d'éloge à la culture et à l'art de vivre français ce qui n'est pas désagréable. Par ailleurs, on retrouve une espèce de parallèle allégorique entre les plaisirs de la chère et l'amour de son prochain. C'est toute la force de la dernière partie du film, qui en est à la fois le but et l'acmé
Très austère sur la forme. Très original pour son histoire. A voir pour méditer sur les vies simples que menaient nos ancêtres. Hommage également à la cuisine française.
C'est certainement le plus grand rôle de Stéphane Audran et pourtant ce film est très sous-estimé, peut-être à cause du sujet : l'opposition entre une communauté reculée protestante et austère du Danemark pauvre et l'opulence de ce festin français préparée par une française qui a fui les persécution d'après la commune de Paris pour les communards donc. Bref c'est presque une provocation ce film (on pense à la grande bouffe mais en plus subtile et progressif). A 69 ans Gabriel Axel réalise là son meilleur film qui obtiendra l'Oscar du meilleur film en langue étrangère à la 60e cérémonie des Oscars en 1988. C'est un bijou de subtilité et de silence qui permet de mettre en valeur ce festin français. Cette opposition entre cette campagne maritime reculée et pauvre du Danemark protestant et ce festin français préparée par cette ancienne chef du café anglais à Paris est une trouvaille merveilleuse. Et tous les convives luthériens prennent leur plaisir en dégustant ce festin sans aucune retenue. Il faut préciser que le 2 vieilles filles de cette communauté avaient eu 35 ans avant une passion amoureuse interdite par leur père pasteur luthérien et elles se lèchent les doigts de ce festin français dantesque accompagné du meilleur Clos Vougeot et autres alcools forts en fin de repas. Et en fin de repas auquel participe l'ancien officier devenu général qui avait été le prétendant passionné d'une des deux filles réitère auprès d'elle son amour 35 ans après. Et Babette qui a dépensé les 10 000 francs qu'elle avait gagnés à la loterie pour préparer le même repas qu'elle produisait au café anglais de Paris décide de rester dans ce village Danois tout en étant reconnue par les villageois comme une grande artiste de la gastronomie. C'est un film très poétique en fait et donc très politique à condition d'y réfléchir comme une nouvelle philosophique de Voltaire ou d'une fable d'Esope ou de La Fontaine.
Stéphane Audran représente ici l'esprit hilare de Claude Chabrol qui imprègne chaque image de ce film. Au-delà de l'hommage et de la transposition dans un Danemark luthérien de la mesquinerie bourgeoise chère au cinéaste de la nouvelle vague, Axel réussit le petit miracle de réaliser un film personnel attachant et gourmand, à défaut d'être un chef d’œuvre. A déguster.
Sur un rythme épousant la lenteur de la vie rigoriste de la petite communauté danoise renfermée sur son principe d'une piété reniant tout bonheur terrestre, l'intrigue questionne la pertinence d'une moralité récusant toute volupté et celle d'opposer l'épanouissement sensoriel à l'ambition d'une vertu respectable. A la froideur de cette âpre atmosphère s'opposent les unions inaccomplies d'un homme regrettant la promesse d'une vie en heureuse compagnie et d'un artiste privé de sa muse jusqu'à ce que le plaisir de bouche procuré par générosité rappelle aux mornes convives l'essentiel de l'enseignement qu'ils sont censés porter. Malgré l'apparence d'une morale naïve, simpliste, le récit interroge nos desseins vains, nos passions égoïstes, nos envies réfrénées, pour manifester une possible sérénité apportée par un épicurisme de qualité, un art sincère, un amour animique. D'une touchante candeur.
