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Une vision nouvelle et déstabilisante de la violence masculine
C’est l’histoire de Céleste, jeune bonne employée chez Victoire et André, en 1908. C’est l’histoire de Victoire, de l’épouse modèle qu’elle ne sait pas être. Deux femmes que tout sépare mais qui vivent sous le même toit, défiant les conventions et les non-dits.
Diaphana
En salle le 10 décembre, La Condition est le nouveau long-métrage du réalisateur Jérôme Bonnell, célèbre pour les films La Dame de trèfle et Le Temps de l’aventure, mais également pour des œuvres télévisées à succès telles que Les Hautes Herbes et le multi-récompensé À la joie. Récit d’époque, La Condition entraîne son spectateur au début du siècle dernier et lui confère une qualité de témoin privilégié de faits particulièrement violents. Pas question de faits divers, de larcins ou de meurtres, mais justement d’une violence quotidienne, ordinaire, de ces pressions sourdes qui s’insinuent dans le quotidien et rongent les êtres de l’intérieur.
Le personnage d’André, incarné par le brillant Swann Arlaud (récompensé aux César pour Petit Paysan, Grâce à Dieu et Anatomie d’une chute), est un homme “bien sous tous rapports”. Tiré à quatre épingles, courtois et délicat, il incarne une bourgeoisie masculine d’apparence impeccable, dont les pratiques intimes sont pourtant brutales. André viole son épouse, Victoire (Louise Chevillotte), mais aussi sa gouvernante, Céleste (Galatéa Bellugi). Et puis il y a Mathilde (Emmanuelle Devos), la mère d’André avec qui ce dernier entretient une relation silencieuse mais brutale, faite de mutisme, de rejets, de refus…
Deux ans après Le Consentement de Vanessa Filho, La Condition s’inscrit elle-aussi dans cette nouvelle forme de représentation de la violence masculine. Une position que le cinéaste Jérôme Bonnelle justifie comme une nécessité de montrer qu’un violeur ne ressemble pas “à l’image qu’on s’en est trop faite : celle d’un diable qui se promènerait un couteau entre les dents, guettant sa victime au coin d’une ruelle sombre. Avant de poursuivre : Un violeur, c’est parfois un type sympathique, sensible, drôle, poli, qui aime ses parents et ses enfants. Un violeur pleure, un violeur s’excuse, un violeur fait culpabiliser ses victimes.”
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André apparaît ainsi comme un homme ordinaire, dont la violence, parfois même inconsciente, est absolument banalisée. Pour autant, ce dernier n’est pas traité par le cinéaste en parfait antagoniste, ce dernier préférant épouser son point de vue pour forcer le spectateur à interroger ses propres comportements. Parmi ses inspirations, Jérôme Bonnell cite notamment Ladj Ly, et plus particulièrement Les Misérables. “Je crois qu’il est inutile de dénoncer la violence sans montrer qu’elle est un reflet de nous-mêmes, explique-t-il. Par exemple, je suis très impressionné par Ladj Ly quand il tourne Les Misérables, dont la grande intelligence est de dénoncer les violences policières tout en étant du point de vue des flics.”
Un drame puissant et incarné, adapté d’un roman à succès
Drame de l’ordinaire et de ses violences, La Condition fait la part belle à ses figures féminines, qui incarnent, chacune à leur manière, un visage écrasé par l’oppression masculine : la gouvernante méprisée, objet de fantasmes, victime d’actes sexuels violents qu’elle est forcée de subir pour conserver sa position ; l’épouse délaissée, prête à tout pour convenir aux standards de son époque, pour qui le viol fait partie d’une routine habituelle ; la mère rejetée, murée dans la maladie et le silence, dont la parole n’a que peu de valeur face à celle du fils tout-puissant.
Pour incarner ce portrait cubiste, aux trois visages, Jérôme Bonnell s’est entouré de comédiennes de renom, saisissantes dans leurs rôles respectifs : Galatéa Bellugi, nommée aux César pour L’Apparition et Chien de la casse ; Louise Chevillotte, elle aussi nommée aux César pour L'Amant d’un jour et Le Monde après nous ; Emmanuelle Devos, enfin, récompensée pour Sur mes lèvres et À l'origine, entre autres.
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Un travail d’incarnation absolu, d’autant plus épineux que La Condition est l’adaptation d’un roman à succès, publié en 2015 : Amours, de Léonor de Récondo, publié aux éditions Sabine Wespieser et récompensé du prix des libraires. Bien qu’il en ait fait la lecture à sa sortie, Jérôme Bonnell ne s’est décidé à l’adapter que des années plus tard, frappé par la concordance du propos du livre avec la libération de la parole féminine.
“Le livre m’avait énormément impressionné, j’avais éprouvé une empathie folle pour les personnages féminins, mais il s’est passé beaucoup de temps entre ma lecture, le vrai déclic du désir de l’adapter, puis l’écriture du scénario, car j’avais toujours un autre film à faire entretemps. Plus le temps avançait, plus l’envie était tenace. J’ai fini par en écrire une première version en 2021 et quatre ans plus tard, le film est enfin là.”
La Condition de Jérôme Bonnell, avec Swann Arlaud, Galatéa Bellugi, Louise Chevillotte et Emmanuelle Devos, est à découvrir dès le 10 décembre au cinéma.