"Tout ça a terriblement vieilli" : il y a 56 ans, Jean Gabin était sévère avec les films de ses débuts, aujourd'hui considérés comme des chefs d'œuvres
Corentin Palanchini
Passionné par le cinéma hollywoodien des années 10 à 70, il suit avec intérêt l’évolution actuelle de l’industrie du 7e Art, et regarde tout ce qui lui passe devant les yeux : comédie française, polar des années 90, Palme d’or oubliée ou films du moment. Et avec le temps qu’il lui reste, des séries.

Pour Jean Gabin, les grands classiques qu'il a tourné à ses débuts étaient des vieilleries déjà en 1970 !

A la fin de sa vie, Jean Gabin n'était pas nostalgique des grands succès de ses débuts, c'est même l'inverse ! Lui qui avait été le lieutenant Maréchal de La Grande illusion, Jean de La Belle équipe, Jacques Lantier de La Bête humaine et Pépé le Moko, était même assez sévère avec ces longs métrages sortis durant les années 1930.

"Ce n'est plus visible"

Gaumont

Sur le tournage de La Horse en 1970, il était interviewé sur ses quarante ans de carrière. Au cours de cet entretien très riche et toujours disponible aujourd'hui, on entend notamment Jean Gabin déclarer que certains des films de ses débuts sont difficilement regardables plusieurs décennies après :

"Faut dire les choses comme elles sont... Pépé le Moko, La Bandera, tout ça a terriblement vieilli. A l'époque, c'étaient de bons films car c'était l'époque de ces films, mais maintenant ça a terriblement vieilli, ce n'est plus visible, quoi."

Gabin sait aussi trouver des forces à d'autres de ses films de cette période : "Effectivement, Le Jour se lève c'est, je pense, un film qui tient encore le coup", reconnait-il dans la même interview. Le Jour se lève qui avait d'ailleurs fait un four à l'époque, "un bide noir" selon les mots de Gabin, en raison de ses nombreux flashbacks. "On l'a fait trop tôt, c'est tout", conclut simplement l'acteur.

Gabin, trop sévère ?

StudioCanal

Pourtant, les années 1935-1939 contiennent non seulement parmi les meilleurs films de l'acteur, mais aussi certains des plus grands classiques du cinéma français. Outre les précités, on pourrait ajouter Le Quai des brumes, Gueule d'amour ou Les Bas-fonds. Autant de films signés Marcel Carné, Jean Renoir, Julien Duvivier ou Jean Grémillon, soit la fine fleur de l'époque en matière de mise en scène.

Alors, l'acteur du Clan des Siciliens est-il désabusé et trop sévère ? Ces films de ces débuts sont-ils à ce point "plus visibles" ? Dans les faits, en l'absence d'une plateforme dédiée au cinéma de patrimoine, oui, ils sont difficilement visibles de nos jours, à moins de les acheter en support physique. Mais de là à dire qu'ils ne sont "plus regardables" comme le sous-entendait Jean Gabin dès 1970... On peut plutôt se permettre, avec respect, de les recommander à toutes et à tous.

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