Vous avez aimé Petit Paysan ? Vous allez adorer le thriller social La Guerre des prix avec une Ana Girardot comme vous ne l'avez jamais vue
Maximilien Pierrette
Journaliste cinéma - Tombé dans le cinéma quand il était petit, et devenu accro aux séries, fait ses propres cascades et navigue entre époques et genres, de la SF à la comédie (musicale ou non) en passant par le fantastique et l’animation. Il décortique aussi l’actu geek et héroïque dans FanZone.

Ana Girardot, Julien Frison et Olivier Gourmet : c'est le trio gagnant de "La Guerre des prix", thriller aux accents de drame social qui évoque les tensions entre grandes surfaces et agriculteurs autour des questions du bio.

Ça parle de quoi ?

Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.

La Guerre des prix
La Guerre des prix
Sortie : 18 mars 2026 | 1h 36min
De Anthony Dechaux
Avec Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison
Presse
3,5
Spectateurs
3,9
Séances (82)

Bio, c'est bien ?

Aborder les difficultés du monde agricole par le biais du thriller n'est pas totalement nouveau, Petit Paysan et - dans une moindre mesure - Au nom de la terre ayant emprunté cette voie avec succès ces dernières années. Nul doute que La Guerre des Prix n'aurait pas vu le jour sans eux, mais le premier long métrage d'Anthony Déchaux (qui n'est pas issu de ce milieu contrairement à Hubert Charuel et Philippe Bergeron) parvient à s'en démarquer avec un angle à la fois plus spécifique et universel, puisqu'il tourne autour de nos habitudes alimentaires et de la question du bio.

Et ce grâce à son personnage principal, Audrey, fille d'agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché de province, qui se voit promue à la centrale d’achat de son enseigne et assiste notamment à des négociations pour le moins musclées. Un protagoniste qui permet au film d'avoir un pied dans chacun des camps, et à Ana Girardot de tenir un rôle dans lequel nous ne l'aurions pas forcément imaginée avant, critère qui a beaucoup compté dans le choix d'Anthony Déchaux.

"Je trouve ce métier incroyable quand on va vers des personnages qui ne sont pas une évidence par rapport à nous"

"Moi je n'ai pas été tellement surprise quand il m'a proposé le rôle", nous dit-elle cependant. "Quand mon agent m'a appelée, il m'a dit qu'il avait entre les mains un scénario qui allait beaucoup me plaire, car c'est exactement un personnage et un rôle que je recherche depuis des années. Et dès la lecture, j'ai perçu en Audrey la combattante, la téméraire et un personnage qui m'a extrêmement touchée et beaucoup parlé. Mes amis se sont moqués de moi au début, en disant 'Ana, fille d'agriculteurs, va falloir...' Je ne sais plus ce qu'ils ont dit mais ils ne m'ont pas trouvée crédible. Sympa les amis ! (rires)"

"Mais c'est ça qui est merveilleux ! Je trouve ce métier incroyable quand on va vers des personnages qui ne sont pas forcément une évidence par rapport à nous, et qui nous permettent de découvrir un autre milieu, de travailler une posture par exemple, car j'ai beaucoup creusé l'endurance de mon personnage. Ronan et Audrey ont été élevés dans une ferme, donc dans un milieu où l'on ne s'arrête pas : quand on est fatigués, on continue de travailler. Quand c'est dur, c'est pas grave. Et ça, je voulais qu'on le ressente dans le personnage dès la première scène, que ça fasse partie de son ADN. Pour qu'à l'arrivée, on ne voie plus Ana et Julien, mais Audrey et Ronan."

Diaphana Distribution

La question de la légitimité se pose-t-elle alors, quand on incarne ce type de personnage qui résonne avec une actualité de plus en plus sombre pour les agriculteurs ? "Moi je suis Belge, et la Belgique traverse une énorme crise sur ce plan en ce moment", répond Julien Frison, interprète de Ronan. "Donc on se demande évidemment qui on est pour porter ce sujet, mais il y a toute une équipe et un scénario derrière, qu'on vient juste essayer d'incarner le mieux possible. Car mon travail c'est de mettre du concret là-dedans."

"Mais on ne peut pas être un peu touchés, à un moment, car on rencontre des humains, des hommes et des femmes. Et d'un coup, ça n'est plus des gens qui font des tas de fumier devant le supermarché, mais des gens avec qui on parle, donc on ne peut pas ne pas être en empathie." "Et si tu demandes aux fermiers chez qui on a tourné ce qu'ils pensent de nous jouant ces rôles, et de notre légitimité, ils nous répondront qu'ils sont déjà contents d'avoir des gens et des histoires qui les représentent", poursuit Ana Girardot.

"Si on commence à se poser des questions à chaque fois qu'on endosse un rôle, on souffrirait trop. Alors qu'être heureux et fier, et de vouloir faire tout ce qui est en notre pouvoir pour porter au mieux cette voix, c'est bien faire notre travail. Et on se met aussi à la place d'un spectateur : la première fois qu'on lit le scénario d'Anthony, on aime surtout un film, qui nous plaît et nous apparaît. Quand on est spectateur, on ne se demande pas si on est légitime ou à la bonne place pour voir ce film, on découvre un sujet et une histoire avec des yeux nouveaux. J'ai l'impression que c'est un peu pareil pour les comédiens."

"Le film ne vous culpabilise pas"

Et ce film, il est intense mais aussi glaçant à travers la réalité qu'il dépeint, si bien qu'il est difficile de ne pas y penser en faisant ses courses. Surtout que les avant-premières ont prouvé à l'équipe la pertinence de cette Guerre des Prix : "Au-delà des questions [lors des débats d'après-séance], il y a beaucoup de spectateurs qui témoignent", nous dit Ana Girardot. "Des gens qui viennent du milieu de l'agriculture et remercient Anthony pour la véracité de ce qu'il raconte."

"Et beaucoup de personnes qui travaillent en hypermarché ou centrale d'achat, des anciens acheteurs et même des gens qui pleurent en reconnaissant avoir fait ça aussi, parce que c'était leur travail, d'autres qui avouent avouent avoir démissionné après des négociations, car ce qu'ils venaient de faire les avait traumatisés." Premier film solide porté par des acteurs impeccables (dont un Olivier Gourmet impitoyable), La Guerre des Prix pose également la question du cinéma comme vecteur de changement des mentalités.

"J'ai l'impression que ça permet d'encore plus toucher les gens sur un sujet d'actualité", répond Ana Girardot. "Parce qu'on met l'humain au milieu de la table. Et à travers les personnages, qui vont traverser cette histoire, on perçoit la problématique autrement, et on est touchés humainement. Ensuite, on va faire ses courses dans un supermarché, on regarde son pack de quatre yaourts, bios et sous-traités par l'hypermarché qui le vend. Et même si on l'achète, on est quand même dans une conscience, à se poser des questions sur notre manière de consommer. Rien que ça, ça montre que ça a eu un impact."

Diaphana Distribution

"Et le film ne vous culpabilise pas", conclut Julien Frison. "Je continue évidemment à aller faire mes courses au supermarché de temps en temps, mais je ne me sens pas comme un être humain horrible si j'ai envie d'acheter des yaourts. Mais ça a éveillé une petite lumière en moi, et j'ai davantage conscience de ce que ça implique, quelques centimes dans un supermarché." Soyez donc prévenus : vous risquez de voir plus qu'un film en allant découvrir La Guerre des Prix.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 11 mars 2026

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