Disparu en 2006 à l'âge de 89 ans, le réalisateur Richard Fleischer fut un des plus solides artisans d'Hollywood. S'il a hélas terminé sa carrière sur des oeuvres anecdotiques, voire carrément oubliables et mauvaises, on retient heureusement de lui des films mémorables, et même des chefs-d'oeuvres : 20.000 lieues sous les mers; le splendide Les Vikings, classique absolu du film d'aventure. Le Génie du mal, extraordinaire plaidoyer contre la peine de mort. Le Voyage fantastique, grand classique de la SF. Soleil vert, autre pépite SF d'un atroce pessimisme...
Tony Curtis, extraordinaire dans son rôle à contre-emploi
En 1968, il signait un fabuleux thriller basé sur une histoire vraie, dans un style proche du documentaire : L'étrangleur de Boston. L'histoire ? Elle se déroule à Boston donc, au début des années 1960. Deux femmes sont retrouvées étranglées à leur domicile à quelques jours d’intervalle. Au cours des deux années suivantes, plus d’une dizaine d’autres femmes sont assassinées dans des circonstances similaires, distillant un sentiment d’insécurité et une paranoïa sans précédent dans toute la ville. l'inspecteur John S. Bottomly est désigné pour prendre l’affaire en main…
D'une audace et inventivité formelle stupéfiante pour l'époque (c'est le premier film à adopter la technique dite du split-screen ou image multiple, ce qui affola les producteurs qui craignaient de perdre l'attention du public), mise en scène avec une rigueur quasi documentaire, L'Etrangleur de Boston vaut aussi pour l'immense composition de son interprète principal, Tony Curtis, sous les traits de cet authentique tueur en série. Il sera d'ailleurs cité au Golden Globe du Meilleur acteur pour sa performance.
Richard Fleischer eut pourtant le plus grand mal à convaincre les producteurs de s'attacher les services du comédien, qui traînait une image d'éternel séducteur beaucoup trop gentil avec les rôles qui firent sa gloire à Hollywood. Le cinéaste contacta donc Tony Curtis, et lui demanda de prendre une photo maquillé en "Etrangleur de Boston" (avec une bosse sur le nez) et habillé de vêtements défraîchis. Devant le résultat, saisissant de réalisme, Richard Fleischer montra le cliché à Richard D. Zanuck, lui demandant son avis sur "ce type". Réaction du producteur : "Fantastique ! Il est parfait pour le rôle, mais est-ce qu'il sait jouer ?..."
Un chef-d'oeuvre sorti il y a 58 ans, et pas une seule ride ! A voir (ou revoir !) sur Prime Video.