Quand on pense aux films de Quentin Tarantino, Jackie Brown n'est peut-être pas celui qui vient immédiatement à l'esprit. Pourtant, c'est sûrement l'un des meilleurs longs-métrages du cinéaste. Toutefois, comme il est beaucoup plus calme et posé que ses autres films, on peut comprendre qu'il soit moins cité que Pulp Fiction, Kill Bill ou Django Unchained.
Pour rappel, le récit suit Jackie Brown, une hôtesse de l'air qui arrondit ses fins de mois en convoyant de l'argent liquide pour le compte d'un trafiquant d'armes, Ordell Robbie. Un jour, un agent fédéral et un policier de Los Angeles la cueillent à l'aéroport. Ils comptent sur elle pour faire tomber le trafiquant.
Jackie échafaude alors un plan audacieux pour doubler tout le monde lors d'un prochain transfert qui porte sur la modeste somme de 500 000 dollars. Mais il lui faudra compter avec les complices d'Ordell, qui ont des méthodes plutôt expéditives.
Tarantino relance des carrières
À noter que Jackie Brown est le seul film de Quentin Tarantino basé sur un roman. En l'occurrence, le metteur en scène a adapté en scénario le livre écrit par Elmore Leonard baptisé Punch créole (publié en 1992). Pour camper le personnage principal, Quentin Tarantino choisit Pam Grier, superstar de la blaxploitation dans les années 70.
À l'instar de John Travolta dans Pulp Fiction, le cinéaste redonne un nouveau souffle à la carrière de l'actrice ; cette dernière était tombée dans l'oubli depuis des années après avoir été la reine du cinéma bis, notamment grâce à ses personnages de Foxy Brown et Coffy, la panthère noire de Harlem.
Cependant, Pam Grier n'est pas la seule que Tarantino remet dans la lumière avec ce film. Il offre aussi à un certain Robert Forster un rôle qui restera mémorable et qui va aider l'acteur à relancer sa carrière. Ce rôle, c'est celui d'un prêteur sur gages sympathique qui va tomber amoureux de Jackie Brown.
Un retour fracassant à 56 ans
À la fin des années 90, le comédien, alors âgé de 56 ans, est dans une impasse ; il ne parvient plus à trouver de rôles marquants, tentant de survivre grâce à des petites productions sans envergure. Si on devait faire une comparaison, on pourrait l'assimiler à Rick Dalton, star sur le déclin jouée par Leonardo DiCaprio dans Once Upon A Time In Hollywood.
Après avoir été un acteur important des années 60 et 70 (Reflets dans un oeil d'or, Justine, Don Angelo est mort), Robert Forster végète depuis 20 ans dans les bas fonds de la série B hollywoodienne (The Delta Force, Maniac Cop 3, American Yakuza) quand Tarantino lui propose de revêtir le costume de Max Cherry.
"Je devais prendre n’importe quel rôle, parce que j’ai quatre enfants, et vous devez apprendre à accepter n’importe quel rôle et faire de votre mieux avec", révélait-il dans un entretien à IndieWire en 2011.
Ma carrière était au plus bas et Quentin est arrivé.
Sa performance lui vaudra une nomination à l'Oscar du Meilleur second rôle en 1998 et sortira l'artiste des oubliettes. "Ma carrière était au plus bas et Quentin est arrivé", a-t-il confié dans le documentaire QT8, diffusé en septembre dernier sur Arte. Ce film reprend une interview touchante de Robert Forster avant son décès en 2019.
Miramax
Un rôle qui change une vie
"Tarantino m'a dit qu'il adaptait Punch créole, un roman d'Elmore Leonard, en film. Je pensais qu'il n'allait pas le laisser m'engager. À ce moment de ma carrière, on ne voulait plus de moi. On cherchait des têtes d'affiche. Je n'oublierai jamais ce qu'il a répondu. Il a dit 'J'engage qui je veux'. C'est là que je me suis dit que ça allait changer ma vie", a révélé l'acteur.
Il a dit 'J'engage qui je veux'. C'est là que je me suis dit que ça allait changer ma vie.
C'est notamment grâce à Jackie Brown que Robert Forster obtiendra plus tard un rôle marquant dans la série Breaking Bad, celui du Nettoyeur, Ed. Vince Gilligan, créateur de la série culte, était fan du long-métrage et voulait absolument le comédien dans le costume de ce personnage. Il reprendra d'ailleurs son rôle dans le film El Camino, une de ses dernières prestations avant son décès le 11 octobre 2019 à l'âge de 78 ans.
"Aujourd’hui, le monde perd encore un gentleman. Un franc-tireur de plus. Un homme bien. Un merveilleux père. Un merveilleux acteur. Je me souviens de tous nos petits-déjeuners au Silver Spoons. De toutes les histoires. De tous les bons mots. De tout le soutien. Donner un rôle à Robert Forster dans Jackie Brown est l’une des meilleures décisions que j’ai prises dans ma vie", a déclaré Tarantino après l'annonce de la mort de Robert Forster.