En adaptant l’œuvre de Karen Blixen, autrice du succès Out of Africa, Gabriel Axel délaisse la critique du rigorisme protestant qui occupait une place importante dans la nouvelle originale pour représenter la douceur teintée de douleur des rencontres successives entre le petit village danois et l’extérieur : il confère au récit poésie et ampleur romanesque par la modestie de sa mise en scène et la clarté de ses transitions temporelles (analepses et prolepses) entre différents âges chacun incarné par l’arrivée d’un étranger, qu’il s’agisse du militaire, du chanteur d’opéra ou de la réfugiée de guerre. Ce qui frappe n’est autre que la grande beauté des portraits réalisés, et de la communication tant par la langue que par la cuisine. Pourtant, nous aurions aimé une immersion plus grande dans la cuisine de Babette, laissés trop souvent à l’extérieur d’un savoir-faire que tous les convives reconnaissent mais auquel nous n’avons qu’un accès restreint. La façon qu’a Gabriel Axel de montrer ces derniers apprécier les plats n’est guère communicative, dans un va-et-vient permanent entre la salle et la cuisine. Dit autrement, le rigorisme de la mise en scène aurait mérité la perturbation des liquides et des chairs qui ravissent le corps et l’âme des celles et ceux qui, peu auparavant, cultivaient le conflit. Restent un geste de cinéma pudique et une interprétation d’une grande justesse.
Ce film est un sommet. D'abord la nouvelle, le conte de K. Blixen est adapté de façon merveilleuse. Les acteurs sont parfaits. Expressifs, drôles dans leurs expressions faciales à se tordre (les villageois). Les sœurs sont jouées de façon assez neutre mais bien en finesse. Stéphane Audran a comme toujours la classe. Les décors sont à tomber de beauté sobre, sans tomber dans l'esthétisme excessif. Rappelez-vous, c'est un conte. Donc c'est stylisé, exagéré et l'humour n'est jamais loin. Mais c'est d'une grande simplicité et beauté. C'est apaisant. Cela réconcilie les catholiques et les protestants, les accrocs entre les villageois sont apaisés par le très bon vin ;-) , les mets sont splendides, et il y a l'hommage à la cuisine française et au repas, présentés comme un art. Une de mes films préférés, que je n'oublierai jamais. Merci K Blixen, G. Axel et S Audran (bravo pour les dialogues en danois qu'elle a dû apprendre, chapeau bas)
Un bijou. Tellement de choses dans ce film, une telle tendresse pour nous, humains, que le résumer serait dommageable. Le mieux est encore de le regarder.
Ce film était un souvenir d'enfance. Tous les deux mois je le voyais programmé sur la sept puis sur arte. Avec un critique élogieuse. Ce soir je l'ai regardé. Une grosse claque dans ma face. Mais pas dans le bon sens du terme. Un ovni d'austérité. On a l'impression d'arriver au 6eme épisode d'une série dont on a raté les 5 premiers. Qui sont les personnages ? Pourquoi s'intéresser à eux ? Pourquoi une telle platitude ? Pourquoi une telle indigence de scénario, de mise en scène, de dialogue ? Une catastrophe. Un naufrage. Pas de festin mais une gueule de bois après un mauvais repas
Un film très joli, mais qui ressemble surtout à un documentaire sur la vie des protestants au 19ème siècle. Le film est long et ennuyeux au début, mais quand vient enfin l'heure de manger au bout d'1h20 de film ça devient enfin intéressant et drôle, spoiler: les mets servis mettent l'eau à la bouche, les répliques du général et les réponses des autres invités sont à mourir de rire. Une autre scène pas mal est celle du cauchemar des deux vieilles, qui est très bien réalisée. Les chants des protestants sont très beaux. Sinon la VF est éclatée, les dialogues sont dignes de petit ours brun et l'histoire se résume en une phrase. Joli, amusant, mais pas mémorable. Trop long et trop lent.
Un pur chef-d'œuvre ! Que d'émotions à voir et revoir ces images … Simple, presque rugueux, ce film privilégie la beauté des images, des rapports entre les gens. Quand un repas devient objet d'art, moment de communion, don pour les autres : à voir, à revoir, encore et toujours.