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    Des filles et des films : interview avec Catherine Breillat
    7 sept. 2010 à 14:00

    Jusqu'au 20 septembre, la Cinémathèque française consacre une rétrospective à Catherine Breillat. La réalisatrice revient pour AlloCiné sur des aspects connus, et moins connus, de son parcours (de réalisatrice, de scénariste, mais aussi de comédienne) à travers quelques photos d'actrices...

    Alors que son treizième film, La Belle endormie, a été présenté en ouverture de la section Orizzonti, à la Mostra de Venise, Catherine Breillat fait l'objet d'une rétrospective à la Cinémathèque française, jusqu'au 20 septembre (avec une Master Class le 11). "Je suis très fière que la Cinémathèque me fasse une rétrospective. C’est la France qui m’honore. Du coup, je leur ai fait cadeau de tous les costumes de mes films." Pour AlloCiné, la réalisatrice de Romance et A ma soeur !, revient sur des aspects connus, et moins connus, de sa carrière, à travers 5 photos d'actrices.

    Anne Parillaud

    Souvent, au début, les actrices ont l’air d’être le contraire de moi, Dominique Laffin [héroïne de Tapage nocturne, en 1979], par exemple. Anne, c’est pareil. Après une pièce de théâtre, j’attendais pour aller féliciter une actrice, il y avait beaucoup de monde, je faisais la queue. Et là, je vois Anne Parillaud, qui se met un peu sur la pointe des pieds.Rohmer. Je dis à mon assistant : "Elle, elle veut tourner avec moi, elle aime mes films." Je ne trouvais pas d’actrice qui veuille jouer ce rôle difficile de réalisatrice dans Sex is comedy. J’en parle à mon producteur, Jean-François Lepetit, qui m’a dit que c’est une bonne idée. Et pourtant je ne l'appelle pas tout de suite, car je me dis : "De toute façon, elle fera le film, je n’ai pas besoin de l’appeler". Ca allait de soi, elle le savait, je le savais. En un seul regard tout s’est joué. C’est vraiment une question d’appartenance Non pas qe les acteurs ou les actrices m’appartiennent : on s’appartient. Dans le film, elle est devenue... la même que moi. A la sortie, mon fils Paul, qui a une dizaine d’années à l'époque, voit dans un journal une photo du film, avec Anne qui étreint Roxane Mesquida. Je dis fièrement à Paul : « Tiens, c’est mon actrice ! ». Et lui me répond : « Mais non, c’est toi, maman ! ». J'insiste, mais mon propre fils n’en démord pas : c’est moi ! C’est comme certains couples dont on croit qu’il sont frère et sœur : ils ont les mêmes expressions, ils parlent pareil. D’ailleurs, pendant les interviews, Anne parlait comme moi, je n’avais rien à dire ! Alors que d’habitude, quand les acteurs parlent des films, ils disent n’importe quoi...

    Sandrine Bonnaire

    Dans A nos amours, elle porte mes vêtements, que j’avais prêtés pour les costumes du film. Maurice Pialat m’avait demandé d’écrire le scénario qui, à l’origine, était une histoire écrite (et vécue) par Arlette Langmann. Je lui ai dit : "Il faut d'abord que je la voie, ça raconte son histoire" Et quand je l’ai vue, il m’a semblé qu’elle avait envie d'écrire le scénario elle-même. Mais je crois que Pialat voulait la manipuler : l'idée étant de l’envoyer vers moi pour que, par une sorte de jalousie, elle reprenne le film comme scénariste. Elle en était de toute façon l’auteur, par son écriture et par sa vie. Je ne savais pas que Sandrine gardait un souvenir douloureux de Police, je n’ai pas lu son livre. Peut-être qu’il lui avait fait payer son refus. Le film avait été écrit pour Sophie Marceau. Mais au dernier moment, Maurice, qui était le roi des traîtres et des pervers, a demandé à Sandrine de le jouer ! Elle a refusé. Et après, elle a donc accepté le rôle de la pute, qui ne correspondait d’ailleurs plus du tout à celui que j’avais écrit. Moi, dans ce film, je n’ai rien inventé, c’était des faits réels. Normalement, le personnage de Sandrine était une pute dominatrice, pas très belle, de 30-40 ans. Donc c’est vrai que ce n’était pas Sandrine, c’est pour ça qu’elle a pu trouver ça dégradant.

