C'est un oiseau ? C'est un avion ? Non, c'est... Bref, vous connaissez sans aucun doute la chanson qui revient aujourd'hui dans nos oreilles grâce à ce septième film solo et en prises de vues réelles consacré à Superman. Et le premier de la nouvelle mouture du DC Universe, relancé par Peter Safran et James Gunn, qui se charge en plus de réaliser le long métrage, afin de donner le la.
Comme Man of Steel en 2013, c'est avec l'Homme d'Acier que le nouvel univers partagé se lance, à l'heure où les super-héros ont un peu moins le vent en poupe au cinéma, et beaucoup se sont demandé ce qu'il y avait encore à raconter avec l'alter ego de Clark Kent, ou s'il était possible de le réinventer totalement. La réponse est non car, contrairement à Batman, certains éléments indissociables du personnage font qu'il est compliqué d'avoir des approches diamétralement opposées, et de ne pas s'inscrire dans la lignée de l'opus séminal de 1978, auquel on revient souvent, même sans le vouloir.
Mais l'entreprise de James Gunn est une réussite, et nous ne cherchons pas à jouer la carte de la comparaison avec ce que Zack Snyder avait fait. Plus lumineux et coloré, à l'image des comic books dont il s'inspire, et sans avoir peur du kitsch comme il sait si bien le faire, le metteur en scène parvient à donner un nouveau souffle au super-héros DC, et voici comment il y parvient.
Avec un nouvel acteur
C'est enfoncer une porte ouverte que de dire cela. Mais James Gunn s'est sans aucun doute posé la question au moment de s'emparer du projet, et il a choisi de repartir à zéro, avec un autre acteur qu'Henry Cavill, à qui la Warner semblait déjà vouloir dire au revoir lorsque le réalisateur des Gardiens de la Galaxie avait été engagé pour The Suicide Squad. Sans jouer la carte de l'origin story (le récit débute alors que Metropolis connaît Superman depuis trois ans), le long métrage constitue un nouveau départ.
Si Nicholas Hoult a fait partie des prétendants, pour finalement jouer Lex Luthor (comme Cillian Murphy avec l'Epouvantail à l'époque de Batman Begins), l'heureux élu s'appelle David Corenswet. Vu dans Pearl, Twisters ou les séries Hollywood et The Politician, l'acteur qui a fêté ses 32 ans le 8 juillet, aux yeux aussi bleus que le costume de son personnage, succède à Christopher Reeve, Brandon Routh et Henry Cavill, eux aussi très peu connus du grand public avant d'hériter de la cape rouge.
Warner Bros. Pictures
Et c'est peu dire qu'il fait un très bon Superman, auquel on croit et on s'attache immédiatement, sans être tenté de le comparer avec ses prédécesseurs. Face à lui, c'est la pétillante Rachel Brosnahan qui incarne Lois Lane, avec le débit et la vivacité d'esprit dont elle a fait preuve pendant les cinq saisons de La Fabuleuse Mme Maisel, et l'alchimie entrevue dans les bandes-annonces n'était pas due au montage, car elle saute aux yeux dans le film (et en interview).
"David est le deuxième acteur dont j'ai vu l'audition, et ça a été instantané, je me suis dit que c'était lui car il ressemblait à Superman", nous explique James Gunn. "Il a un grand sens de l'humour, ce que j'ai découvert car on ne le sentait pas autant dans ses travaux précédents. En plus de sa vidéo d'audition, il m'a écrit une longue lettre sur la raison pour laquelle il voulait jouer Superman, et je l'ai trouvé chaotique, mais dans le bon sens du terme, et c'est ce qui fonctionne si bien avec Lois."
"J'avais trouvé Rachel géniale dans La Fabuleuse Mme Maisel, mais le choix a été beaucoup plus difficile car il y avait d'autres très bonnes actrices. Mais Rachel possédait cette implacable confiance en soi qu'ont les journalistes, et c'est ce que j'ai adoré : je l'ai trouvée crédible en journaliste, tout comme j'ai eu la certitude que c'est quelqu'un dont Superman serait amoureux. Je les ai fait jouer ensemble pour des essais en vidéo, et la magie était là : elle était dans le contrôle, implacable, et lui faisait un Superman tout fou, ça allait très bien ensemble."
