Le 22 juillet 2011, une explosion à la bombe survient à Regjeringskvartalet, le quartier gouvernemental de la ville d'Oslo en Norvège, à 15 h 26. L'explosion a tué huit personnes et en a blessé quinze autres. Une seconde attaque suit environ deux heures plus tard, dans un camp de jeunes organisé par la Ligue des jeunes travaillistes du Parti travailliste norvégien, sur la petite île d'Utøya.
Un immense traumatisme national
Un tireur armé déguisé en policier ouvre le feu sur les campeurs. En 72 minutes, soit le temps que mettront les secours à gagner l'île, il abattra froidement, méthodiquement, 69 personnes et en blessera 33 par balle. Le bilan global de cette tragique journée fera état de 77 tués et 151 blessés. La police arrêtera sur l'île un dénommé Anders Behring Breivik, un militant d'extrême droite de 32 ans qui a perpétré et revendiquera les attentats du 22 juillet.
Le traumatisme national vécu par les norvégiens est à la hauteur de la tragédie : immense. Il s'agit de la plus grave attaque en Norvège depuis la Seconde Guerre mondiale, et de l'une des plus meurtrières fusillades perpétrées par un tueur de masse de l’époque contemporaine.
Un film magistral et courageux
C'est sur ce terreau, très risqué tant la douleur et les souvenirs restaient encore vifs, que Paul Greengrass a réalisé son film Un 22 juillet, sous les auspices de Netflix. A l'origine, Greengrass souhaitait réaliser un film sur la crise des migrants qui secoue depuis plusieurs années l'Europe; en particulier l'Italie, qui accueille sur l'île de Lampedusa de nombreux réfugiés.
"Plus je travaillais là-dessus, plus je me rendais compte de l'impact que cela avait sur les peurs que suscitent ces mouvements migratoires, couplés avec la stagnation économique et la montée des extrémismes politiques à travers l'Europe" racontera-t-il. "C'est ce qui m'a conduit à finalement réaliser ce film; parce qu'Anders Breivik et la Norvège nous ont montré les conséquences de ce processus de rejet à l'oeuvre dans des termes dramatiques, et qui nous parle à tous, où que nous vivions".
Tourné sur les lieux même du drame, adoptant le style documentaire percutant qu'il avait utilisé pour son brillant Bloody Sunday qui fit tant pour sa renommée, Greengrass découpe son oeuvre de 2h28 en une sorte de requiem en trois actes; entre un massacre inaugural absolument tétanisant, un impossible travail de deuil et de reconstruction, et un portrait du tueur tout à ses obsessions.
Un grand film, à la déflagration émotionnelle absolument dévastatrice, disponible sur Netflix.