Il existe des œuvres qui, discrètement, marquent durablement ceux qui les découvrent. L’Homme qui voulait savoir fait partie de ces films rares. Réalisé en 1988 par George Sluizer – un cinéaste aujourd’hui largement passé sous les radars malgré une carrière marquante – ce thriller teinté d’horreur psychologique a secoué l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma : Stanley Kubrick.
Un récit simple mais d’une cruauté implacable
Le point de départ du film est presque banal : en route pour les vacances, un couple, Rex et Saskia, s’arrête sur une aire d’autoroute. Le temps pour Rex de s’absenter quelques minutes… et Saskia disparaît sans laisser de traces. Ce vide soudain va happer toute la vie de Rex : il abandonne travail, relations sociales et quotidien pour se consacrer entièrement à la quête de la vérité. Trois ans passent, sans aucun indice, jusqu’à l’arrivée d’une carte postale mystérieuse signée par quelqu’un qui prétend détenir la clé de cette disparition. C’est tout un film qui repose sur la tension, l’obsession et la peur viscérale de perdre irrémédiablement l’être aimé.
Sidonis Calysta
L’interprétation glaçante de Bernard-Pierre Donnadieu, qui incarne l’antagoniste, contribue largement à l’atmosphère suffocante du long-métrage. Sluizer en livrera d’ailleurs quelques années plus tard un remake américain, The Vanishing (La Disparue chez nous), porté cette fois par Jeff Bridges et Kiefer Sutherland.
Le film qui a hanté Kubrick
Stanley Kubrick, dont les goûts cinématographiques étaient éclectiques et souvent surprenants, a été profondément secoué par ce film néerlandais. L’auteur de 2001 : l’odyssée de l’espace, Orange mécanique et Shining comptait parmi ses références des œuvres aussi variées que Le Parrain, Les Fraises sauvages ou encore City Lights de Chaplin. Il admirait aussi Eraserhead de David Lynch pour son étrangeté hypnotique. Pourtant, c’est L’Homme qui voulait savoir qui l’a terrifié davantage que tout autre film.
Sidonis Calysta
Dans une interview enregistrée en 2014 pour Criterion, George Sluizer raconte avoir reçu un coup de fil inattendu de Kubrick alors qu’il travaillait à Los Angeles. Le réalisateur américain, fasciné, souhaitait discuter plan par plan du film et aurait déclaré :
“À ma grande satisfaction, Kubrick s’est révélé être le plus grand fan de mon film. Il l’a vu dix fois je crois. Il m’a appelé lorsque je travaillais à Los Angeles, pour discuter de chaque plan du film. Je me souviens qu’il m’a dit : ‘C’est le film le plus terrifiant que j’ai jamais vu de ma vie !’ Je lui ai répondu : ‘Avez-vous vu Shining ?’ Il m’a dit : ‘C’est un film pour enfants en comparaison. Ça n’est pas aussi effrayant que votre film.’”
Un compliment aussi déconcertant que flatteur, d’autant que le film de Sluizer avait eu du mal à trouver un distributeur après sa présentation à Cannes. Ironie du sort, Kubrick envisageait même de faire tourner dans son prochain projet Johanna ter Steege, l’actrice principale du film.
Sidonis Calysta
Un thriller redécouvert
Bonne nouvelle pour ceux qui souhaitent enfin découvrir (ou redécouvrir) ce bijou inquiétant : L’Homme qui voulait savoir a récemment bénéficié d’une nouvelle édition DVD/Blu-ray chez Sidonis Calysta et a même retrouvé le chemin des salles de cinéma pendant un temps.
Un film rare, intense, et qui, de l’avis de Kubrick lui-même, dépasse Shining en matière de terreur psychologique.
Découvrez la bande-annonce du film ci-dessous :