Dans les années 70, Robert Redford est au sommet de sa popularité. Après les triomphes de Butch Cassidy et le Kid, L’Arnaque et Les Hommes du président, l’acteur américain peut se permettre de choisir ses projets avec une grande liberté. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’hésite pas à décliner des propositions susceptibles de rencontrer un immense succès.
C’est notamment ce qui s’est produit avec Le Syndrome chinois, thriller réalisé par James Bridges et sorti en 1979. Porté par Jane Fonda, Michael Douglas et Jack Lemmon, le long-métrage dénonce les dangers liés à l’industrie nucléaire à travers une intrigue particulièrement tendue. Un sujet qui aurait pourtant dû séduire Robert Redford, lui-même engagé depuis plusieurs années dans la défense de l’environnement.
Alors, pourquoi avoir tourné le dos à un film qui semblait parfaitement correspondre à ses préoccupations ?
Un scénario beaucoup trop militant à son goût
Dans un entretien accordé au magazine Penthouse en décembre 1980, Robert Redford est revenu sur cette décision surprenante. Et son refus n’avait rien à voir avec un désaccord sur le fond. C’était plutôt la manière dont le message était présenté qui lui posait problème.
“Le scénario initial que j’avais lu était de la propagande antinucléaire pure et simple, et je pensais qu’il ferait plus de mal que de bien à la cause. Je pensais que cela provoquerait une véritable levée de boucliers”, expliquait-il.
Une réaction d’autant plus étonnante que le comédien était lui-même opposé à l’énergie nucléaire. Il précisait d’ailleurs défendre cette position depuis environ sept ans au moment de l’entretien, à une époque où prendre publiquement position sur le sujet pouvait susciter de vives réactions.
Il se souvenait notamment avoir reçu de nombreux courriers haineux après avoir prêté sa voix à un documentaire télévisé pour l’émission scientifique Nova. Une expérience qui l’avait convaincu qu’un discours trop frontal risquait parfois de desservir les idées qu’il cherchait à défendre.
Pour Robert Redford, le cinéma devait donc emprunter une voie plus subtile afin de sensibiliser les spectateurs sans leur donner l’impression d’assister à une démonstration politique.
Un refus qu’il ne regrettait finalement pas
Et c’est précisément ce qu’ont réussi les artisans du Syndrome chinois. Plutôt que de construire leur film autour d’un discours ouvertement militant, ils ont choisi de privilégier les ressorts du suspense.
L’histoire suit Kimberly Wells (Jane Fonda), une journaliste qui réalise un reportage dans une centrale nucléaire avec son cameraman Richard Adams (Michael Douglas). Lors de leur visite, ils assistent à un incident inquiétant dont les responsables cherchent à minimiser la gravité. Mais Jack Godell (Jack Lemmon), un ingénieur travaillant sur place, comprend que la situation pourrait avoir des conséquences catastrophiques.
À mesure que les protagonistes tentent de découvrir la vérité, le film se transforme en une véritable course contre la montre, tout en soulevant des questions sur la sécurité nucléaire et les intérêts économiques qui entourent cette industrie.
Robert Redford lui-même reconnaissait que cette nouvelle approche avait été déterminante. Selon lui, Jane Fonda, Michael Douglas et James Bridges avaient eu l’intelligence de transformer le projet en thriller, lui permettant ainsi de réussir là où le scénario initial avait échoué. Une analyse qui résume parfaitement sa conception du cinéma engagé : pour faire passer un message politique, mieux vaut parfois raconter une histoire captivante plutôt que chercher à convaincre directement le public.
Le résultat lui a donné raison. Sorti aux États-Unis le 16 mars 1979, Le Syndrome chinois a rencontré un succès critique et commercial. Douze jours plus tard, l’accident nucléaire de Three Mile Island, en Pennsylvanie, est venu donner une résonance particulièrement troublante à son intrigue.
Si Robert Redford n’a finalement pas participé à cette aventure, son absence n’aura donc pas empêché le film de s’imposer parmi les grands thrillers politiques de son époque. Quant au rôle de Jack Godell, il a offert à Jack Lemmon l’une des prestations les plus remarquées de sa carrière.
Pour (re)découvrir le film, direction Molotov TV, Ciné+ OCS et SFR Play. Il est également proposé en VOD.