NWR s'attache visiblement au format sériel, qui lui offre une liberté artistique à la hauteur de son talent et de ses ambitions. Sur bien des points – thématiques et esthétiques – "Copenhagen Cowboy" rejoue ce que faisait "Too Old to die Young", à savoir une plongée mutique sous les néons pour un combat figuratif entre le Bien et le Mal. Pourtant, cette série, qui signe en même temps le retour du cinéaste dans son pays natal, se démarque en faisant de son personnage principal une héroïne : Miu (Angela Bundalovic fascinante), jeune femme à la fois frêle et puissante, toujours mystérieuse, semble habitée par des valeurs éthiques qui permettent au spectateur de s'identifier à elle alors que la mise en scène ne cesse de nous maintenir à distance de l'action. Miu va explorer des réseaux moralement dépravés (la prostitution, une famille de cannibales, une mafia locale) en les combattant par l'ultraviolence. Celle-ci subit d'ailleurs un changement de représentation de la part de Refn – altération déjà visible dans TOTDY – dans la mesure où elle est prise en charge par une stylisation radicale ou bien carrément laissée hors-champ au moment où elle est censée être le plus insoutenable. Cette évolution stylistique, qui procède par nuances, va de pair avec une exploration et un mélange des genres inédit : l’humour noir, le grotesque, le fantastique et même la science-fiction s’immiscent ça et là et font de l’ensemble une fiction inclassable et iconoclaste. Ainsi, la déflagration émotionnelle qui émane de « Copenhagen Cowboy » provient de cette combinaison singulière entre une virtuosité plastique électrique et un art de l’épure narrative qui condense chaque scène en un enjeu simple et décisif, voire à une suite de mouvements et de regards déterminants et/ou énigmatiques. Que les détracteurs de Refn persistent en déplorant un manque d’épaisseur psychologique chez ses personnages peut s’entendre, mais l’argument consistant à pointer un dispositif formel prétentieux et vain, lui, ne tient pas. C’est au contraire toute la beauté de cet art symboliste que de faire basculer la mise en scène dans une abstraction quasi constante en même temps que de prouver sans cesse un intérêt constant pour les acteurs, pour le désir de les révéler, de les cadrer, de les filmer. S’obstiner à ne pas voir cela est un paradoxe, surtout au regard d’une œuvre qui nettoie aussi radicalement la rétine.