Le film s’ouvre sur ce grand « parc » de cinq hectares nommé la Savane. Il apparaît comme un espace en suspens, habité par son histoire mais vidé de sa vitalité passée. Il fut autrefois un symbole du pouvoir colonial et de l’autorité de l’État – terrain d’exercices militaires, lieu de discours officiels, présence imposante des statues de Joséphine de Beauharnais et de Belain Desnambuc. Encore aujourd’hui c’est ici que les nouveaux préfets manifestent leurs prises de fonction. À travers des images d’archives, le film rappelle comment, dans les années 70, sous l’impulsion d’Aimé Césaire et de ses successeurs, La Savane a été investie par une jeunesse en quête d’émancipation. Lieu de confrontations et d’appropriation politique et culturelle, elle a vibré au rythme des luttes et des aspirations à une égalité réelle. « Le signe égal qui semble parfois la duplication confuse du moins » pour reprendre les mots du poète argentin Roberto Juarroz. Au présent, le « parc » bien qu’animé, semble déserté. Subsistent quelques vestiges et une nature rebelle Ce silence est-il un oubli ou une respiration ? La Savane, entre traces du passé et effacement progressif, témoigne de la complexité du rapport des Martiniquais à leur propre histoire. Loin d’être un simple parc, elle est un personnage à part entière, dont l’absence de voix en dit long sur les tensions et les mémoires encore vives.