De quoi ça parle ?
Bienvenue dans un New York plongé en pleine Dépression dans les années 30, avec ses ruelles sombres, ses cabarets enfumés et ses règlements de comptes qui en laissent plus d'un sur le carreau.
Spider-Noir suit Ben Reilly, un détective privé vieillissant et franchement malchanceux, qui traîne ses guêtres dans une ville qui part à vau-l'eau. Dans une autre vie, Ben était "L'Araignée", l'unique super-héros de la grosse pomme. Mais un drame personnel – le décès de la femme qu'il aimait – l'a poussé à raccrocher le masque. Et il n'avait a priori aucune intention de le reprendre.
Aaron Epstein/Amazon Prime Video
C'est sans compter sur une affaire qui va le forcer à replonger. Engagé pour enquêter sur l'incendie d'un manoir appartenant au redoutable gangster irlandais Silvermane, Ben se retrouve impliqué dans un engrenage qui le ramène à ses années de guerre, à d'anciens traumas enfouis, et surtout à la découverte que l'incendiaire possède, lui aussi, des pouvoirs surhumains.
La série, créée par Oren Uziel et Steve Lightfoot, se déploie en huit épisodes.
C'est avec qui ?
Nicolas Cage est Ben Reilly, et il faut lui rendre cette justice : le rôle lui va comme un gant. Déjà à l'aise dans la peau du personnage puisqu'il lui prêtait sa voix dans Spider-Man : New Generation (2018) puis Across the Spider-Verse (2023), il passe ici à l'incarnation physique avec un plaisir communicatif.
Son Ben Reilly – vieillissant, classe et cabotin – lorgne clairement du côté de Humphrey Bogart, et l'acteur assume ce cabotinage avec une joie évidente. On est loin du héros Marvel en collant moulant, et heureusement ! Ici, c'est un homme fatigué, cynique, qui préférerait ne pas avoir à sauver le monde mais qui ne peut pas s'en empêcher.
Face à lui, Brendan Gleeson campe Silvermane avec une sobriété magistrale. Loin du truand braillard, il tient son monde en respect juste par le regard et les sous-entendus, ce qui le rend d'autant plus inquiétant.
Lamorne Morris (New Girl) apporte une légèreté bienvenue en Joe "Robbie" Robertson, journaliste qui sait beaucoup plus de choses qu'il ne le laisse paraître, dont l'identité secrète de Ben. Le reste du casting, qui inclut notamment Jack Huston (Boardwalk Empire) en Homme de Sable et Li Jun Li (Sinners) en femme fatale façon chanteuse de cabaret, complète un ensemble d'une belle tenue.
Aaron Epstein/Amazon Prime Video
Ça vaut le coup d'œil ?
La réponse courte : oui, franchement. La réponse longue : Spider-Noir est sans doute ce qui est arrivé de mieux à la franchise Spider-Man depuis des années quand on pense aux récents naufrages que furent Morbius, Kraven the Hunter ou encore Madame Web. Là où ces productions cherchaient à singer le modèle Marvel Studios sans en avoir ni les moyens ni la vision, Spider-Noir choisit l'audace en prenant un vrai contre-pied.
Adieu le Spider-Man sautillant d'immeuble en immeuble – même si on y a droit dès la scène d'ouverture – ou les déclinaisons sans saveur issues de son univers... On a affaire ici à un vrai film noir des années 40, avec ses dialogues ciselés, sa photographie sophistiquée et ses personnages aux motivations troubles.
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Entre Sin City et Le Faucon Maltais
Les cinéphiles seront aux anges. La série multiplie les clins d'œil aux classiques du genre. On reconnaît l'influence du Faucon Maltais de John Huston et du Grand Sommeil d'Howard Hawks dans la construction des scènes et l'écriture des dialogues, sans jamais tomber dans le simple exercice de style. La bande originale, qui convoque des standards de jazz réarrangés avec élégance, achève de planter le décor.
Mention spéciale à la question du format : la série est proposée en deux versions, couleurs et noir et blanc, et le choix est loin d'être anodin. La version colorée a son charme propre – un technicolor presque exagéré avec un côté roman graphique pulp assumé. Mais c'est clairement la version noir et blanc qu'il faut privilégier. Elle tire pleinement parti de la photographie particulièrement soignée de la série.
On pense évidemment à Sin City de Miller et Rodriguez, avec un contraste moins appuyé, mais c'est un choix qui renforce l'atmosphère poisseuse de chaque scène et donne à l'ensemble une vraie cohérence visuelle. Si vous ne devez faire qu'un seul choix avant de lancer le premier épisode, c'est celui-là.
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Un Spider-Man qui n'en a presque pas l'air
Ce qui surprend le plus dans Spider-Noir, c'est la confiance que la série place dans son récit et ses personnages plutôt que dans ses effets spéciaux. Ben remet son masque avec parcimonie – la série ne déborde pas de scènes d'action avec une débauche d'effets spéciaux – et c'est tant mieux. Chaque apparition de "L'Araignée" en devient d'autant plus efficace. Nicolas Cage est, pour ainsi dire, le meilleur effet spécial de la série, et Spider-Noir a l'intelligence de s'en rendre compte.
Quelques fausses notes existent, notamment au niveau du rythme. Mais ces accrocs sont rares et ne remettent pas en cause l'ensemble. Après trois épisodes, Spider-Noir s'impose comme une proposition réellement singulière dans le paysage des séries de super-héros : adulte, stylée, portée par un casting solide, et suffisamment différente de tout ce qu'on connaît pour qu'on ait envie de la suivre jusqu'au bout.
Spider-Noir est disponible en intégralité sur Prime Video.
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