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    Rencontre avec le "King of California" Michael Douglas

    A l'occasion de la sortie de "King of California", Michael Douglas revient sur sa carrière et sur ce qui continue de le pousser à prendre des risques dans ses choix artistiques.

    AlloCiné : Qu'est-ce qui vous a attiré dans "King of California" ?

    Michael Douglas : Tout bon matériau vit en vous à partir de la lecture. Et il y avait avec le scénario de King of California beaucoup de très bons et différents thèmes : une relation père-fille unique, une mémoire du passé qui rappelle Don Quichotte de la Mancha, le tout entremêlé avec l'urbanisation de la Californie du Sud. Beaucoup de thèmes différents mais sans perdre le sens de l'humour, et cela correspondait à ce que nous cherchions, à ne pas paraître donneur de leçons. J'aimais aussi le fait que ce soit imprévisible, que l'on ne sache pas où l'histoire allait nous entraîner. Il y a toujours une certaine nervosité quand un film est réalisé par un réalisateur-scénariste débutant, surtout avec un calendrier de tournage aussi serré que le nôtre. Mais Mike a été parfait.

    Comment vous êtes vous préparé à ce rôle de père très étrange, un peu fou ?

    Un peu comme pour Vol au-dessus d'un nid de coucou (il dit le titre en français). Ce film avait été tourné dans un véritable hôpital psychiatrique. Pour King of California, j'ai parlé à quelques psychothérapeutes, lu quelques livres... Puis on revient sur le scénario et on trouve le rythme adéquat pour ne pas trop en faire, car sinon le public se lasse de vous et il faut redescendre sur terre. Il fallait être fou mais pas trop fou pour qu'il y ait bien une relation père-fille. Je procède généralement de la même manière, en discutant avec le réalisateur pendant deux ou trois jours et nous revenons sur chaque page lentement, nous en discutons, nous répétons un peu. C'est plutôt amusant, comme un retour au début de ma carrière, où l'on n'a que peu de temps, on fonce. Avec King of California, j'ai retrouvé cette effervescence à voler sans filets.

    Pensez-vous que ce soit le début d'une nouvelle partie de votre carrière ?

    C'est vrai que si l'on regarde mes états de service, je n'ai pas fait beaucoup de films depuis que je suis marié, et mes priorités ont véritablement évolué. Ma carrière passait avant ma famille, mais cela a changé. Je me suis rendu compte que cela contribue à me détendre, à m'en foutre un peu. C'est plus difficile pour moi de trouver la motivation pour quitter la maison, je préfère jouer avec mes enfants. Le métier à beaucoup changé. Donc, de ce point de vue, on peut dire qu'il y a quelque chose de différent. Mais heureusement, j'ai toujours aimé faire des films assez différents les uns des autres, comme Wonder Boys, que j'aime à décrire comme un film "d'accro à l'herbe des 70's."

    Vous avez dit avoir fait une "trilogie du sexe" ("Liaison Fatale", "Basic Instinct", "Harcèlement") et une "trilogie du businessman" ("Wall Street", "Meurtre Parfait", "The Game"). "King of California" fait-il partie d'une nouvelle trilogie ?

    Non, je ne pense pas. La seule raison pour laquelle on ait parlé d'une trilogie du sexe est leur succès. Autrement, pas de trilogie. Et puis le sexe est quelque chose de difficile à porter à l'écran. Je n'ai jamais été très bon juge de ma carrière, rétrospectivement parlant. J'ai toujours essayé de ne pas faire trop attention à ce que l'on pouvait dire sur moi et de me concentrer sur les scénarios, de trouver de bons sujets et de voir si ces sujets me correspondaient.

    Dans "King of California", le personnage de Miranda souffre de l'énorme ego de son père. Pensez-vous qu'il y ait un rapport entre votre propre expérience familiale et celle de votre personnage ?

    Il est vrai que pour moi, l'idée d'un homme possédé par ses démons, sa carrière, peut être mise en parallèle avec mon propre passé, le fait que j'ai un fils de 28 ans (Cameron Douglas), que j'ai du traverser certaines épreuves. Et puis le fait de jouer un fou offre une certaine liberté émotionnelle, une certaine ouverture que j'ai beaucoup appréciée. Mais ce qui m'a vraiment surpris, c'est qu'au fur et à mesure que nous avancions dans le tournage, je me suis mis à comprendre ce qu'il y a de spécial dans la relation entre cette fille et son père, quelle influence il aura eu sur ses choix. La joie que peut apporter ce film réside dans le fait que malgré les merdes qu'il puisse causer à sa fille, avec ses idées déjantées qui finissent toujours mal, il doive faire appel à sa confiance une dernière fois, et qu'elle accepte encore de la lui accorder, en dépit de toutes les déceptions passées.

    Peut-on comparer ce film avec "Chute libre" ?

    Oui. Avec Wonder Boys aussi. Voilà peut-être la fameuse trilogie. Cela ne marche pas pour Wonder Boys, mais j'aime bien ces personnages un peu dangereux, dont on n'est pas forcément sûr, qu'on ne peut pas prendre à bras-le-corps.

    Si vous regardez en arrière, duquel de vos films êtes-vous le plus fier ?

    Quand je regarde mon C.V., il y a beaucoup de bons films. J'aime le pourcentage que j'ai réussi à maintenir. Je n'ai pas trop à grimacer en y repensant. On peut toujours faire la moue en regardant par-ci par-là à cause de quelques bides, mais on travaille aussi dur sur les échecs que sur les réussites. Il y en a certains dont j'aime particulièrement le ton. King of California en est un, La Guerre des Rose (en français dans le texte) en est un autre, et Chute libre aussi. J'aime ce ton qui provoque une sorte de "rire nerveux".

    Propos recueillis par Clément Gavard à Paris, le 13 août 2007

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