C'est la sortie cinéma parfaite pour l'été : entre thriller, film de camping et d'adolescents, c'est quoi La Chaleur ?
Partager cet article

Écrit et réalisé par Stéphane Demoustier, "La Chaleur" adepte le premier roman d'un jeune auteur, Victor Jestin, sur l'histoire d'un adolescent qui enterre le corps d'un autre vacancier sous le sable de la plage. Rencontre avec le réalisateur.

Derrière La Chaleur, il y a d'abord un jeune écrivain, Victor Jestin qui, en 2019, publiait ce premier roman à l'âge de 25 ans. Il y raconte le dernier jour d'un adolescent dans un camping des Landes après sa rencontre avec Oscar, un jeune homme ivre trouvant la mort en s'étranglant avec les cordes d'une balançoire. Plutôt que d'appeler les secours, le héros enterre le corps d'Oscar sous le sable de la plage.

Six ans plus tard, c'est après une période de canicule historique que les cinémas français accueillent l'adaptation filmique par Stéphane Demoustier, réalisateur familier au personnage d'adolescent trouble - il avait signé, en 2020, La Fille au bracelet.

La Chaleur
La Chaleur
Sortie : 8 juillet 2026 | 1h 33min
De Stéphane Demoustier
Avec Hadrien Hussein, Tristan Richard, Martina La Manna
Presse
3,6
Spectateurs
3,2
Séances (270)

AlloCiné : Qu'est-ce qui vous a donné envie d'adapter le livre de Victor Jestin ?

Stéphane Demoustier, scénariste et réalisateur : C'est Victor qui me l'avait envoyé juste après l'avoir écrit. Dès la lecture, j'ai eu le sentiment qu'il y avait là un film. Son écriture est très cinématographique, très sensorielle, avec une vraie dramaturgie. Et puis ce personnage d'adolescent empêché, introverti, m'intéressait énormément. On voit souvent au cinéma des adolescents volubiles. Là, c'était une autre manière d'être adolescent, qui me semblait pourtant très universelle. À cet âge-là, on a souvent l'impression d'être à côté de la plaque, de ne pas être comme les autres.

À l'époque, je n'avais pas réussi à obtenir les droits, qui étaient partis en Italie. Ils me sont revenus bien plus tard, au moment où je venais de terminer L’Inconnu de la Grande Arche. C'était le moment idéal. J’avais envie d'un film contemporain, centré sur des jeunes, sur une période très courte, avec moins de moyens. Cette économie de production apportait aussi une souplesse et une intimité qui correspondaient parfaitement au projet.

Dans le livre, la mort de l’adolescent est provoquée de façon très différente : il s’étrangle avec les cordes d’une balançoire. Pourquoi avoir modifié ce détail important ici ?

Dans le livre, cette séquence fonctionne très bien grâce à la dimension mentale propre au roman. Mais au cinéma, j'avais besoin que le spectateur comprenne immédiatement les raisons qui poussent le personnage à agir. Je ne voulais pas qu'il soit perçu d'emblée comme quelqu'un de profondément inquiétant.

Dans le film, Oscar meurt accidentellement. La culpabilité de Marouane ne vient donc pas du fait de l'avoir tué, mais d'avoir choisi de cacher le corps. Ce qui m'importait, c'était que le spectateur comprenne son raisonnement, même s'il n'approuve pas son geste.

Peut-on considérer que La Chaleur est un film de genre ?

Je ne suis pas un fétichiste du cinéma de genre, mais je m'appuie volontiers sur ses codes. Ici, je joue avec ceux du film d'adolescents, du film de camping, du thriller, du faux coupable… Tout cela structure le récit et offre des repères au spectateur. Ensuite, ce qui m'intéresse, c'est d'y insuffler une matière plus ambiguë, plus sensible, qui interroge.

Petit Film

Aviez-vous des références particulières pour ce film d'été ?

Pas vraiment des films d'été. On a parfois évoqué Rohmer, notamment pour sa manière de filmer les plages et les foules dans Le Rayon vert. Mais mes principales références étaient plutôt les portraits d'adolescents de Gus Van Sant, comme Paranoid Park, Elephant ou Last Days. J'aime beaucoup sa façon de filmer des adolescents silencieux, mystérieux, avec une vie intérieure très riche.

Vous citez Gus Van Sant. Il y a, par ailleurs, une certaine dimension homoérotique dans la manière dont Marouane repense à Oscar.

Oui, complètement. Ce ne sont pas des rêves mais des images mentales de Marouane. Dès lors qu'on filme l'adolescence, on filme aussi un âge où les désirs sont en pleine ébullition. Il me semblait naturel que ces visions portent également cette dimension érotique. Le film est traversé par cette proximité entre Éros et Thanatos. Le désir et la mort s'y répondent constamment.

J'ai construit tout le casting de cette manière, en partant de ce que chacun est réellement.

Comment avez-vous choisi Hadrien Hussein pour incarner Marouane ?

J'ai rencontré énormément de jeunes avant de penser à Hadrien que je connaissais par l'intermédiaire de ma femme. Ce qui m'a frappé chez lui, c'est qu'il est à la fois timide et audacieux. Il dégage une vraie grâce, une profondeur, mais sans en avoir pleinement conscience, comme beaucoup d'adolescents.

Je ne voulais pas un acteur qui joue un adolescent timide ; je voulais un adolescent réellement timide. J'ai construit tout le casting de cette manière, en partant de ce que chacun est réellement.

Il y a un détail très important pour comprendre son personnage : le combo claquettes-chaussettes…

C'était mon idée, mais elle est née de lui. Lors du casting, il portait déjà des claquettes avec des chaussettes. Je lui ai simplement dit qu'il les garderait dans le film. Tous les jeunes portent d'ailleurs essentiellement leurs propres vêtements. Je trouve que cela raconte quelque chose du personnage : une forme d'intranquillité, de protection, presque un camouflage. Comme son t-shirt qu'il ne retire jamais, cela traduit sa difficulté à s'exposer.

La scène où Marouane s'abandonne dans l'océan est particulièrement marquante.

C'est ma scène préférée. C'est un seul plan que nous ne pouvions tourner qu'une seule fois, puisque son t-shirt et ses cheveux étaient ensuite mouillés. Il y a dans cette scène quelque chose de profondément tragique. Marouane s'abandonne complètement aux éléments. Il est seul face à la mer. Dès le tournage, j'ai senti que c'était un moment très fort.

Petit Film

Combien de temps dure un tournage comme celui-ci ?

Seulement 21 jours. Nous avons tourné entre la mi-août et la fin septembre dans les Landes, mais en réalité nous sommes restés beaucoup plus longtemps sur place car nous ne tournions que lorsqu'il faisait beau. Nous avons énormément regardé la pluie tomber en attendant les éclaircies. Nous organisions le tournage en fonction du soleil, des marées et de la météo.

C’est ironique que la sortie de ce film coïncide avec une canicule qui a assommé tout le pays.

On pourrait croire qu'on a lancé une campagne de publicité en provoquant une canicule ! Le film s'appelle La Chaleur, alors forcément cela crée un écho. Et puis, quand il fait très chaud, on est souvent contents d'aller au cinéma.

Propos recueillis par Thomas Desroches, à Biarritz, le 27 juin 2026

La Chaleur est actuellement en salle

Thomas Desroches
Thomas Desroches
-Journaliste
Les yeux rivés sur l’écran et la tête dans les magazines, Thomas Desroches se nourrit de films en tout genre dès son plus jeune âge. Il aime le cinéma transgressif, queer, horrifique et les documentaires engagés.