"C'est à la fois fascinant et exaspérant au possible" : Stanley Kubrick vu par Sidney Pollack sur le tournage d'Eyes Wide Shut
par Olivier Pallaruelo
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En 2005, six ans après le décès de Kubrick, le réalisateur Sydney Pollack, qui avait justement fait l'acteur dans l'ultime film du cinéaste, "Eyes Wide Shut", livrait ses impressions sur le maître. Une expérience "aussi fascinante qu'exaspérante".

Disparu à l'âge de 70 ans, Stanley Kubrick n'a signé que treize longs métrages en cinquante ans de carrière. Du mélodrame (Eyes Wide Shut) à la science-fiction (2001 : L’odyssée de l’espace) en passant par l’horreur (Shining), de la comédie (Docteur Folamour) au film de guerre (Les Sentiers de la gloire et Full Metal Jacket) ou d'époque (Barry Lyndon), Stanley Kubrick a offert à chaque genre un incontestable joyau du Septième Art.

On peut volontiers rajouter à cette courte mais brillante filmographie le genre du Péplum avec un classique absolu du genre : Spartacus. Pourtant, le maître ne fut pas satisfait de ce film. Tellement en fait qu'il l'a même renié, parce qu'il n'avait presque aucun contrôle sur cette production dont il ne fut absolument pas à l'origine.

"Plus vous avez de contrôle, plus vous évitez que les autres vous empêchent de faire ce qu'il faut"

Une expérience et une frustration qui pèseront très lourd sur la suite de sa carrière, tant Kubrick fut justement notoirement connu comme l'un des cinéastes les plus exigeants, tenant à contrôler absolument tout, jusqu'au moindre détail.

"Au cinéma, il est certain que plus vous avez de contrôle, plus vous évitez que les autres vous empêchent de faire ce qu'il faut" expliquait Kubrick au journaliste Michel Ciment, venu l'interviewer à l'époque de Shining. Ajoutant : "Ce n'est pas une garantie que vous ferez effectivement ce qu'il faut, mais cela empêche les autres de vous faire perdre l'équilibre".

Les exemples illustrant ce contrôle absolu sont largement documentés, comme sur Shining, avec les 148 prises effectuées pour une scène, sans même parler des 127 prises effectuées par l'actrice Shelley Duvall pour une autre scène; la fameuse séquence de l'escalier.

En 2005, le bien regretté Sydney Pollack, a ainsi raconté sa propre expérience avec le maître. Une expérience un peu particulière d'ailleurs. Non pas en tant que réalisateur, mais acteur : il remplaçait en fait le personnage que devait jouer Harvey Keitel sur le film Eyes Wide Shut; l'ultime oeuvre du maître.

"C'était à la fois fascinant et exaspérant au possible"

"La chose essentielle que j'ai retenu à propos de Kubrick, c'est son obsession absolue pour le moindre détail, même s'il est infime, et son incapacité à dire qu'il avait terminé, jusqu'à ce qu'il obtienne exactement et précisément ce qu'il souhaitait. Quel que soit le nombre de prises. Ce n'est pas une légende vous savez. Il est très courant de faire 75 prise sur un film de Kubrick, ou 80, ou plus !

Je ne crois pas avoir dépassé en ce qui me concerne la vingtaine de prises dans ma carrière, et lorsque j'arrive à un tel nombre, c'est déjà pour moi une tragédie. Déjà, si j'en fait cinq ou six, je commence à être nerveux ! [...] C'était à la fois fascinant et exaspérant au possible.

Je me suis même retrouvé à lui dire à un moment: "écoutes Stanley, je ne pourrais pas faire mieux, je ne ne suis pas un acteur professionnel !" Pour être totalement honnête avec vous, je n'ai pas eu autant de prises à faire que Tom [Cruise], mais je devais malgré tout être présent dans la scène où Tom a multiplié les prises".

Pollack cite la philosophie du réalisateur lors du tournage de Full Metal Jacket, où Kubrick avait répondu à l'acteur Matthew Modine : "Le réel c'est bien, l'intéressant c'est mieux" : pour Pollack, les films de Kubrick ne cherchent pas à être strictement réels, mais plutôt surréalistes et hypnotiques; privilégiant toujours l'intensité dramatique à un simple réalisme conventionnel. Une intensité dramatique puisée, donc, au plus profond chez les talents qui sont venus irriguer ses films, au prix parfois de (très) grandes douleurs...

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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