Christopher Nolan a durablement et profondément imprimé sa marque dans le genre de la science-fiction avec un film comme Interstellar. Une oeuvre louée d'ailleurs par la communauté scientifique, dont l'astrophysicien américain Kip Thorne, qui a officié en tant que consultant sur ce film qui a même fait progressé la science. Si si.
Pour autant, Nolan limite fortement, dans son quotidien, sa dépendance à la technologie. A un point que peu de personnes soupçonnent, dans une société et un monde désormais ultra connecté, partout, tout le temps.
Christopher Nolan, un luddite des temps modernes
Il n'utilise pas de smartphone. Et n'a même pas d'adresse mail. Vous avez bien lu. "Je suis facilement distrait, donc je n'ai pas vraiment envie d'avoir accès à Internet à chaque fois que je m'ennuie" déclarait-il au micro du magazine People, en 2020. "Mon choix personnel dépend de mon implication. Il s’agit du niveau de distraction. Si j'écris mes propres scripts, rester sur un smartphone toute la journée ne me serait pas très utile".
En fait, il se définit même comme un luddite. Késako ? Les luddites étaient des ouvriers britanniques qui protestaient contre la mécanisation de l'industrie textile pendant la révolution industrielle, au XIXe siècle. Par extension aujourd'hui, le terme "luddisme" est parfois utilisé pour désigner ceux qui s'opposent aux nouvelles technologies ou critiquent celles-ci.
Dans cette logique, plutôt que de transmettre numériquement les scripts à ses acteurs par mail, Nolan les rencontre en personne. Il s'est d'ailleurs rendu en Irlande pour remettre en main propre à Cillian Murphy le scénario d'Oppenheimer, et a attendu qu'il ait fini de le lire.
De même, Christopher Nolan utilise deux ordinateurs lorsqu'il écrit. Le premier, qu'il utilise pour écrire ses scripts, est totalement déconnecté d'internet. Utile aussi pour éviter un risque de piratage... Tandis qu'il n'utilise le second que pour faire des recherches. "Il n’utilise pas Internet sur l’ordinateur sur lequel il écrit des scripts, il n’y a donc aucun risque qu’il se laisse distraire [...]. Pour moi, c'est juste l'état d'esprit d'une éthique de travail extrêmement rigoureuse" a d'ailleurs commenté sa femme, Emma Thomas.
"Ils ont envoyé un assistant de production en Allemagne avec le scénario en main"
C'est à l'aune de cette toile de fond, un poil névrotique quand même avec cette crainte de fuites, que Matt Damon a justement raconté tout récemment dans le podcast The Rich Eisen Show comment il a eu entre les mains le script d'Interstellar.
"Il est très secret en ce qui concerne les scénarios. Quand ils m’ont contacté, je tournais un film en Allemagne avec George Clooney, intitulé The Monuments Men. Nous étions dans la campagne allemande. Ils m’ont dit : “Chris Nolan a un rôle pour toi dans un film qu’il réalise”. Et j’ai répondu : “Je peux lire le scénario ?” Et ils m’ont répondu : “Bien sûr".
Ils ont envoyé un assistant de production en Allemagne avec le scénario en main, car ils ne voulaient pas l’envoyer par la poste. Ce jeune homme est donc arrivé à 21 heures et m’a dit : “Voici le scénario".
"J’ai dit : “Bon, j’ai un tournage à 5 heures du matin. Je vais me coucher tout de suite". Il m’a répondu : “Oh”, comme si ça ne lui était pas venu à l’esprit. Et je lui ai demandé : “Tu dois rester ici ?” Et il m’a répondu : “Oui. Je ne peux pas laisser le scénario".
Je lui ai dit : “Ah, d’accord. Bon, je serai rentré demain soir à 18 heures. Je m’assiérai tout de suite pour lire le scénario à ce moment-là, mais je ne peux pas le lire avant, parce que je dois vraiment aller travailler demain matin". Il s’est avéré que ce gamin n’était jamais sorti du pays. Il a passé une journée formidable. Il a sillonné la campagne allemande".
Mais bon, ce qu’il faut retenir de cette histoire, c’est que lorsque j’ai enfin lu le scénario le lendemain, j’ai eu cette réaction parce que mes enfants étaient petits. J’étais loin d’eux cette semaine-là, puisque j’étais en Allemagne, et j’étais en larmes en lisant ce scénario. Je n’avais jamais réagi ainsi face à un scénario".