La saison un était très réussie, la seconde l'est tout autant, faisant preuve d'un réalisme et donc d'un cynisme aussi désespérant pour l'électeur que jouissif pour le spectateur qui suit avec un plaisir constant l'hallucinante galerie de personnages qui se débattent sous leurs yeux. Nulle trace parmi eux d'un leader charismatique... puisqu'il s'agit d'une série collant à l'actualité quand les Grands Hommes ont déserté depuis longtemps la place (les héros invoquent d'ailleurs régulièrement Blum ou Jaurés....et cherchent l'inspiration dans des vidéos, très anciennes, de Mitterand). Les auteurs ont même, grâce leur en soit rendue, éviter le poncif consistant à doter la première femme présidente d'une quelconque supériorité sur ses concurrents masculins. Médiocre jusqu'au bout des ongles, dépourvue de toute hauteur de vue, autoritariste sans autorité réelle, la présidente n'a aucune des qualités basiques requises pour ce poste et ne réfléchit pas une seconde au sens de son action, à supposer qu'elle en ait les moyens, action par ailleurs dépourvue de la moindre ligne de conduite hormis les incantations rituelles à "tout changer" et à "faire barrage au front".
Elle remporte d'ailleurs l'élection grâce à une grande tirade "droit dans les yeux" lors du débat de l'entre deux tours, tirade dans laquelle elle exploite un thème qui lui faisait horreur la veille.
Et aucun de ses concurrents ne fait mieux, ou presque.
Son futur allié centriste défend, la larme à l'oeil, son opposition à l'euthanasie suite à une rencontre fortuite avec une vieille femme...avant de conseiller à la présidente de faire de la répression aux adversaires de cette loi la pièce angulaire de sa nouvelle séquence d'action, tandis que le baron noir utilise la laïcité comme créneau pour mettre bas un adversaire avant de renoncer totalement à ce combat quand il s'avère périlleux pour une de ses alliances.
Sans aucune conviction profonde, sans la moindre réflexion politique au sens noble du terme ni la moindre dose d'autocritique
(les personnages se demandent en permanence comment lutter contre les accusations d'UMPS proférées par les extrêmes tout en les accréditant parfaitement dans leurs actes)
les "héros" de Baron noir n'ont pas l'ombre d'une qualité ou d'une vertu qui les élèveraient, n'utilisant leur énergie qu'à se combattre pour occuper un poste ou s'y maintenir. Seul Vidal (la copie de Mélenchon) a, sans doute, une petite dose de sincérité mais qui reste purement théorique, sa rigidité et son ego l'empêchant de comprendre quoi que ce soit à la société actuelle. Dans ce contexte, le véritable exploit des scénaristes est d'avoir réussi à rendre profondément attachant le fameux Baron Noir. Non à cause de son action politique, aussi lamentable que celle de ses collègues, mais du fait de la formidable force qui lui permet de se relever quoi qu'il arrive pour continuer un combat aussi féroce que dérisoire. Le Baron Noir, formidablement incarné par Kad, est un Don Quichotte qui s'ignore, enfermé dans ses mensonges et que la vérité tuerait probablement. Quand tous les autres sont haïssables "sans circonstance atténuante" , lui attire sinon la sympathie, du moins une profonde compassion. Cette série n'est, à mon sens, pas une "série politique" dans la mesure où elle évite soigneusement de nous montrer les vrais décideurs (ni la commission européenne, ni les puissances financières, industrielles ou médiatiques n'apparaissent...) , préservant la fiction d'un pouvoir indépendant de toute pression. Mais c'est une formidable série sur le personnel politique ce qui est déjà beaucoup.(c'est d'ailleurs à la formidable série anglaise The Office sur les péripéties de l'équipe dirigeante d'une petite PME - mélange d'absurdité, de mesquinerie et de bêtise crasse - que Baron Noir fait irrémédiablement penser. Et ce n'est sans doute pas fortuit...).