John Wayne n'était pas fan de tous les westerns ! En 1969, l'année où il a tourné 100 dollars pour un shérif qui lui vaudra l'Oscar du Meilleur acteur, le héros de La Prisonnière du désert avait aussi pu découvrir au cinéma un western d'un nouveau genre, La Horde sauvage, signé Sam Peckinpah.
John Wayne contre la violence graphique
Warner Bros.
Ce film, porté par William Holden, Ernest Borgnine et Robert Ryan, raconte le dernier baroud d'honneur d'un groupe de hors-la-loi vieillissants alors que l'Ouest tel qu'ils l'ont connu tend à disparaître. Un western mélancolique, qui termine dans un bain de sang comme jamais on en avait vu à l'écran à l'époque dans le cinéma américain.
Deux ans plus tard, John Wayne est interviewé par le magazine Playboy. Au cours de cet entretien cité par Collider, l'acteur de 63 ans évoque les films du Nouvel Hollywood comme une "perversion", et revient en détail sur le film de Peckinpah :
"Pour moi, La Horde sauvage était détestable", commence-t-il. "Ça aurait pu être un bon film sans la partie gore. Les films vont trop loin lorsqu'ils utilisent ce niveau de réalisme, quand il y a des jets de sang partant dans tous les sens avec les dents qui volent, quand ils montrent un foie à l'air, et le véritable intérieur de tout un chacun."
"Ils semblent oublier l'un des principes de base de notre business"
Warner Bros.
"La Horde sauvage a été l'un des premiers à aller si loin dans le réalisme et tous les curieux sont allés le voir. Cela pourrait laisser penser aux banquiers et aux actionnaires que [la violence graphique] est un ingrédient nécessaire au succès d'un film. Ils semblent oublier l'un des principes de base de notre business : l'illusion. Nous travaillons dans la magie. Je ne pense pas qu'un enfant soit heurté par quoi que ce soit qui ait l'illusion de la violence."
"Tous nos contes de fée ont une part de violence - le preux chevalier allant tuer le dragon, etc. Pourquoi faut-il montrer le chevalier en train de répandre les entrailles du reptile sur la montagne enchantée ?"
A l'époque, cet interview ne fera pas l'unanimité, puisque Hollywood commençait à évoluer vers une politique officielles des auteurs et l'émergence de nouveaux scénaristes-réalisateurs, qui faisaient tourner de nouveaux acteurs. Le paysage changeait, et John Wayne, avec ces propos, entrait immédiatement dans la catégorie des réfractaires. De fait, de 1971 jusqu'à sa mort, il tournera majoritairement avec des réalisateurs de l'ancien temps, celui qui avait fait sa gloire.