"Je voudrais bien le retrouver dans ma vie..." : 3 ans après le décès de Bourvil, Louis de Funès se souvenait avec grande émotion de son complice
par Olivier Pallaruelo
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De la complicité devant la caméra à une profonde estime mutuelle, découvrez comment les archives de l'INA révèlent l'amitié sincère unissant Louis de Funès et Bourvil, un duo de géants qui a marqué à jamais l'histoire du cinéma français.

"C'est reposant de jouer avec André. Et en plus, il est charmant, toujours de bonne humeur. Quelle chance d'avoir ce caractère ! J'aimerai bien qu'il m'en cède une partie, je serai plus aimable". C'est en ces termes pleins d'estime et d'affection que Louis de Funès parlait de l'inoubliable Bourvil. Des compliments parmi de nombreux autres en réalité.

Ce pur autodidacte fut un acteur "qui a incarné, dans presque tous les films qu'il a joué, presque tous les personnages qu'il a joué, au fond la même histoire. Quel que soit son rang, quelle que soit sa place sociale, dès l'instant où on se comporte correctement, on est porteur d'une part d'humanité", comme le racontait Dominique Raimbourg, un de ses deux fils; avocat pénaliste de formation et élu député en 2012.

L'évidente complicité d'un duo qui se connait par coeur

À l’écran, la complicité entre les deux acteurs était évidente. Il suffit de voir ou revoir l'inoubliable Traversée de Paris, La Grande Vadrouille ou Le Corniaud, classiques indéboulonnables, pour le vérifier. Lors de la promotion du film Le Corniaud justement, en février 1965, une célèbre interview télévisée les montre assis côte à côte sur un divan, hilares et complices.

Bourvil, un verre à la main et feignant d'être joyeusement éméché, tente de raconter le scénario tandis que Louis de Funès le relance avec affection, illustrant à merveille l'esprit d'improvisation qui caractérisait leur duo.

Les archives de l'INA dévoilent également de rares répétitions en coulisses, comme ce sketch improvisé en octobre 1964 à la frontière de Menton : Bourvil y incarne un importun irrésistible tentant de faire rire un de Funès faussement impassible, révélant la mécanique comique d'un duo qui se connaissait par cœur.

On retrouve cette même légèreté sur les images de juin 1966 dans une cave de Meursault pendant le tournage de La Grande Vadrouille, où les deux hommes plaisantent avec malice avec le journaliste autour des grands vins de Bourgogne.

"Bourvil, c'était un deuil national dans le coeur des français"

Rongé par un cancer des os, Bourvil décède en 1970, alors qu'il n'a que 53 ans. Trois ans plus tard, en octobre 1973, Louis de Funès lui rend un vibrant hommage.

Interviewé par le journaliste Michel Droit dans une émission de 27 minutes à l'occasion de la rentrée théâtrale (où il joue La Valse des toréadors) et de la sortie imminente au cinéma du film Les Aventures de Rabbi Jacob, de Funès raconte avec émotion comment Bourvil, déjà immense vedette au moment du tournage du Corniaud, avait fait preuve d'une grande générosité en exigeant des producteurs que le nom de de Funès (alors cantonné aux seconds rôles) soit affiché tout en haut de l'affiche, à côté du sien.

"Je dois beaucoup à Bourvil. Parce qu'il a accepté, à cette époque, que je sois au-dessus du titre avec lui. Et ça, c'était très touchant, ça m'a fait très plaisir. [...] Ça m'a fait beaucoup de bien".

Un peu plus loin, il poursuit : "c'était l'entente parfaite. Je voudrais bien le retrouver dans ma vie. Si jamais on aurait pu ne pas s'entendre, le film était fichu. [...] C'est un très, très grand regret que j'ai de ne plus avoir Bourvil. Avec Bourvil, j'étais sûr du succès, parce qu'il me donnait des idées, moi je lui donnait les miennes, et ca jaillissait... [...]

C'était un homme charmant, c'est une énorme perte. Je me rappelle, lorsqu'il a disparu, il y avait le général de Gaulle qui était mort avant, et ca avait fait un deuil national. Bourvil c'était exactement pareil. Un deuil national dans le coeur des français".

Ce n'est finalement pas tout à fait un hasard si ces deux comédiens légendaires du cinéma français restent des totems absolus, tandis que leurs oeuvres, plus que largement rediffusées sur les chaînes télévisées, caracolent toujours en tête des audiences. "Les malheurs, les gens les retrouvent bien assez tôt. Le rire, on en aura toujours besoin !" disait Louis de Funès. Paroles d'expert.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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