"Je trouve ça terriblement triste" : il y a 36 ans, David Lean prédisait la mort d'un certain cinéma... Aujourd'hui, Steven Spielberg lui donne raison
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Décédé il y a exactement 35 ans, David Lean était un cinéaste de légende. Lors d'un hommage que lui avait rendu l'American Film Institute l'année précédant sa mort, il avait tiré le signal d'alarme sur le manque cruel d'idées nouvelles à Hollywood.

Il y a tout juste 35 ans, le 16 avril 1991, décédait l'immense réalisateur que fut David Lean, à l'âge de 83 ans. Surtout connu pour son cinéma intimiste et ses adaptations littéraires de Charles Dickens à ses débuts, rien ne prédestinait Lean au coup d'éclat magistral qu'il fit avec Le Pont de la rivière Kwai. D'autant plus que ses deux précédentes oeuvres, Chaussure à son pied et Vacances à Venise, n'avaient suscitées qu'un intérêt poli.

Certains esprits chagrins critiquèrent le virage du cinéaste, qui passa avec le Pont de la rivière Kwaï au grand cinéma d'aventure, populaire, spectaculaire, à la mise en scène ample et flamboyante. Un cinéma qu'il enchaînera avec Lawrence d'Arabie, le Docteur Jivago, La fille de Ryan ou son dernier film, La Route des Indes, qui sera quant à lui un échec commercial. Mais c'était un peu vite oublier combien David Lean était un conteur d'histoire hors pair, et que ses personnages sont souvent ambigües et absolument fascinants.

"Je trouve ça terriblement triste"

Lors d'un hommage que lui avait rendu l'American Film Institute l'année précédant sa mort, lui décernant un Life Achievement Award, Lean avait évoqué les conseils que Noël Coward lui avait prodigués lors du tournage de son premier long métrage, Ceux qui servent en mer, en 1942 : "mon ami, fais toujours en sorte de sortir d'un autre trou". Par ces mots, il encourageait en fait le réalisateur à ne pas hésiter à passer d'un genre à l'autre et à innover.

"J'ai beaucoup réfléchi à ses paroles, et il me semble que ce qu'il m'avait dit entre en contradiction avec ce que l'on voit aujourd'hui. On ne sort plus d’idées nouvelles. On ressort les parties un, deux, trois et quatre, et je trouve ça terriblement triste". Lean lâche à l'assistance que le fait de puiser si souvent dans les mêmes sources et de ressasser les mêmes histoires "allait nous mener à notre perte".

Il ajoute : "Ça ne me dérange pas pour les vieux briscards comme moi, on peut s'en sortir, mais il faut protéger nos jeunes. S'il vous plaît, vous les gars du service financier, veillez sur les jeunes : c'est grâce à ces pionniers créatifs que ce secteur continue de vivre".

"Nous allons finir par nous essouffler"

Des propos lucides, mais David Lean a prêché dans le désert... 35 ans après, c'est pire que jamais. Hollywood recycle sans vergogne, n'en finit pas de sortir des prequels et autres sequels, et ne prend plus aucun risque, en plus d'avoir massivement déserté les histoires originales.

Dans une triste ironie, c'est précisément le constat que vient, à nouveau, de lâcher Steven Spielberg, de passage à la CinemaCon à la faveur de son nouveau film, Disclosure Day. Et lorsqu'on sait en prime que David Lean est le réalisateur préféré de Spielberg, ca donne encore plus de poids à ses considérations.

Spielberg a souligné que les studios comme Universal devaient continuer à investir dans des films originaux tels que Disclosure Day, plutôt que dans des remakes, des suites et des spin-offs. "Si nous ne produisons que des œuvres de marque reconnues, nous allons finir par nous essouffler" a-t-il lâché, dans des propos rapportés par Variety. "Rien n’est plus important que d’offrir au public des récits visuels, quelle que soit leur forme, mais nous devons raconter davantage d’histoires originales". La question est : sera-t-il entendu ? Le doute est permis...

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