Aujourd’hui considéré comme l’un des sommets de la filmographie de Jean Gabin, Le Jour se lève n’a pas immédiatement rencontré la reconnaissance qui l’attendait. À sa sortie en 1939, le long-métrage de Marcel Carné s’est même soldé par un échec commercial retentissant.
Jean Gabin y prête ses traits à François, un ouvrier sableur qui vient de tuer un homme nommé Valentin. Retranché dans son appartement tandis que les policiers encerclent l’immeuble, il se remémore les événements qui l’ont conduit à commettre l’irréparable.
Un récit sombre à la construction audacieuse
Le film repose ainsi en grande partie sur une succession de retours en arrière, à une époque où cette construction narrative était encore inhabituelle pour le public. Le Jour se lève précède d’ailleurs Citizen Kane, auquel on attribue parfois, à tort, l’invention du flashback au cinéma.
À cette narration déroutante pour une partie des spectateurs s’ajoutait la profonde noirceur de l’œuvre. Sorti en juin 1939, environ trois mois avant l’entrée de la France dans la Seconde Guerre mondiale, le film fut interdit aux moins de 16 ans en raison de son caractère “démoralisant”. En décembre de la même année, il fut même totalement interdit.
“Alors on l’a fait trop tôt, c’est tout…”
Plus de trente ans après cet accueil difficile, Jean Gabin n’avait rien oublié de cette déconvenue. En 1970, interrogé sur le tournage du film La Horse de Pierre Granier-Deferre, le comédien revenait avec une grande lucidité sur le destin paradoxal du long-métrage.
“J’ai fait un film juste avant la guerre qui maintenant passe pour un grand classique du cinéma et qui à l’époque a été un bide noir : ça s’appelait Le Jour se lève. Le Jour se lève n’a pas marché. Parce qu’il y avait des retours en arrière, des flashbacks, les gens n’aimaient pas ça. Et maintenant, les gens disent que c’est un des classiques du cinéma. Alors on l’a fait trop tôt, c’est tout…”
Les Films Vog
Un échec devenu monument du cinéma français
Le temps aura donc donné raison à Jean Gabin, mais aussi à Marcel Carné. Cité dans la biographie de l’acteur écrite par André Brunelin, le cinéaste avait très tôt pressenti que son film lui survivrait.
Le Jour se lève occupe désormais une place majeure dans le cinéma français des années 1930. Il côtoie ainsi d’autres œuvres emblématiques portées par Jean Gabin, parmi lesquelles Pépé le Moko, La Grande Illusion, Le Quai des brumes et La Bête humaine. Autant de classiques qui ont définitivement installé le comédien parmi les figures les plus importantes du septième art français.
Le Jour se lève est aujourd’hui à retrouver en VOD.
AlloCiné, c’est tous les jours plus de 40 articles traitant de l’actualité du cinéma et des séries, des interviews, des recommandations streaming, des anecdotes insolites et cinéphiles sur vos films et vos séries préférés. Vous abonner à AlloCiné sur Google Discover, c’est l’assurance d’explorer au quotidien les richesses d’un site conçu par des passionnés pour des passionnés.