L’intérêt pour l’élucidation de l’affaire Trevor s’émousse assez vite, malgré l’incorporation très didactique de nouveaux éléments à chaque épisode, et un sous-texte sur les risques liés aux nouvelles technologies (...) Le spectacle n’est pourtant pas désagréable, et, pour peu qu’on y soit sensible, le temps file sans ennui.
Les situations ont beau être un peu lisibles et certaines scènes trop étirées, la machine à suspense fonctionne sans accroc, et le juste équilibre entre la critique des médias et des institutions israéliennes, et une géopolitique plus complexe, fait mouche.
Flirtant parfois avec la saga familiale, ou avec l’opposition, vieille comme La Case de l’oncle Tom, entre bons et mauvais maîtres (Eric Caravaca endossant ce dernier rôle), Enchaînés trouve au fil des épisodes une voix originale, faite de colère et de lucidité.
La série a beau avancer en terrain connu et multiplier les références (Carpenter, mais aussi Shining ou Les Dents de la mer…), son ton oscille habilement entre la comédie et l’épouvante, avec un soupçon de grand-guignol qui met à distance tout esprit de sérieux.
Levy et Sennott ont préféré imaginer un continuum entre les deux univers, mettant en scène leur commune médiocrité. Le parti pris est fructueux, qui met en regard les petites lâchetés, les hypocrisies de la famille de référence et l’incompétence, la mesquinerie des criminels professionnels. Il arrive que le procédé semble forcé, comme s’il avait fallu faire entrer au chausse-pied Tony Soprano dans un épisode de "Modern Family".
Quand s’interpose entre les deux hommes un jeune gay libéré, le point de rupture est atteint et la série bascule à la faveur d’une explosion de violence qui hantera les deux frères jusqu’au mariage de Niall, point de départ de cette série d’un glauque par moments insoutenable, mais d’une maîtrise stupéfiante.
On passera sur les désinvoltures du scénario pour mieux savourer la caricature bienveillante de l’éducation nationale, qui en brasse tous les clichés mais fait bon usage de ses aberrations – la séquence dans laquelle un bug de Parcoursup plonge tout le lycée dans le chaos est particulièrement bien vue.
Plus moderne et subtile qu’elle n’en a l’air, la série pose un regard tendre sur ses personnages, sans les exempter de leurs responsabilités, et soulève une question délicate : est-il indigne de ne pas échapper à son destin ?
Libre et gentiment farfelue, "Pécheresses" vaut surtout pour l’énergie communicative de ses actrices, qui font twister une intrigue un peu mince et passer comme une lettre à la poste un parler « djeuns » parfois horripilant.
On est loin du survivalisme de La Servante écarlate, et l’esthétisation à outrance de son spin-off a quelque chose de déconcertant, tant on a l’impression que les décors ont été pensés pour les images qui en circuleront sur les réseaux sociaux.
Le contraste entre le jeu direct et physique de Manon Bresch et la suavité vénéneuse de Melvil Poupaud donne à ces courses-poursuites infernales le vernis d’humanité nécessaire.
Accaparée par le bouclage de son intrigue, la série ne va pas forcément au bout de son idée et se conclut sans doute un peu vite, mais le temps de huit épisodes à la réalisation alerte, bourrée de clins d’œil appuyés au western spaghetti, elle aura rendu un joli hommage au poor lonesome cow-boy de notre enfance.
En faisant de Liv une aspirante cinéaste, décidée à mettre en scène la rencontre entre Françoise Hardy et Nick Drake, projet qu’elle développe sous l’égide d’un mentor américain (Tim Robbins), Isabelle Coixet évoque la difficulté à faire du cinéma et la fragilité de cet art à l’âge numérique. Ce fil conducteur donne à la série une vigueur qui donne une excellente raison d’être à la manière d’Isabelle Coixet.