Lorsque Russell Crowe est monté sur la scène des Oscars pour recevoir la statuette du “Meilleur acteur” grâce à son interprétation magistrale de Maximus dans Gladiator, il avait probablement du mal à en croire ses yeux.
Ce soir-là, la fresque épique de Ridley Scott a triomphé en remportant cinq Oscars, tout en étant nommée dans sept autres catégories. Pourtant, quelques années plus tôt, pendant le tournage, Crowe était persuadé que le film risquait de tourner au désastre. Il était même allé jusqu’à qualifier l’un de ses aspects de “navet absolu”.
Un projet auquel Russell Crowe ne croyait pas
L’acteur n’était sans doute pas le seul membre de l’équipe à avoir été surpris par le succès retentissant de Gladiator. Comme le rappelle Far Out Magazine, lorsque DreamWorks a acquis le scénario de Daniel Franzoni, les grandes fresques historiques traversaient une période creuse à Hollywood. De son côté, Ridley Scott n’avait plus connu de véritable succès depuis Thelma et Louise, sorti en 1991.
Durant les années 1990, le cinéaste avait notamment essuyé deux revers avec 1492 : Christophe Colomb et Lame de fond, qui n’avaient rapporté qu’une fraction de leur budget au box-office. Dans ces conditions, la réussite de Gladiator était loin d’être garantie. Les films historiques à gros budget avaient largement perdu la faveur du public, faisant de ce projet une entreprise particulièrement risquée pour un réalisateur qui tentait de relancer un genre considéré par beaucoup comme épuisé.
Plus problématique encore : la vedette du film trouvait le scénario franchement mauvais. En 2023, Russell Crowe déclarait ainsi à Vanity Fair : “Au cœur de notre projet se trouvait une excellente idée, mais le scénario était nul. Un navet absolu.”
L’acteur s’était notamment opposé aux séquences montrant des gladiateurs combattre dans le Colisée avec des sponsors affichés sur leurs armures. Il jugeait cette idée ridicule et restait inflexible, même lorsqu’on lui assurait qu’elle était historiquement exacte. Il avait alors rétorqué : “C’est vrai, mais ça ne passera pas auprès du public moderne. Ils vont se dire : ‘Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?’”
Un scénario réécrit en plein tournage
Le mécontentement de Russell Crowe était tel qu’au début du tournage, Ridley Scott et lui ne se seraient accordés que sur 21 pages du scénario. Sachant qu’un script en compte généralement entre 100 et 110, cela donne une idée de l’ampleur du travail de réécriture initialement confié à John Logan. Un troisième scénariste, William Nicholson, est ensuite intervenu afin de rendre Maximus plus attachant.
Comme Crowe l’a lui-même admis : “On a quasiment épuisé toutes ces pages dès la première partie du film. Du coup, quand on est arrivés à notre deuxième lieu de tournage, au Maroc, on était un peu à la traîne.”
Ridley Scott a également confié à Nicole LaPorte, auteure de The Men Who Would Be King, que ces réécritures incessantes exaspéraient de plus en plus son acteur principal à mesure que la production avançait. “Russell recevait ses répliques tellement tard qu’il était vraiment agacé”, a-t-il avoué. “Du coup, quand on est aussi irrité, il est furieux contre tout ce qui arrive.”
La frustration de Russell Crowe était si grande qu’il n’a même pas immédiatement perçu la puissance de l’une des scènes les plus célèbres du film. Lorsqu’on lui a présenté le discours désormais iconique de Maximus, “Je me vengerai, dans cette vie ou dans l’autre”, il l’a trouvé excessif et totalement invraisemblable.
DreamWorks Distribution
Ridley Scott, en revanche, était convaincu qu’il s’agissait d’un moment essentiel du film. Le réalisateur a d’abord laissé Crowe tourner la scène comme il l’entendait. Mais cette première tentative ne fonctionnant pas, il a proposé à l’acteur de reprendre le discours tel qu’il avait été écrit. Celui-ci a alors haussé les épaules avant de lancer : “Bon, autant essayer.” La suite appartient à l’Histoire.
Se lancer dans une production aussi ambitieuse que Gladiator sans disposer d’un scénario finalisé constituait assurément un pari risqué. Russell Crowe l’a d’ailleurs résumé sans détour auprès de la BBC : “C’est la façon la plus stupide de faire un film.”
Contre toute attente, la fresque de Ridley Scott a pourtant surmonté les réécritures permanentes, les désaccords créatifs et la disparition tragique d’Oliver Reed pendant le tournage. À sa sortie, Gladiator s’est imposé comme un immense succès et un classique moderne, offrant au passage à Russell Crowe le prestigieux Oscar du meilleur acteur.
Avec le recul, le film reste ainsi l’un des exemples les plus frappants de chef-d’œuvre né dans le chaos. Malgré un scénario inachevé et une production particulièrement mouvementée, l’engagement de ses artisans a transformé un projet auquel son propre acteur principal ne croyait guère en l’une des œuvres les plus marquantes de son époque.
Gladiator est à revoir sur Prime Video.
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