Je m'étais promis de ne plus jamais regarder de séries, tant ce type de récits interminables est chronophage. Puis j'ai écouté une interview de Florence Longpré et de Thomas Ngijol et ils m'ont donné envie par leur simple présence. Les 10 premières minutes, je me suis demandé si je n'allais pas m'ennuyer ; mais très vite, je me suis attaché à tous ces fracassés qui aident d'autres fracassés. Pour chaque personnage, les récits de vie se présentent comme des thrillers où le passé vient expliquer le présent et à aucun moment je ne me suis ennuyé. D'autant qu'on se laisse embarquer dans une sorte de crescendo d'émotions, où tout est simplement juste, surprenant, magnifique, merveilleux ... et terriblement humain. J'ai ri, pleuré, frissonné... c'est suffisamment rare dans le cinéma qui raconte des vies, pour rendre cette série en tous points remarquable. Les personnages de Suzanne et de Mortimer représentent vraiment de belles personnes, mais la plupart des autres aussi.
Je n'appréciais pas tellement l'humour de Thomas Ngijol, mais dans ce nouveau registre pour lui, il est parfait. Il opère une sorte de conversion à la "Tchao Pantin" qui lui va très bien. Quant à Florence Longpré, clairement une personne aussi intelligente et sensible n'a pas fini de nous faire du bien. Et c'est si rare que vraiment, il ne faut pas s'en priver.
La VO en français québécois a semblé déranger certains. C'est vrai qu'on ne comprend pas toujours tout, mais moi ça ne m'a pas du tout dérangé. Quelle importance de comprendre chaque mot quand les situations parlent d'elles-mêmes.
Pour ceux qui ont été hermétiques à ces récits de vies humaines, posez-vous des questions sur votre capacité à éprouver de l'empathie ; ou mieux consultez, car clairement il y a quelque chose qui ne va pas dans votre capacité à partager avec les autres.
Il est à noter qu'il y a un aspect très politique dans cette série, ignoré des commentateurs et des médias. Comparativement à la France, le Canada a une vraie politique de réinsertion pour empêcher les récidives. Plus de 89 % de leurs délinquants et criminels ne récidivent pas dans les 5 ans (voir leur rapport ministériel). Ce taux n'est que de 33 % (!!!) pour la France, où depuis des années, des rapports alertent sur le fait que 2/3 de nos prisonniers ont des problèmes psychiatriques et devraient avant tout se faire soigner. Mais évidemment, ça n'intéresse personne en France, pire depuis 40 ans, 60 % des lits d'hospitalisation en psychiatrie ont été supprimés, alors que la population a augmenté de 23 %. Cherchez l'erreur, les dénis de réalité et c'est dire quelle importance on accorde à la santé mentale en France. Contrairement aux Canadiens qui ont pris toute la mesure de cette réalité-là en mettant les moyens qu'il faut pour ne pas relâcher dans la nature sans suivi médical des gens potentiellement dangereux pour eux-mêmes et les autres. Quelle misère la France sur ce type de sujet (et tant d'autres aussi) !
Une série qui m'a fait regretter de ne pas avoir émigré au Québec quand l'occasion s'est présentée dans ma jeunesse. J'aime vraiment beaucoup cette culture où les gens sont cash et sans fioriture.
J'espère que je serai encore là en 2026 pour la deuxième saison qui est annoncée. Vraiment, j'ai hâte.