"I need to find my own new world."
Suite de The White Princess, elle-même suite de The White Queen, The Spanish Princess est toujours adapté des oeuvres de Philippa Gregory par Emma Frost, avec cette fois Matthew Graham, vétéran de la BBC, à la co-écriture. Tout comme dans la série précédente, le casting a été complètement remodelé, offrant à Margaret Beaufort (la mère d'Henry VII Tudor) une troisième interprète, la sèche Harriet Walter, après la fabuleuse et inoubliable Amanda Hale et la beaucoup plus insipide et monotone Michelle Fairley. De la même façon, après Freya Mavor et Jodie Comer, c'est Alexandra Moen qui interprète Elizabeth d'York, la reine. De surcroît, Richard Pole, mari de Maggie, s'est semble-t-il laissé repousser le bras entre les deux séries. Enfin, l'acteur interprétant le Prince Harry (futur Henry VIII), cadet du Prince Arthur a 3 ans de plus que lui et ça se voit : lors du décès de son frère, il est censé avoir... 10 ans. La cohérence et l'exactitude historiques n'étaient pas les qualités premières de The White Princess, on pouvait espérer que le souci serait réglé dans cette troisième série. Ça commence mal.
Pas trop mal interprétée même si le jeu des acteurices manque cruellement de relief, la première saison se poursuit ainsi mollement et longuement sur deux seules trames, sans réelles péripéties, surtout sans aucun lien avec les faits historiques à l'exception du devenir de Catherine d'Aragon et d'un énième complot York pour renverser le roi. Les défauts de la série précédente persistent. Ainsi, la saison entière, pourtant aux mains de femmes (romancière, scénariste, actrices, réalisatrices à l'exception des deux derniers épisodes), élude complètement les événements et créations de cette période charnière de l'Angleterre et de l'Europe (la Renaissance) pour ne se concentrer que sur un mariage. Test de Bechdel-Wallace raté.
La seconde, elle, sera axée principalement sur les bébés et les infidélités royales, malgré une réalisation un rien plus audacieuse au début. Pourtant cette seconde saison propose une ambiance autrement plus sombre, plus profonde et avec une Charlotte Hope beaucoup plus convaincante (à voir en VO pour apprécier son accent et son phrasé très particulier), devant la caméra (pour les trois premiers épisodes) plus affirmée de Chanya Button. Reine, certes toujours en quête d'amour et d'enfantement, elle prend du galon et de l'assurance, et décide, quitte à assumer ses choix ; Laura Carmichael (Lady Pole) gagne également en profondeur dans cette seconde saison. En outre, la véracité historique retrouve quelques couleurs elle aussi, notamment concernant le sort de Marguerite "Meg", la soeur d'Henry VII et malgré la présence de Charles Quint à la rencontre du Camp du Drap d'Or ainsi qu'une erreur de 2 ans entre la date de cette rencontre et la dernière grossesse de Catherine d'Aragon. Enfin, cette seconde saison réhabilite quelque peu le rôle des femmes dans les questions politiques voire théologiques du temps (test de Bechdel-Wallace passé tout juste) et laisse le temps d'appréhender l'évolution du personnage controversé d'Henry VIII de la même manière qu'était traité celui de Richard III dans The White Queen. Les derniers épisodes voient plusieurs personnages féminins s'affirmer, à l'image de Meg en Ecosse ou de la petite Mary, future Reine "Bloody" Mary.
Dans l'ensemble, la réalisation, quasi exclusivement féminine, apporte un peu de relief et, si on compare avec la précédente, propose plus de scènes en extérieur, évitant ainsi le côté théâtral.
Le rythme lent, l'interprétation parfois stéréotypée, les dialogues souvent inconsistants, le scénario truffé d'absurdités et d'erreurs historiques (surtout dans la première saison, à un tel niveau, on ne peut plus parler de libertés) et les longueurs interminables et redondantes font de cette oeuvre, qui aurait pu se réduire à une seule saison de 10 épisodes, une série très moyenne, sans aucune originalité, bien éloignée de l'attrait que pouvait susciter The White Queen. Son intérêt pourrait néanmoins résider dans une sorte de préquelle à la série Les Tudors (Michael Hirst, 2007-2010), ce que viennent appuyer les derniers épisodes de la seconde saison, d'une intensité réelle quoiqu'un peu tardive.
"I am reborn. I am English."