Les années 2020, c'est la foire à la saucisse aux reboots et aux remakes.
De manière étonnante, la série originale Leverage (2008-2012) assez méconnue dans l'hexagone aura droit a son reboot, sûrement grâce à la disponibilité des 3 cinquièmes de son cast.
Petite piqûre de rappel nécessaire pour comprendre le contexte : Leverage, c'est l'histoire de l'enquêteur d'assurances Nathan Ford (Timothy Hutton) qui décide de créer un gang de Robins des bois avec les escrocs les plus doués existant : le hacker romanesque Alec Hardison (Aldis Hodge), la monte-en-l'air timbrée Parker (Beth Riesgraf), l'homme fort bourru au grand cœur Eliot Spencer (Christian Kane) et la mauvaise actrice / excellente arnaqueuse Sophie Devereaux (Gina Bellman). Arnaques ficelées aux petits oignons, tensions gentillettes au sein de "la mif", méchants suspicieux, plans B pré-calculés et twists qui ont eu droit à leurs lots d'indices, sont la formule réussie de 77 épisodes d'arnaques et de casses familiaux.
Revenons 10 ans plus tard : hop, un reboot, mais avec deux acteurs (ou plutôt un et demi) en moins. Effectivement, Timothy Hutton se trouve sous le feu d'accusations malheureusement trop habituelles pour les acteurs mâles dans les années 2020 ; quant à Aldis Hodge, s'il semble vouloir revenir, il a un agenda beaucoup trop rempli grâce à sa popularité qui a grandi au court de ces dix dernières années.
Qu'à cela ne tienne, on embauche de Breanna la sœur adoptive de Hardison (campée par la prometteuse Aleyse Shannon) et l'avocat Harry Wilson (par l'indécrottable Noah Whyle). La dynamique des personnages changent :maintenant que Hardison est en retrait, Parker perd pied, Eliot n'a plus son copain punching-ball ; et surtout l'absence de Nate demande à Sophie de prendre sa place et ses difficultés de gérer toute cette cour d'école grandeur nature.
En soit, les one-shots se succèdent efficacement, avec la même tonalité que la série originale, sans réelle surprise : parfois on s'amuse à casser un peu les codes, mais le classique prône sur la prise de risque, au régal des téléspectateurs, tout en donnant un coup de neuf aux thématiques : influenceurs, crypto-bros, nouvelles énergies, convention de jeux de cartes à collectionner...
Breanna complète assez efficacement Hardison mais ne le supplante jamais. Son côté "social justice warrior" peut être un peu agaçant, et efface malheureusement la carte "les filles, ça peut être geek" qui était amené de manière douce. En contrepartie, Wilson donne l'impression de ne jamais être là : son noviciat donne un côté un peu victime comic-relief, subissant un peu les aléas et devant improviser de manière maladroite avec un sourire niais, pour faire rire la galerie. Ses connaissances en droit des affaire le permet de briller de temps en temps mais jamais il ne semble avoir sa place au sein de l'équipe.
De manière très attendue, ce ne sont que les rares épisodes où Alec Hardison revient et réinstaure pendant une vingtaine de minutes cet équilibre disparu, au grand bonheur de tous (sauf Harry qui ne le connait pas) qui donne les épisodes les plus explosifs et les plus marrants. Ou peut-être que c'est ma nostalgie qui me fait parler...
Bref, Leverage : Redemption reprend efficacement les ficelles de la série dont elle est spin-off, un peu moins bien à cause d'acteurs manquants, mais reste un divertissement honorable pour qui a apprécié, aimé ou adoré, et même n'a pas connu la série originale.