37 ans après, ce grand réalisateur japonais signe le remake français... de son propre thriller
Maximilien Pierrette
Journaliste cinéma - Tombé dans le cinéma quand il était petit, et devenu accro aux séries, fait ses propres cascades et navigue entre époques et genres, de la SF à la comédie (musicale ou non) en passant par le fantastique et l’animation. Il décortique aussi l’actu geek et héroïque dans FanZone.

Quelques mois seulement après les sorties de "Chime" et "Cloud", Kiyoshi Kurosawa est déjà de retour dans nos salles avec "La Voie du serpent". Un thriller dont le titre et le pitch pourront vous être familiers, car il s'agit d'un remake.

Ça parle de quoi ?

Albert Bacheret est un père dévasté par la disparition inexplicable de sa fille de huit ans. Alors que la police semble incapable de résoudre l'affaire, il décide de mener sa propre enquête et reçoit l'aide inattendue de Sayoko, une énigmatique psychiatre japonaise. Ensemble, ils kidnappent des responsables du "Cercle", une société secrète. Mais chaque nouvel indice mène à un nouveau suspect qui présente toujours une version différente des faits... Obsédé par la vérité, Albert va devoir naviguer entre sa soif aveugle de vengeance et une infinie spirale de mensonges.

La Voie du serpent
La Voie du serpent
Sortie : 3 septembre 2025 | 1h 52min
De Kiyoshi Kurosawa
Avec Damien Bonnard, Kô Shibasaki, Mathieu Amalric
Presse
2,8
Spectateurs
1,9
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On refait son film

Il y a eu Alfred Hitchcock (L'Homme qui en savait trop), Michael Haneke (Funny Games), Leo McCarey (Elle et lui), Francis Veber (Les Fugitifs) ou encore Lisa Azuelos (LOL). Place désormais au Japonais Kiyoshi Kurosawa qui, au même titre que les cinéastes cités un peu plus haut ou que ses compatriotes Yasujiro Ozu (Herbes flottantes) et Takashi Shimizu (The Grudge) s'essaye à l'exercice de l'auto-remake, en refaisant son film de 1988, Serpent's Path.

Avec un gros changement de taille : cette relecture a été tournée à Paris, dans la langue de Molière et avec des acteurs et actrices hexagonaux (Damien Bonnard, Mathieu Amalric, Vimala Pons...), ce qui le rapproche davantage de ce qu'avait fait Takashi Shimizu lorsqu'il avait lui-même exporté The Grudge aux Etats-Unis que de Yasujiro Ozu, pour comparer avec d'autres metteurs en scène japonais. Ce n'est évidemment pas la seule différence entre ces deux versions, séparées par trente-sept années, puisque la nouvelle troque le groupe de yakuzas contre une société secrète avide de profits.

Art House

"S’il était transposé tel quel en France, ce serait un film de mafia, mais nous avons délibérément changé cela, car l'original était en fait très différent de ce que l’on attend d’un film de yakuza, il était à côté de la plaque", raconte Kiyoshi Kurosawa, dans le dossier de presse. "Nous recherchions un décalage subtil, qu’il aurait été impossible de reproduire dans un film de mafia en France, car en tant que Japonais, nous ne saurions pas le détourner. Et même si nous le faisions, nous n'aurions qu'un film de mafia en demi-teinte."

Un changement qui permet à La Voie du serpent de s'inscrire un peu plus dans l'époque actuelle, celle de #MeToo et des affaires liées à Jeffrey Epstein auxquels on pense par moments dans cette histoire de vengeance dans laquelle les motivations de ses personnages restent ambigües jusqu'à la dernière minute et sèment le doute chez le spectateur, même celui qui aura vu le film original, car la dynamique du duo central est ici différente : "J'ai également fait en sorte que le personnage principal soit une Japonaise vivant en France, et nous avons changé sa profession."

"Ce qui a commencé comme une organisation clandestine devient progressivement une relation proche de celle entre mari et femme"

"C'était intéressant, car dans le film original, il s'agissait de l'histoire de deux hommes cherchant à se venger, mais cette fois-ci, c’est un couple composé d'un homme et d'une femme. Et alors que je ne l’avais pas remarqué dans l'original, ce sentiment que l'homme 'doit avoir une femme' et la femme 'doit avoir un mari' s'est progressivement renforcé, parce qu’une enfant a été tuée. Ce qui a commencé comme une organisation clandestine devient progressivement une relation proche de celle entre mari et femme. C'est un élément qui ne figurait pas du tout dans l'original et qui s'est imposé naturellement au fur et à mesure que j'écrivais."

Découverte dans Battle Royale (où Kiyoshi Kurosawa a été marqué par "ses mouvements féroces", dont on retrouve des traces ici) et vue ensuite dans La Mort en ligne ou 47 Ronin, l'actrice japonaise Kô Shibasaki fait ainsi équipe avec Damien Bonnard face à Grégoire Colin ou Mathieu Amalric (déjà au casting du Secret de la chambre noire, premier film français du cinéaste nippon), et la détermination que l'on peut lire dans ses regards et sa posture, qui valent souvent mieux que mille mots, participent à la tension au coeur de ce remake qui rejoue quelques scènes de l'original.

Troisième et dernier film en 2025

Après Chime et Cloud, sortis en mai et juin 2025, Kiyoshi Kurosawa poursuit son année prolifique avec cette exercice de style périlleux dont il se sort très bien, en enrichissant aussi bien le matériau de base que son oeuvre globale, où la violence, l'obsession et la complexité des rapports humains occupent une place centrale.

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