Dans un nouvel univers
Ce Superman nouveau n'est pas un soft reboot, terme employé pour désigner un opus qui, tel The Suicide Squad à l'époque, s'inscrit dans un univers déjà existant pour y faire quelques changements. Non. Car James Gunn et le producteur Peter Safran, après avoir laissé planer le doute pendant quelques mois, ont décidé de faire table rase du passé pour repartir sur de nouvelles bases, avec un DC Universe flambant neuf. S'il n'est pas exclu de voir quelques anciens acteurs passer une tête dans un autre rôle (comme Jason Momoa, ex-Aquaman qui sera le mercenaire Lobo face à Supergirl), attendez-vous à beaucoup de nouveaux visages.
Comme en 2013 avec Man of Steel, c'est Superman qui lance les festivités alors que Supergirl suivra en 2026, qu'un autre Batman que celui de Robert Pattinson est attendu et que Wonder Woman doit aussi être de la partie. Sans oublier les séries (animées ou en prises de vues réelles), les opus consacrés à des méchants ou anti-héros (Swamp Thing, Clayface), et des titres sur lesquels James Gunn joue la carte du mystère actuellement.
Warner Bros. Pictures
Raison de plus pour ce concentrer sur ce que l'on voit à l'écran, à savoir un monde coloré (depuis combien de temps un film de super-héros n'a-t-il pas été aussi éclairé ?), où les métahumains sont déjà installés et plus ou moins acceptés, et où l'amour de James Gunn pour le matériau d'origine transparaît au détour de chaque scène. Qu'il s'agisse des personnages, qu'il aime et comprend en essayant de donner une utilité à chacun, ou des comic books en eux-mêmes dont il transpose l'ambiance sur grand écran, sans avoir peur du kitsch qui peut aller avec.
Chaque film DC sera unique
Mais faut-il voir ce Superman comme le fer de lance de ce DC Universe 2.0. ? Un film qui, comme Iron Man avec le MCU, donne le la de ce que sera l'univers ensuite ? "La seule manière dont cet opus donnerait le ton, c'est dans sa façon de montrer que chaque projet sera unique", nous dit le cinéaste. "Je ne dessine pas ici un patron de ce que DC sera ensuite. J'encourage vivement les autres créateurs à faire quelque chose qui leur est propre, de la même manière que, quand je lis DC Comics, j'aime aussi bien voir 'All Star Superman' que 'Un long Halloween', 'The Dark Knight Returns' ou 'Watchmen'. Ce sont des approches très différentes, avec différents scénaristes et artistes, et je vois qu'il en soit de même pour les films."
Et cette volonté de rendre chaque film unique, elle se ressent dans la manière dont celui-ci semble focalisé sur lui-même, dans le sens où il reste concentré sur ce qu'il raconte et non ce qu'il se passe ailleurs, convaincu que c'est grâce à ses qualités qu'il saura convaincre le public de revenir pour la suite. Les présences du Green Lantern Guy Gardner (Nathan Fillion) ou le caméo, annoncé depuis quelque temps, de Supergirl (Milly Alcock) sont donc des bonus en vue de projets en cours, mais il est avant tout question de Superman dans le film qui porte son nom.
En questionnant la place de Superman
Y avait-il besoin d'un nouveau film Superman ? Si vous vous êtes posé la question, sachez que James Gunn aussi. Et c'est ce qui rend son film passionnant. Car il se questionne sur la place, l'importance et la pertinence du super-héros dans le monde actuel : le sien, le nôtre et même celui du cinéma. Et c'est d'ailleurs à travers ce questionnement qu'il a abordé le projet : "Je me suis même posé la question AVANT de m'engager sur le projet ! On m'avait proposé un film Superman il y a plusieurs années, et je l'avais refusé, mais je n'arrêtais pas de me demander comment j'aborderais le personnage si je pouvais le faire un jour."
