Mélodie en sous-sol sur France 3 : Alain Delon sans cachet face à Jean Gabin, le pari financier insensé derrière le succès de ce chef-d'oeuvre
par Olivier Pallaruelo
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"Mélodie en sous-sol" fut la première collaboration mythique entre Jean Gabin et Alain Delon. Ce dernier, alors âgé de 27 ans, était alors rongé par le trac à l'idée de travailler avec cette légende absolu du cinéma français...

Cipra Films

Sorti en 1963 sous la réalisation d'Henri Verneuil, d'après un roman de John Trinian adapté par Albert Simonin et rythmé par les dialogues de Michel Audiard, le polar en noir et blanc Mélodie en sous-sol s'impose comme un sommet du film de casse, tout en scellant le premier face-à-face cinématographique entre le monstre sacré Jean Gabin et l'étoile montante Alain Delon.

Porté par ce braquage millimétré, ses scènes d'anthologie dans les conduits d'aération ou la piscine, le film réunit plus de 3,5 millions de spectateurs, triompha au Japon, et s'offrit même une projection privée à l'Élysée pour le général de Gaulle.

Alain Delon met hors-jeu Jean-Louis Trintignant

Pour le jeune comédien alors âgé de 27 ans, ce long-métrage constitua un tournant artistique capital rendu possible par une implication personnelle et financière importante. Fervent admirateur de son aîné et résolu à décrocher le rôle du cambrioleur Francis, Delon négocia directement avec le producteur Jacques Bar afin d'écarter Jean-Louis Trintignant, initialement engagé pour le projet.

Delon pris alors l'initiative audacieuse de rembourser lui-même l'indemnité de dédit de son confrère, et consenti à tourner sans cachet fixe en échange des droits d'exploitation sur certains territoires internationaux, dont le Japon que la MGM croyait peu lucratif pour Gabin. Ce coup de poker magistral lui rapporta 125.000 dollars, grâce à la notoriété acquise avec Plein soleil.

Cipra Films

Entre respect hiérarchique et complicité

"J’ai toujours été amoureux et respectueux des hiérarchies de ce métier" précisera Delon, cité dans l'ouvrage "Alain Delon : un destin français", publié en 2024 et écrit par l'historien du cinéma Philippe Durant. "Le simple fait qu’un homme comme Jean Gabin se soit levé pour me dire “Bonjour monsieur” et me serrer la main m’a laissé pétrifié sur place. D’autant que j’en avais plein la vue de cet homme qui, l’année de ma naissance, avait déjà tourné Pépé le Moko".

Durant le tournage, Delon respecta avec tact la règle d'or consistant à ne jamais déranger "le Vieux", surnom affectueux donné à Gabin; nourrissant un rituel quotidien fait d'un respectueux "Bonjour monsieur" en écho au paternel "Bonjour môme" de son aîné. Cette complicité se mua en une estime sincère lorsque Gabin créa la surprise en assistant à la fête organisée à La Napoule par Romy Schneider pour les 27 ans de Delon.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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