Shelley Duvall est surtout connue pour son rôle de Wendy Torrance dans le film d’horreur Shining réalisé par Stanley Kubrick. Discret, son personnage est effacé pendant une grande partie de l’intrigue, comme un symbole de ce qui s’est passé en coulisses durant le tournage de ce film, qui a sérieusement mis à l’épreuve la santé mentale de la comédienne, alors âgée de 29 ans.
L’actrice était l’une des figures féminines du Nouvel Hollywood, ce mouvement de contre-culture apparu à la fin des années 60 et considéré disparu au début des années 80. Ses prestations chez Robert Altman sont remarquées (voir plus bas), et Duvall remporte en 1977 le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes pour son rôle dans Trois femmes, ex-aequo avec Monique Mercure pour J.A. Martin photographe.
Durant cette période, elle tourne également un second rôle notable dans Annie Hall, celui d’une journaliste du média Rolling Stone venant interviewer le comique joué par Woody Allen.
Shining va tout changer
Nous sommes entre mai 1978 et octobre 1979. Shelley Duvall travaille depuis des mois sur un long métrage de Stanley Kubrick qui ne fait pas encore beaucoup parler mais qui va devenir le film le plus important de sa vie : Shining. Adapté de Stephen King, il la voit incarner Wendy Torrance, l’épouse de Jack Torrance, joué par Jack Nicholson.
Si son personnage passe la majorité du film à subir la maltraitance de son mari, il se rebelle dans la dernière partie pour sauver sa vie et celle de son fils. Et Shelley Duvall ignore alors qu’il va s’agir de la pire expérience de sa carrière.
"Je ne sais pas comment tu fais", lui dira Jack Nicholson
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Son travail avec Kubrick va durablement la marquer, car le réalisateur est constamment derrière elle, critiquant son jeu ou ses choix.
40 ans plus tard, elle confiera : “Je ne sais pas comment j’ai fait. C’est d’ailleurs ce que Jack Nicholson m’a dit aussi : ‘Je ne sais pas comment tu fais’.”
Anjelica Huston - comédienne qui a formé un couple très célèbre pendant des années avec Jack Nicholson - a commenté l’état de Shelley Duvall : “Quand je la voyais à cette époque, elle semblait torturée, complètement déboussolée. Je ne crois pas que quiconque ait pris soin d’elle.”
L’une des scènes les plus emblématiques du film - celle dans l’escalier où Wendy tend une batte de baseball pour se défendre contre son mari violent - a été tournée… 127 fois.
L’actrice, en état de stress constant, est sortie du plateau aphone et complètement déshydratée à force de crier et de pleurer.
“Après un moment, votre corps se rebelle”, explique Shelley Duvall. “Je lui disais : 'Arrête de me faire ça, je ne veux pas pleurer toute la journée'. Parfois, cette pensée me faisait pleurer. Se lever un lundi matin, tôt, et réaliser que tu vas devoir pleurer toute la journée parce que c’est prévu comme ça, cela me faisait craquer.”
Il suffit de regarder les images du making-of pour comprendre. Entre deux prises, Shelley Duvall remarque qu’elle perd ses cheveux à cause du stress. Autre moment, Stanley Kubrick se met en colère suite à un problème de communication avec son actrice et elle tente, malgré tout, de lui tenir tête.
Le tournage dure treize mois dans cette atmosphère terrible et l’expérience traumatise durablement l’actrice, qui s’imagine alors mettre un stop à sa carrière.
Retrouvailles avec Robert Altman
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Elle n’en fait rien et décide de se ressourcer en retrouvant Robert Altman pour une adaptation live de Popeye avec Robin Williams. Duvall est l’actrice fétiche du réalisateur, avec qui elle a tourné son premier film Brewster McCloud (1970), puis Nashville (1975), Trois femmes (1977), Nous sommes tous des voleurs (1974), John McCabe (1971) et Buffalo Bill et les Indiens (1976). Le tournage de Popeye se déroule parfaitement bien, elle campe une Olive parfaite, et le film est un succès au box-office malgré des critiques assassines.
Après une longue carrière de près de 32 ans, elle décide en 2002 de se retirer des écrans après un petit rôle dans un film intitulé Manna from Heaven. Elle disparaît, au point que personne ne parvient plus à la trouver.
Une émission télé dévastatrice
Ce n’est qu’en 2016 qu’elle passe dans une émission de télévision où elle apparaît confuse et en proie à des problèmes mentaux. L’émission qui diffuse cette interview, la première de Duvall depuis 14 ans, est l’objet de virulentes critiques des fans et de célébrités, dont celles de l’actrice Mia Farrow, qui lui reprochent d’exploiter une personne vulnérable.
En 2022, Shelley Duvall revient pour la première fois au cinéma depuis sa mise à la retraite volontaire dans une série B horrifique, The Forest Hills. Peu de temps avant la sortie du film, elle donne un rare entretien dans lequel on apprend qu’elle vit dans une petite maison avec Dan Gilroy, ex-chanteur du groupe Breakfast Club, dans lequel a débuté Madonna, et qu’elle a rencontré sur le tournage d’un téléfilm en 1989.
Elle est décédée en 2024 à 75 ans, de complications liées à son diabète.
Les dernières images publiques de l’actrice la montraient dans sa voiture, sorte de musée roulant dans lequel elle passait la plupart de son temps à parler avec les passants de la petite ville du Texas où elle habitait depuis des années. Les habitants prenaient soin d’elle et la protégeaient, surtout depuis l’émission qui l’a exposée injustement à des millions d’américains.
A revoir aujourd’hui la façon dont Wendy Torrance combat son mari dans Shining, on ne peut s’empêcher de penser que Shelley Duvall, en brandissant avec courage sa batte de baseball dans un geste désespéré pour sa survie, nous transmettait sa rage de vivre et sa volonté de ne pas se laisser faire face aux méthodes de son réalisateur. Sa rébellion, c’est un geste vers sa liberté.
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