"Quand j'ai fait Les Gardiens de la Galaxie, je m'inspirais de films et séries qui existaient déjà, comme Star Wars ou Farscape, alors que Superman tire son essence des comic books que j'ai aimés enfant, et d'une envie de recréer la magie qui est à l'oeuvre quand on découvre ce monde dans lequel les héros étaient vraiment héroïques, avec une large variété de personnages autour de Superman. Je voulais parvenir à cela, dans un film qui n'aurait jamais été vu auparavant et pour le public d'aujourd'hui, donc il n'était pas seulement question de recréer les comic books mais d'aller dans une autre direction."
"Et au milieu de tout cela, se demander ce qu'il se passerait si Superman existait vraiment, et faire en sorte que le public croit à en son existence. Quelles seraient donc ses failles ? Quelle serait sa relation avec sa petite amie ? Avec le gouvernement ? Comment ce gouvernement réagirait en voyant un gars qui peut voler et écraser des tanks ? Ça lui irait sans doute, tant que Superman fait ce qu'ils veulent, car s'il sort de ce cadre, cela créé de vrais problèmes. C'est une manière de rendre le fantastique plus amusant, le merveilleux plus merveilleux, et le personnage plus crédible et aimable."
Il n'était pas seulement question de recréer les comic books mais d'aller dans une autre direction
"Si nous l'aimons et avons besoin de lui, c'est parce qu'il cherche à prendre ses responsabilités", ajoute David Corenswet. "Il veut porter des poids lourds sur ses épaules, il est excité à cette idée, car il ne voit jamais ces responsabilités comme un fardeau ou une puce sur son épaule, il aime pouvoir dire qu'il va s'occuper de telle ou telle chose. Et je me dis que c'est ce que James a fait quand il est devenu le réalisateur de Superman et le co-président de DC Studios : il s'est emparé du poids que représente le premier chapitre de ce nouvel univers cinématographique incroyable, en commençant par le tout premier des super-héros."
Un super-héros que nous découvrons, le visage tuméfié et mal en point, à l'issue du premier combat perdu depuis son arrivée sur Terre, dans la scène d'ouverture enneigée (qui est la même que celle qui ouvre la bande-annonce), comme le symbole d'un personnage, d'un univers mais aussi d'un genre à remettre sur pieds. "Ce film arrive à une époque où les gens sont davantage sceptiques face aux films de super-héros et pensent qu'ils ont fait leur temps. James a voulu en prendre les rênes, pour le meilleur et pour le pire, en disant qu'il fêterait les succès et assumerait la responsabilité des échecs."
Si nous aimons Superman, c'est parce qu'il cherche à prendre ses responsabilités
"J'ai été très inspiré par cet état d'esprit. Quand on me parle de la pression de reprendre le rôle de Superman, je parle de ma gratitude d'avoir pu m'emparer de quelque chose d'aussi imposant. Puis, sur le plateau, chacun a pris ses propres responsabilités, avec beaucoup d'enthousiasme et de passion pour son travail, et c'est ce qui, pour moi, fait que Superman est toujours pertinent : nous aurons toujours besoin, dans ce monde, de gens qui prennent leurs responsabilités, de gens qui veuillent le faire. Dans l'idéal, avec du coeur, de la joie et de la générosité."
"Je veux remercier James d'avoir pris ce risque, sans avoir donné l'impression de faire un pari : il a juste cherché à faire du bon travail, et nous a tous inspirés." Levez donc les yeux vers le ciel, car ça n'est pas seulement Superman qui reprend son envol, mais, en accord avec ce que le super-héros incarne et dont James Gunn a rappelé la nature d'immigrant et les valeurs humanistes qu'il véhicule, l'espoir de jours meilleurs pour DC au cinéma qui renaît et rayonne grâce à cet opus généreux, spectaculaire et attachant.
Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Londres et Paris les 1er et 4 juillet 2025