Henri Marre n’est, de fait, jamais aussi sournois que quand il exécute les pires besognes, avec l’air gêné de celui qui craint toujours d’avoir un temps de retard alors qu’il se trouve en réalité au cœur du système. Ce qu’éclaire à la perfection ce film immense, qui n’aurait mérité rien de moins qu’une Palme.
Thriller au suspens retentissant, ésotérique, Les Éléphants dans la brume hybride les genres avec grâce et montre au passage le Népal sous un jour inédit.
Filmés au plus près, les antihéros des Roches rouges sont même, par instants, saisis avec une grâce et un sens pictural dont nombre de films actuels sont dépourvus. Faut-il pour autant applaudir lorsqu’il les pousse jusqu’à la rupture en se délectant de nous mettre mal à l’aise ? Dit autrement : ce n’est pas parce qu’il n’y a que chez Dumont qu’on laisse fleurir de tels castings que le cinéaste peut se permettre de les malmener.
En somme, si le thriller n’est peut-être pas l’univers où Léa Mysius peut laisser le plus libre cours à son talent, Histoires de la nuit prouve qu’elle a malgré tout beaucoup de choses à y apporter.
Scandant les différents moments de cette existence, le récit la découpe en onze tableaux, onze blocs donc, plus opératiques qu’opératoires. Il serait simpliste, cependant, de considérer ces chapitres comme une succession de courts-métrages hermétiques. Aussi différents soient-ils, ces moments de vie sont tous traversés par un regard commun, tendre mais brûlant, qui n’est pas tant celui de Gabrielle que des autres femmes qui l’observent.
Comme son titre l’indique, Gouffres et merveilles oscille entre les abîmes et les sommets, le laid et le sublime, seule sortie possible sur la voie rapide d’une vie jalonnée d’emmerdes.
Revenu du scénario d’Anatomie d’une chute et cinq ans après le choc Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, Arthur Harari revient nous faire perdre la tête – et le corps – avec un film mélancolique, fiévreusement lugubre et unique en son genre.
Au milieu d’une série de films sur les violences sexuelles dans le sport – Slalom ou Julie se tait, par exemple –, le long-métrage se fraie ainsi son propre chemin, complexe et lumineux.
Cette dynamique, qui repose en partie sur le malaise comique, fonctionne parce que son réalisateur ne se veut jamais condescendant envers Manfred/John, rôle pourtant casse-gueule que Mads Mikkelsen aborde avec beaucoup de tendresse dans le regard et de plaisir dans ses élans burlesques.
Cet anti-naturalisme baigné de sincérité confère à Shana une patte unique. Un rapport amusé aux galères de la vie, une force de caractère qui offre au public la plus joyeuse réussite d’un film : trouver, et défendre, son style à lui.