"Un film nul que j'ai fait pour l'argent" : Tim Roth n'est pas tendre avec ce film... qui n'a rapporté que 607 dollars aux Etats-Unis !
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

En 2015, Tim Roth était à l'affiche d'un pur film de commande, "United Passions - la légende du football", qui racontait la création de la FIFA. Un film vraiment embarrassant, qui s'est fait détruire par la critique... et les spectateurs.

Du film d'époque en costume (Rob Roy) au polar ultra violent (Reservoir Dogs) en passant par le blockbuster (L'Incroyable Hulk), Tim Roth a depuis longtemps montré qu'il était un acteur accompli et capable d'évoluer dans des registres très différents. Un grand talent et un artiste unanimement respecté et apprécié, tant au sein de la profession que de la part du public.

"Ce film est horrible, j'ai détesté le faire"

L'acteur, vu d'ailleurs tout récemment dans le solide film Peaky Blinders : l'immortel, a aussi, comme bien d'autres avant lui, son lot de rôles passablement honteux dans sa filmographie. En tout cas des rôles qui permettent de faire bouillir la marmite, surtout si c'est très bien payé.

Ce n'est pas Michael Caine qui dira le contraire, avec sa participation dans les catastrophiques Dents de la mer 4, qui lui avait quand même permis de toucher un salaire d'un million de dollars. Ni même Jeremy Irons, qui avait accepté de tourner dans un nanard de compétition dans le seul but de restaurer son château en ruine qu'il venait d'acheter en Irlande.

TF1 International

En 2015, Tim Roth était à l'affiche d'un pur film de commande, United Passions - la légende du football, qui racontait la création de la FIFA. Il n'interprétait nul autre que l'ancien président de la fédération, Sepp Blatter. L'année même de la sortie du film, Tim Roth flinguait déjà l'oeuvre à bout pourtant. Dans une interview sur Reddit (via The Guardian), il lâchait :

"Ce film est horrible. J'ai détesté le tourner ; ce n'était pas un bon film, mais j'avais de bonnes raisons de le faire. J'avais deux enfants à l'université, j'ai donc dû prendre une décision, et j'ai sans doute mal jugé la situation, mais une fois qu'on a pris une décision, il faut aller jusqu'au bout. C'est difficile de s'engager dans un projet qui ne nous tient pas à cœur, mais je suis content de l'avoir fait pour ma famille".

Un mélange louche entre Les Chariots de feu et Le Parrain

United Passions - la légende du Football s'est fait tacler au box office dans des proportions bibliques, et détient même le record du pire démarrage d'un film dans l'Histoire du box office américain. Il faut dire que sa sorti sur le territoire américain, peu de temps après que l'instance internationale de Football soit prise dans une énorme tempête judiciaire, n'a pas arrangé ses affaires...

Le 28 mai 2015, 14 personnes furent arrêtées dont sept membres de la FIFA soupçonnés de corruption. Le 2 juin, nouveau coup de tonnerre : son tout puissant patron, Sepp Blatter, surnommé le "Machiavel suisse", démissionnait de son mandat, alors qu'il venait d'être fraîchement réélu.

Produit pour 24 millions d'euros dont 90% provenaient de la FIFA, projeté dans à peine une dizaine de salles sur le territoire américain, le film n'a rapporté là-bas que... 607 $. Du jamais vu.

TF1 International

Une "embarrassante hagiographie et invraisemblable film de propagande", voire carrément une "pure merde cinématographique" écrivait le journal britannique The Guardian à propos du film, "dont la bande-annonce laissait déjà entrevoir un mélange louche entre Les Chariots de feu et Le Parrain". United Passions - la légende du Football s'est copieusement fait étriller un peu partout sur le globe.

En octobre 2014, le quotidien britannique The Independent pointait déjà que le film, lancé en juillet, n'avait ramassé que 160.000 € de recettes, soit même pas 1% de son budget. Le film n'était alors diffusé que dans sept pays, dont la Suisse, patrie de Sepp Blatter. Petit camouflet local supplémentaire : projeté dans un festival de films à Zurich en octobre 2014 dans une salle de 500 places, il n'avait attiré que 120 personnes.

En Serbie, le film n'a récolté que 2100 € de recettes; à peine plus de 5000 € au Portugal. C'est en Russie, deuxième patrie de Gérard Depardieu qui joue dans le film, et qui sera le pays hôte de la coupe du monde de football en 2018, que United Passions a le mieux marché si l'on peut dire, avec un peu plus de 114.000 € de recettes.

"Apparemment je suis quelqu'un qui réalise des films pour des gens corrompus"

Le réalisateur du film, le français Frédéric Auburtin, a lui aussi fait acte de contrition, au micro du Hollywood Reporter, pour "le gâchis d'un long métrage qui ressemble à de la propagande"; précisant qu'il voulait en fait réaliser un film à mi chemin entre "un Disney et un film de Costa-Gavras ou Michael Moore".

Le résultat est "un gâchis et apparemment je suis quelqu'un qui fait de la propagande et qui réalise des films pour des gens corrompus" avait-il déclaré. En France justement, le film n'a même pas eu droit aux honneurs d'une sortie en salle, passant directement par la case DVD et VOD.

Depuis ce film d'ailleurs, le cinéaste n'a plus rien réalisé. Il était un temps question qu'il soit aux manettes de Stars 80 : la suite, sorti en décembre 2017, mais il passera à la trappe au profit de Thomas Langmann. De là à dire que United Passions lui a jeté une malédiction...

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