C'est l'un des plus grands films de guerre jamais réalisés... Sorti il y a 38 ans, il a pourtant été un échec cuisant en salle
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Sorti en 1988, terrible échec en salle, "La Bête de guerre" est un des rarissimes exemples d'oeuvres ayant pour sujet l'invasion soviétique en Afghanistan. Un pur chef-d'oeuvre, signé par le futur réalisateur de "Robin des bois, prince des voleurs".

Brightstar Films

On réduit trop souvent le cinéaste Kevin Reynolds au tournage en enfer que fut son Waterworld, qui a durablement plombé sa carrière, en plus de s'être fâché pour longtemps avec sa star principale, Kevin Costner. Ou encore à son formidable et plein de panache Robin des bois, prince des voleurs, énorme succès en salle, sorti en 1991.

Loin, très loin du manichéisme outrancier d'un Rambo III qui sortira la même année et qui lui porta d'ailleurs gravement préjudice, Kevin Reynolds signait dès son second film un pur chef-d'oeuvre : La Bête de guerre.

L'histoire ? Elle se déroule en 1981, deuxième année de l'invasion d'Afghanistan par l'Union Soviétique. Un escadron de chars de combat T-55 attaque un village et massacre ses habitants. Sur le chemin du retour, l'équipage de l'un des blindés mené par un commandant tyrannique et paranoïaque s'égare dans le désert afghan. Il est alors pris en chasse par des Moudjahiddins équipés d'un lance-roquettes RPG-7, qui mettent tout en œuvre pour venger les civils tués lors du massacre perpétré par les forces soviétiques...

En voici la bande-annonce...

A la recherche d'un sujet pour un futur film, il avait découvert une pièce de théâtre en deux actes écrite par l'auteur William Mastrosimone, intitulée Nanawatai. Un mot issu du dialecte pashtoun qui signifie "asile"; permettant à une personne assiégée d'entrer dans la maison de toute autre personne, y compris son ennemi, et de lui faire une demande qui ne peut être refusée, même au prix de la vie ou de la fortune de l'hôte.

Récit presque métaphysique sur la fascination de la guerre mais aussi l'horreur qu'elle porte en elle, film de guerre aux allures de western dans lequel les hommes sont perdus et engloutis dans l'immensité désertique, La Bête de guerre est un des rarissimes exemples d'oeuvres ayant pour sujet / cadre l'invasion soviétique en Afghanistan. Jusqu'alors, Hollywood se bornait avant tout à ressasser le traumatisme vécu par l'Amérique et sa guerre du Viêtnam, dont les plaies ne se sont jamais complètement refermées.

Sony Pictures

"Il n'y a pas de bon soldat dans une guerre pourrie"

Irrigué par une sublime musique hypnotique signée Mark Isham, le film est largement porté à bout de bras par un casting à l'unisson. A commencer par la sensationnelle interprétation de George Dzundza, physiquement métamorphosé (il faut se souvenir de son physique dans Voyage au bout de l'enfer dix ans plus tôt pour comprendre), sous les traits du tyrannique commandant de char Daskal, ancien enfant de la guerre finalement lui-même devenu un authentique bourreau. Là-dessus, le film possède quelques séquences d'une brutalité et d'une sauvagerie folle...

"Il n'y a pas de bon soldat dans une guerre pourrie, chef" lâche Jason Patric / Konstantin Koverchenko à son supérieur Daskal, dans un échange tendu à craquer. Et ce dernier de comprendre, à ses dépens et à sa mesure, comme bien d'autres avant lui, pourquoi l'Afghanistan est surnommé, selon une formule célèbre, "le tombeau des empires"...

Face à lui, Jason Patric trouve ici tout simplement le meilleur rôle de sa carrière, sans oublier un Steven Bauer qu'on avait pas vu aussi bon depuis son Scarface chez Brian de Palma, Stephen Baldwin, et Don Harvey alias le soldat Kaminski, qui incarne un fou de guerre et retrouvera d'ailleurs un personnage assez similaire dans un autre film du genre, Outrages, de Brian de Palma.

Sony Pictures

La Bête de guerre fut repéré à l'époque de sa sortie chez nous par un certain Christophe Gans, qui en avait écrit un article élogieux dans feu le magazine Starfix, et avait en outre réalisé la première interview de son réalisateur.

Très peu diffusé à la TV, inédit chez nous en DVD (sauf évidemment en import...), le film n'est sorti qu'en janvier 2022 en Blu-ray / DVD. Si le film est connu des cinéphiles, il reste encore un énorme travail pour évangéliser une écrasante majorité du public autour de ce chef-d'oeuvre. Si vous ne l'avez encore jamais vu, vous savez donc ce qu'il vous reste à faire.

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