Adapté du roman Le Sabbat dans Central Park de William Hjortsberg et publié en 1978, Angel Heart d'Alan Parker, sorti en 1987, a l'intelligence de délocaliser grandement l'intrigue du roman en la situant en grande partie dans les bayous moites de la Louisiane.
Sensationnel mélange, finalement assez rare, de Thriller et d'horreur, porté à bout de bras par un Mickey Rourke au sommet qui patauge avec rage dans les marais nauséeux de son subconscient au fur et à mesure que son enquête avance face à un Robert de Niro méphistophélique, le film sera hélas un douloureux échec au box office. Une sanction totalement injustifiée, que le temps réparera heureusement pour hisser cette pépite au rang d'oeuvre culte.
"J'avais perdu pas mal de respect pour le métier d'acteur"
Bien que de générations différentes, les deux acteurs ont tous les deux été formés à l'Actors Studio. Une rencontre au sommet entre un immense acteur qui a déjà largement fait ses preuves dans des oeuvres comme Raging Bull, Taxi Driver, Il était une fois en Amérique, Le Parrain II ou Voyage au bout de l'Enfer.
Et un autre, qui commence à s'imposer comme un des acteurs surdoués et incontournables de la décennie des années 80, avec ses films Le Pape de Greenwich Village, Rusty James ou L'année du dragon. Et que certains comparent déjà à un acteur marchant dans les glorieux pas de son aîné justement.
Carolco Pictures
"C'était la première fois que j'ai vraiment dû me concentrer, parce qu'il est l'acteur le plus concentré que j'ai jamais vu" disait Rourke, plein d'admiration, dans une featurette d'époque faite sur le tournage même. "Si vous perdez votre concentration ne serait-ce que quatre secondes face à lui, vous êtes hors jeu. A la fin de la journée, j'étais vidé".
Et d'ajouter avec la franchise qui le caractérise : "il y a quelques années, j'avais perdu pas mal de respect pour le métier d'acteur, et je n'en pensais plus grand bien, jusqu'à ce que j'ai cette opportunité de travailler avec lui".
En réalité, le feu couvait sous la glace entre les deux, lorsque de Niro est venu le voir au début du tournage pour lui lancer : "Je pense qu'il vaut mieux que nous ne nous parlions pas à cause des personnages du film. Il vaut mieux que nous ne nous saluions pas, que nous ne parlions pas et que nous ne fassions absolument rien".
"Je ne l'admire plus, je le méprise"
Des considérations de Robert de Niro que l'on pourrait éventuellement rattacher à la fameuse Method Acting, pour mieux se plonger dans son personnage. Mais que Rourke mettra sur le compte d'un ego fragile, suite à une réflexion qu'il s'était permise de faire sur son jeu d'acteur.
"Ça m'a un peu blessé parce que je l'admirais. Je ne l'admire plus ; je le méprise. Je suis sorti de la merde. Il ne connaît pas cette vie. J'ai vécu cette putain de vie, alors chaque fois que je le regarde en face, je vois juste son trou du cul" lâchera un Rourke toujours en colère, des années après.
Toujours est-il que l'ambiance sur le plateau de tournage d'Angel Heart est devenue rapidement électrique. Le réalisateur Alan Parker avait d'ailleurs comparé la situation à "regarder de la matière et de l'antimatière s'encercler".
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La tension entre les deux ne s'est pas vraiment apaisée avec les années... En 2019, Rourke a publiquement accusé De Niro de l'avoir empêché d'obtenir un rôle dans The Irishman de Martin Scorsese. Rourke avait alors déclaré à la télévision italienne que la personne chargée du casting avait informé son manager que Robert De Niro avait refusé de travailler avec lui.
Ses propos ont évidemment faits le tour du globe. De Niro a alors fait publier une déclaration par l'intermédiaire de son représentant Stan Rosenfeld, dans laquelle il précisait que les producteurs et le directeur de casting de The Irishman n'avaient jamais envisagé Rourke pour un rôle.
"C'est à toi que je parle, espèce de gros pleurnichard"
Plutôt que de calmer le jeu, Rourke a surenchéri dans un post Instagram (et retiré depuis)... "Hé Robert De Niro, oui, c'est à toi que je parle, espèce de gros pleurnichard. Un de mes amis m'a récemment dit qu'il y a quelques mois, tu aurais déclaré dans les journaux que Mickey Rourke était un menteur qui racontait n'importe quoi. Écoute, monsieur le dur à cuire du cinéma, tu es la première personne à m'avoir traité de menteur, et c'était dans un journal".
Face aux provocations de Rourke, De Niro a surtout répondu en observant un silence complet. Et on imagine qu'à 82 ans, il n'a pas spécialement envie de perdre du temps à revenir sur cette relation conflictuelle entre eux, qui aura quand même eu le mérite d'être, in fine, au service d'un fabuleux film qu'on ne se lasse jamais de revoir.