    Elodie Frégé

    Quand j’ai réalisé le premier clip avec elle, je lui ai fait faire des essais sur un texte de Rohmer. Je lui ai dit : il faut que tu sois actrice, sinon je ne peux pas faire le clip avec toi. Donc ça ne m’étonne pas qu’elle joue la comédie [Dans Potiche de François Ozon, présenté à Venise, elle apparait dans le rôle de Catherine Deneuve à 20 ans]. J’aime beaucoup Elodie, elle vaut beaucoup mieux que ce qu’on croit. J’avais très envie de faire La Princesse de Clèves avec elle. Mais je ne tourne pas souvent, et j’ai eu cet accident cérébral… Elle est rayonnante, lumineuse, et elle a quand même un visage qui est fait pour le cinéma. Pour le clip,je lui avait fait le chignon htchcockien, elle a un très joli cou et une très belle nuque. Elle a une élégance incroyable, ce n'est pas une petite pétasse qui chante des chansons, c’est une personne assez sublime.

    Maria Schneider

    J’ai tourné 15 jours avec elle dans Dernier Tango à Paris, mais mon rôle a été entièrement coupé. Car c’est le côté féministe du film qui a disparu, heureusement… Avec ma sœur, on était les deux antiquaires enceintes, et Maria travaillait avec nous. Je me souviens de ce personnage de féministe horrible qui criait "Prick is fascist". Est-ce qu ça m’a plus d’être actrice ? Ce qui m’a surtout plu, c’était de rencontrer Bertolucci. Un jour, avec Maria, on découvrait les dialogues d’une scène, et on on les trouvait stupides, imposssibles à dire. Lui faisait une mise en place avec Vittorio Storaro (le chef-opérateur) pendant deux heures, avec les mouvements de caméra … Et soudain, quand on se mettait à tourner, ces dialogues n’étaient plus stupides. Là, j’étais compris ce que c’était que donner du sens avec un film : comment cadrer, que doit-on voir, et l'idée qu'un mouvement de caméra ce n’est pas de l’agitation.

    Anais Reboux et Roxane Mesquida

    C'est dans A ma soeur !, qui s’appelait Fat girl à l'origine. Malheureusement, on a fait un sondage Ipsos, dont il est ressorti qu'il fallait un titre français, avec le mot "sœur". Alors j’ai préféré A ma sœur, avec un point d’exclamation, comme si les deux sœurs trinquaient à leur viriginité perdue, et comme un défi pour la société... Anaïs Reboux vient d’avoir une fille qu’elle a appelée Nine. Ca fait Anais Nin ! Roxane, c’est ma petite fille. Elle est aussi est d’une beauté renversante. Quand je l’ai vue, j’ai dit à mon assistant : « Elle, elle ! Tu peux arrêter le casting. Si elle sait jouer, elle est pour moi. » Je suis furieuse que le cinéma français ne la fasse pas tourner, ce n’est pas parce qu’elle a tourné avec moi qu’elle m’appartient. Elle appartient au cinéma, elle a un visage de cinéma, c’est une très bonne actrice. Je suis très fière d’elle. En France, on s’est dit qu’elle était idiote, sûrement à cause de l’idée « sois belle et tais-toi ». Pas aux Etats-Unis, où Fat girl est un film-culte. Je lui ai dit : « Va là-bas, aux Etats-Unis ou en Angleterre, il faut que tu sois bilingue pour que tu puisses faire des films en anglais." En plus, elle s’est transformée : à l’époque, elle était encore un peu bêbête, elle est devenue une jeune femme intelligente, drôle…

    Jane Birkin

    Ah oui, c'était pour Catherine et compagnie [une comédie qui date de 1975] ! Un personnage d’escort girl comme on dit maintenant. Je me souviens de cette réplique que j’avais écrite : quand le banquier lui demande si ses revenus sont stables, elle répond « Ah non, ils augmentent ! » Parce qu’elle augmentait sa clientèle… Je m’étais beaucoup amusée à écrire ce scénario, et je suis quand même très fière que Patrick Dewaere ait interprété mes dialogues. C’est juste après mon tout premier travail de scénariste, Bilitis. A vrai dire, je crois que c’est mon beau-frère Edouard Molinaro qui devait faire Catherine et compagnie. Il n’y avait pas de scénariste à Paris. Je venais juste d’arriver à Ramatuelle chez ma belle-mère. Et on m’a appelée pour que j’écrive ce scénario de toute urgence. J’écris très vite. Le producteur, Leo Fuchs, avait ce côté qu’ont les Américains : « Il faut qu’elle vienne au bureau, qu’elle rende des feuilles, il faut des séances de brainstorming… » Mais moi j’aime écrire comme j’aime parler, sans y penser. Parce que ça vient tout seul. Donc je me suis très vite échappée du bureau, j’ai refusé de lui dire ce que j’allais écrire. Je me suis fait un plaisir absolu de ne rien foutre et de n’écrire qu’au dernier moment. Et comme il y avait le plaisir du défi, c’était bien. Il ne faut pas écrire pas devoir, mais par plaisir. Chez moi, le plaisir, c’est souvent de faire un pied de nez aux autres. Même s’ils ne le savent pas : du moment que moi je le sais, c’est parfait.

    Propos recueillis à Venise le 2 septembre 2010 par Julien Dokhan

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