Il y a plusieurs années, l’auteur de Game of Thrones, George R. R. Martin, a révélé la liste de ses films fantastiques favoris, rassemblant des œuvres capables de transporter les spectateurs vers d’autres réalités. Comme le rappelle Collider, parmi elles figure un film des années 1990 que l’auteur qualifie de “chef-d’œuvre” : un techno-noir sorti un an avant Matrix et Passé virtuel, explorant lui aussi des réflexions philosophiques sur la nature de la réalité. Il s’agit de Dark City, réalisé par Alex Proyas et sorti en 1998, un film qui a échoué au box-office et a été longtemps sous-estimé, qui a toutefois fini par acquérir un statut culte et est aujourd’hui considéré comme un classique.
Les éloges de Martin soulignent d’ailleurs les aspects les plus marquants du long-métrage : son savant mélange de genres, qui lui permettrait selon lui de figurer tout autant parmi les meilleures œuvres de science-fiction que parmi les grands films d’horreur. Proyas cite par ailleurs le film noir classique comme une influence majeure, un élément qui ne pouvait qu’attirer George R. R. Martin, connu pour dépeindre des univers sombres et hostiles. Dark City incarne parfaitement cette vision, et son atmosphère oppressante en fait un précurseur influent de nombreux héritiers cinématographiques.
Du néo-noir au fantastique
Né d’un projet passion de Proyas qui a évolué au fil des ans, Dark City débute comme un film noir avant de révéler une dimension fantastique et science-fictionnelle. John Murdoch (Rufus Sewell) se réveille amnésique dans une ville où, chaque nuit à minuit, des êtres mystérieux – les Étrangers – figent le temps et modifient la réalité. Poursuivi par ces derniers, Murdoch cherche à comprendre qui il est et à rejoindre le lieu mythique de Shell Beach, que personne ne semble connaître. Autour de lui gravitent un détective désabusé (William Hurt), une épouse perdue (Jennifer Connelly) et un scientifique complice des Étrangers (Kiefer Sutherland). Le film mêle esthétique de film noir, questionnement sur l’identité et univers cyberpunk dans une ville éternellement plongée dans la nuit.
New Line Cinema
Entre réalité et humanité
Les décors emblématiques, que George R. R. Martin qualifia de “grotesques”, résultent de plusieurs années de conception avec le designer Patrick Tatopoulos – qui avait déjà travaillé sur Stargate et Seven et qui collaborera par la suite à de nombreux films fantastiques notables, comme I, Robot d’Alex Proyas en 1994 –, mêlant références à des villes européennes et américaines de différentes époques et à des classiques comme Metropolis de Fritz Lang et Brazil de Terry Gilliam. Le montage rapide, la photographie de Dariusz Wolski et des éléments symboliques, comme l’horloge sans chiffres, renforcent le sentiment d’être perdu dans le temps et l’espace.
La ville devient un personnage à part entière, et son style visionnaire illustre les idées philosophiques du film : un monde gouverné par d’autres forces et une réalité malléable. Le lien avec Matrix est évident, tant dans les concepts abordés (la vie est une illusion, un protagoniste qui pourrait être l’élu, les méchants à l’apparence identique, etc.) que dans le style visuel, certains décors ayant même été réutilisés pour le film des Wachowski.
Contrairement à d’autres œuvres de science-fiction, Dark City ne présente pas la réalité comme un absolu. Inspiré par les classiques et nourri de nostalgie, il explore des expériences humaines universelles et suggère que l’âme réside dans la création : transformer des fragments de souvenirs en quelque chose de visuellement saisissant et profondément significatif, à l’image du film lui-même.
Dark City est à (re)découvrir en VOD.