“Je suis vraiment très, très contrarié” : c'est l'un des plus grands films de l’Histoire du cinéma, pourtant son réalisateur avait encore un regret plus de 40 ans après
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Dans un entretien accordé au Hollywood Reporter en 2015, un an avant son décès, le réalisateur Michael Cimino exprimait un très vif regret à propos de son film "Voyage au bout de l'Enfer", couronné aux Oscars en 1979.

Le spectre du Viêtnam hante l'Amérique et les films américains. L'un des premiers à traiter le traumatisme de la guerre fut Voyage au bout de l'enfer, réalisé par Michael Cimino en 1978. "Mon film ne parle pas de politique, du Viêtnam, des Etats-Unis, c'est avant tout l'histoire d'un groupe d'amis ou une famille, et comment ils survivent à cette tragédie. Ca, c'est le coeur de mon film" nous avait confié le bien regretté cinéaste en 2013, décédé trois ans plus tard en juillet 2016 à l'âge de 77 ans.

Du plus désiré au plus haï

Irrigué par un puissant sentiment de mélancolie, porté par d'extraordinaires comédiens donnant le meilleur d'eux-mêmes, dont un Christopher Walken à juste titre oscarisé parmi les cinq remportés, Voyage au bout de l'enfer est l'un des plus grands films du cinéma américain, et du cinéma tout court. Après ce chef-d'oeuvre absolu, Cimino fut le réalisateur américain le plus désiré par Hollywood.

Pourtant, à peine deux ans plus tard, il fut le plus détesté, après l’échec cuisant de La Porte du paradis, qui provoqua la quasi faillite de la United Artists. S’il a pu se remettre en selle avec le succès de L' Année du dragon en 1985, il n’a tourné au bout du compte qu’une poignée de films, dont le dernier, The Sunchaser, date de 1996. Homme secret et rare en interview, il est resté un cinéaste de légende jusqu'à la fin.

"Je suis vraiment très déçu de ne pas avoir remercié Clint Eastwood"

En février 2015, Cimino s'était longuement confié à un journaliste du Hollywood Reporter, balayant généreusement sa carrière. Et de rappeler ce qu'il devait à Clint Eastwood, qui l'avait largement appuyé pour être à la barre de son tout premier film, Le Canardeur, qui lança sa carrière.

"C'était le premier film de Malpaso [la société de production d'Eastwood]. L'une des grandes qualités d'Eastwood, c'est qu'il n'a jamais hésité à donner leur chance à de nouveaux talents. [...] J'ai eu une chance incroyable de les avoir [NDR : Clint Eastwood et Jeff Bridges] dans mon premier film. Et je ne me suis jamais autant amusé en tournant un film.

J'allais voir Clint tous les jours et je lui disais : "Hé, patron, tu es content des rushs ?" Il répondait : "Michael, continue simplement à tourner ce que tu tournes". Il ajoutait : "J'ai tourné tellement de films avec de superbes décors, et on dirait qu'ils auraient pu être tournés à Burbank, mais toi, tu as l'œil pour les grands formats. Avec le recul, compte tenu de toutes mes expériences, c'était de loin la meilleure. Et je continue encore aujourd'hui à toucher des chèques pour ce film. Il est toujours diffusé partout dans le monde".

Michael Cimino au festival du film de Rome, en 2008. SGP / BESTIMAGE
Michael Cimino au festival du film de Rome, en 2008.

Et Cimino d'exprimer un vif regret dans la foulée : "Je suis vraiment très, très contrarié de ne pas avoir remercié Clint Eastwood tout particulièrement lorsque j’ai reçu mon Oscar. Clint aurait dû être la première personne que j’aurais remerciée, car sans lui, je n’aurais jamais eu la chance de réaliser Voyage au bout de l'Enfer".

En fait, il a été si mortifié par cet oubli qu'il a tenté de se rattraper dans la foulée : "J’ai publié une annonce dans la presse spécialisée pour essayer d’expliquer pourquoi j’avais omis de remercier certaines personnes et pour rattraper les lacunes de mon discours de remerciement, qui était vraiment nul. Vous savez, quand on se retrouve devant des milliers de personnes… Et qu’elles font toutes partie du milieu et qu’elles ont toutes voté pour vous. C’est difficile de ne pas être ému". Quarante ans après, Cimino nourrissait encore des regrets sur cette omission largement pardonnable.

AlloCiné, c’est tous les jours plus de 40 articles traitant de l’actualité du cinéma et des séries, des interviews, des recommandations streaming, des anecdotes insolites et cinéphiles sur vos films et vos séries préférés. Vous abonner à AlloCiné sur Google Discover, c’est l’assurance d’explorer au quotidien les richesses d’un site conçu par des passionnés pour des passionnés.

FBwhatsapp facebook Tweet
Sur le même sujet