"Je cherche à m'appuyer sur mon expérience passée, mais aussi me lancer des défis et tenter de montrer au public quelque chose d'inédit", nous dit Christopher Nolan lorsque nous le rencontrons à Paris pour évoquer L'Odyssée, son treizième long métrage et l'adaptation du poème épique d'Homère, qui raconte le long retour d'Ulysse vers son île d'Ithaque après la Guerre de Troie.
Un récit qui, s'il contient des thèmes et éléments récurrents de l'oeuvre du réalisateur d'Inception et Oppenheimer (vengeance, subjectivité, obsession, un protagoniste qui cherche à rentrer chez lui...), lui permet aussi de s'aventurer sur un versant plus ouvertement fantastique et mythologique.
A tel point qu'il nous semble évident que cet aspect a représenté le plus gros des défis pour le réalisateur anglais, ce que le principal intéressé nous confirme. Et parmi les scènes qui illustrent au mieux cette incursion du cinéaste dans le fantastique, il est quasi-impossible de ne pas immédiatement penser à celle du Cyclope, l'une des plus flippantes de la carrière de son auteur, teasée dans la bande-annonce et qui fonctionne parfaitement sur grand écran.
"Nous avons utilisé toutes les techniques à notre disposition"
Connaissant Christopher Nolan et son envie d'être le plus réaliste possible, on se demande forcément de quelle manière il est parvenu à donner naissance à cette créature : "Nous avons utilisé toutes les techniques à notre disposition", nous explique-t-il. "Des animatroniques aux marionnettes, en passant par la perspective forcée et les images de synthèse. Avec, pour idée centrale dans le cas du Cyclope, que tout repose sur la performance."
"J'ai ainsi fait appel à mon ami Bill Irwin qui, sur Interstellar, n'a pas seulement prêté sa voix à TARS mais également tiré les ficelles pour animer le robot d'un bout à l'autre du tournage, y compris dans l'eau, jusqu'aux genoux, en Islande. Je l'ai de nouveau engagé pour que nous définissions ensemble le personnage du Cyclope, en plus d'établir la manière dont nous allions le concevoir et l'animer, donc il a travaillé sur le film pendant plusieurs mois."
Warner Bros. Pictures
"Sur cette scène et toutes les autres, à travers tous les trucages que nous avons utilisés, je cherchais surtout à appliquer la leçon des films de mon ami Guillermo del Toro, qui a toujours clairement établi que le monstre n'est pas que cela. Donc si nous parvenions à approcher ces créatures fantastiques comme des individus et des choses réelles, et leur accorder ce respect, cela leur donnerait du poids et du sens."
A l'écran, cela fonctionne plus que bien. Et on imagine que sur le tournage, face à ce monstre et dans les lieux choisis par Christopher Nolan et son équipe, ça devait être quelque chose : "C'était tellement inspirant d'être dans la grotte de Zeus, en Grèce", nous confirme Matt Damon, interprète d'Ulysse. "De grimper là-haut, d'entrer et de se retrouver face à cette marionnette de plus de dix-huit mètres de haut avec laquelle nous pouvions interagir. Et, de son côté, le génial Bill Irwin et son équipe avaient construit une version miniature de la grotte."
"Il y avait une vraie créature avec laquelle vous pouviez interagir"
"Quand on est acteur, c'est une bénédiction que de pouvoir bénéficier de ces effets pratiques au lieu de jouer face à une balle de tennis suspendue. Là, il y avait une vraie créature avec laquelle vous pouviez interagir. Toutes les installations qui ont été nécessaires, dans cette vraie grotte, pour maintenir et animer cette marionnette, c'était juste incroyable." Si la séquence vous paraît aussi impressionnante et tangible à l'écran, c'est peut-être parce qu'elle l'était aussi sur le plateau de L'Odyssée.
Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 9 juillet 2026